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Le juste prix du footballeur

La Brabançonne deux fois

Lilian au centre, Louis et Peguy devant, Zidane au-dessus, Robert nulle part, Jean-Michel largué… Même chiant sur le moment, un match de l'équipe de France est toujours passionnant après coup.

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Le ratio motivation / efficacité de l'équipe de France à l'occasion des matches amicaux s'est indéniablement amélioré sous l'ère Santini, la déconvenue d'il y a un an contre la République tchèque faisant figure de seul accroc. Dans une rencontre plutôt ennuyeuse et à vocation largement expérimentale — compte tenu notamment des absences — les Bleus se sont assuré un succès que n'a pas contrarié un certain manque de cohérence et d'éclat, ni même les deux montants touchés par les Belges. L'intérêt de ce classique international n'a pas résidé dans le spectacle, mais plutôt dans la perspective de l'Euro portugais.

 

 

Le match

Après un premier quart d'heure durant lequel les Diables rouges tentent vainement d'expliquer au public bruxellois qu'il est chez lui et qu'il peut faire autant de bruit qu'il le veut, les tricolores daignent tricoter quelques occasions (reprise de Luyindula au-dessus, pénétration de Saha, percée de Vieira), moins retentissantes que les "rencontres" de Dacourt avec Deflandre et Sonck, qui obligent le Romain à être très vite remplacé par Makelele. Il faut en fait attendre les quinze dernières minutes de la période pour qu'une maîtrise relative des Bleus débouche sur des situations plus nettement dangereuses, comme cette tête de Luyindula captée par De Vlieger, ou sa frappe détournée après un centre de Govou. C'est finalement ce dernier qui conclut habilement une combinaison dans l'axe entre Luyindula (joli extérieur du droit) et Saha, pour ouvrir le score juste avant la pause.

La seconde période ne relance pas le match sur des bases tellement plus folichonnes, même si Zidane et Lizarazu en profitent pour faire leur spéciale sur le côté gauche (talonnade du premier pour décaler le second), si Sonck trouve le haut de la transversale sur coup franc et si Marlet oublie malencontreusement de reprendre un centre de Rothen qui venait d'entrer en jeu. Alors que les Belges connaissent une meilleure période, Zidane sort de l'anonymat pour emmener en promenade la défense centrale rouge et servir Saha sur un plateau, pour le 2-0. Comme c'est d'usage dans ce genre de match, les changements pléthoriques font s'achever le match dans une totale confusion tactique, ponctuée de deux belles — mais tardives — occasions des locaux.

 

 

Le match de Jean-Michel

On se demande toujours si c'est bien la peine d'en remettre une couche sur le consultant de TF1, mais celui-ci ne fait rien jamais rien pour nous en dissuader, ajoutant toujours de nouveaux épisodes à sa propre anthologie. C'est ainsi que, toujours obnubilé par le désir d'annoncer les actions à l'avance, il réclama à sa manière habituelle ("à gauche, à gauche, à gauche") la passe de Zidane vers Rothen, le Madrilène préférant le mystifier aussi efficacement que les défenseurs belges en trouvant Saha à droite. Mortifié, le Larqué consacra les minutes suivantes à justifier cette méprise par le génie du meneur de jeu des Bleus, qui avait tout prévu depuis le début. Sauf qu'icelui avoua après la rencontre avoir choisi au dernier moment. Il a y des jours comme ça… Autre figure imposée, le tir à vue sur un joueur auquel il est à peine laissé une chance de démenti. Rothen se voit asséner le verdict qu'il est "en perte de confiance avec l'équipe de France", alors qu'il était au contraire en train de prendre des initiatives et de porter le danger avec ses centres.

 

 

Une paire d'atouts supplémentaire

La réussite la plus significative de cette rencontre réside probablement dans les débuts réussis de Louis Saha et Peguy Luyindula. Malgré de logiques difficultés à se situer l'un par rapport à l'autre (leurs courses et leurs appels se parasitant parfois), et à trouver les bonnes liaisons avec l'entrejeu, leur implication sur les deux buts est de nature à éteindre la pseudo polémique autour de Nicolas Anelka. La palette des choix qui s'offre à Santini pour composer son groupe d'attaquants (auxquels il faut ajouter les milieux offensifs excentrés) en juin prochain est remarquablement large.

 

 

Thuram durablement recentré ?

Retrouver Thuram en défense centrale, ce n'est une grosse surprise que si l'on oublie qu'il s'agissait de sa troisième apparition d'affilée à ce poste, après France-Israël et Allemagne-France. C'en est toutefois une petite, parce que cette fois, rien ne s'opposait à la dixième titularisation par Santini de l'axe défensif de Chelsea, Desailly-Gallas. Lors des deux matches précédents, c'était en effet les blessures des deux Blues qui avaient amené le sélectionneur à associer Thuram à Boumsong puis Silvestre pour former la charnière. L'étude des associations expérimentées en défense depuis l'arrivée de Santini (voir Une charnière à coulisse) indiquait que ce chantier était un des plus incertain dans la perspective de l'Euro… Au point qu'en l'absence de Gallas, la paire Silvestre-Desailly au centre d'une défense restée vierge trois fois consécutivement en fin d'été dernier (Suisse, Chypre, Slovénie), semblait avoir pris un ascendant dans l'esprit du sélectionneur.

Pourtant, la titularisation de Thuram lors des trois rencontres suivantes, auprès de trois coéquipiers différents, semble indiquer, si près du Portugal, que le coach s'est peut-être résolu à réaliser l'éternel souhait du Turinois en mettant fin à son exil à droite, et en exploitant enfin sur le côté les qualités d'un Sagnol parvenu à maturité… Mais comme le Santini, sous des dehors frustes, est un animal facétieux, on peut aussi estimer qu'il a cherché à mettre une dernière fois cette solution à l'essai afin de mieux se convaincre de son manque de pertinence… Ou plus simplement (et plus probablement), de se réserver des solutions de rechange. Les deux prochaines rencontres au programme (Pays-Bas et Brésil), devraient lever les ambiguïtés.

 

 

La défense d'entrée

Toujours est-il qu'après quelques flottements en début de match, la suite a montré que cette garde noire-là savait faire preuve d'autorité et que son expérience pouvait l'aider à compenser un manque d'automatismes plutôt paradoxal pour des joueurs comptant plus de deux cents sélections à eux deux. L'espace aérien a été maîtrisé et les attaquants belges n'ont pas trouvé de solution dans l'axe. Capitaine Marcel, auteur d'interventions tranchantes et de lancements incisifs, a montré que les procès (d'intention, voire de personne), qui lui sont faits depuis quelques mois sont très disproportionnés. Peut-on vraiment dire que les latéraux alignés au coup d'envoi sont des centraux de nature, sachant que Silvestre et Gallas sont loin d'être dénués d'expérience à ces postes, le Mancunien disputant ainsi son huitième match à gauche depuis août 2002? Peu importe, car il ressort surtout du match de mercredi que les deux "Anglais" n'offrent pas les mêmes garanties que les vrais spécialistes Lizarazu et Sagnol. L'entrée du Basque a souligné la différence dans le couloir gauche, mais il est vrai qu'avec Zidane il profite d'un véritable délit d'initié.

 

 

Rien sur Robert

Aux interrogations sur le positionnement de Pires (voir Jolie fin de campagne) succède, à nos yeux du moins, une certaine perplexité. Il relaya certes l'action du but de Saha, mais sa prestation après son entrée à la mi-temps a oscillé entre le spectral et le médiocre, avec un nombre cantonesque de passes ratées, et une contribution djorkaevienne au travail défensif. Son agence de communication (Pierre Ménès Public Relations) nous avait pourtant assuré qu'il était de retour à son meilleur niveau, mais il est permis de douter que sa seule capacité à permuter avec Zidane sur la largeur du milieu de terrain garantisse l'équilibre tactique de l'ensemble, tant le schéma ressemble alors à un 4-2-2-2 dangereusement axial. On sait que sa position préférée est le flanc gauche, mais son rendement à droite a été tellement alarmant (à des années-lumière de ce que Wiltord a montré à ce poste) que quelque chose doit nous échapper. Gageons que le Gunner saura employer les quatre mois qui viennent pour reconquérir une légitimité aujourd'hui douteuse.

 

 

Le titre auxquel vous avez échappé
Thalys dans la vallée

 

Le duel auquel on a échappé
Christanval-Van Buyten.

 

Ils n'ont pas participé au match
Rigobert Sonck Jérôme Leroy-Baudoin Roberto Baseggio Lucchino Bisconti Marie-George Buffel Eric Dewallonie Alfred Mpenza Vikash Dhorasoo

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