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Pourquoi tant de foot?

La bourse ou la vie

L'avenir des clubs français doit-il passer forcément par une entrée en bourse? Trop d'argent risque de tuer le football national...
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La fin du championnat a été marquée par le triomphe de deux équipes modestes face aux traditionnels favoris. Cette défaite des grosses cylindrées ne fera que renforcer leurs ambitions pour les saisons à venir tant au niveau sportif qu’au niveau financier. Dans ce domaine, beaucoup ont tourné leurs regards vers les mirages dorés de la Bourse, nouvel Eldorado annoncé du foot français et moyen ultime de résister à l’appauvrissement technique inhérent au départ de nos stars ou assimilées. Englués dans leurs rêves mancuniens, certains oublient cependant que cette solution n’est pas sans danger et que le libéralisme à tout crin peut se montrer exigeant en cas de pari perdu. Quant aux dangers concernant l’éthique du jeu, un silence poli est de rigueur, la priorité étant comme souvent de foncer avant de réfléchir. Voyons donc de quoi il en retourne plus précisément en commençant par l’aspect financier du projet. Premier élément à prendre en compte: le manque de puissance économique des clubs français par rapport à leurs homologues européens. Principales causes de cet état de fait, une fiscalité directe plus lourde, des charges sociales plus importantes, l’existence de la loi Evin qui prive nos équipes de partenaires puissants (contrairement à l’Angleterre) et le contrôle rigoureux de la DNCG qui garde les comptabilités des clubs professionnels au dessus de la ligne de flottaison. Rappelons qu’en dehors de l’Allemagne, aucun autre pays européen ne dispose d’un tel garde-fou (vu les personnages naviguant au sein des comités de direction, l’expression semble prendre ici tout son sens).

Deuxième point noir de notre compétition nationale, la carence de fonds propres et le manque d’actifs (joueurs exceptés) des forces en présence. Outre-Manche, chacun est propriétaire de son terrain. Dans l’hexagone, tout le monde ou presque évolue sur des infrastructures appartenant aux collectivités locales d’où un besoin urgent de nouvelles sources de financement afin de devenir plus autonomes. Notons toutefois la difficulté, dans les conditions actuelles de dépendance logistique, d’être attrayant pour d’éventuels futurs actionnaires. Rajoutons à ces limites, le désengagement annoncé de ces mêmes collectivités accompagné de la suppression des subventions publiques (retrait qui n’est que la conséquence de l’évolution mercantile du football. Rien de plus logique qu’une collectivité refuse de financer une activité qui se veut de plus en plus commerciale et privée) et apparaîtra, dès lors, la tentation d’une entrée en Bourse pour remédier à ces faiblesses.

Dernier argument en ce sens, la menace grandissante de voir nos équipes être rachetées par de grands groupes étrangers. L’exemple de Bordeaux et d’ENIC étant sur ce point assez angoissant. Remarquons cependant qu’une capitalisation boursière à base de partenaires financiers locaux n’écartera pas entièrement ce danger, les risques d’O.P.A. étant toujours possibles et ce quelle que soit la nationalité de l’acheteur. Tous ces arguments ont une certaine légitimité et pour retenir nos meilleurs joueurs la nécessité de trouver de nouveaux financements semble être une urgence. Cette problématique de l’argent frais explique le désir d’une quinzaine de nos clubs de se transformer en société anonyme et d’entrer en Bourse par la suite. Pourtant un tel avenir n’est pas sans danger et les dirigeants français devraient prendre leur temps avant de s’engager dans cette direction.

Premier avertissement: l’exemple anglais. Sur le total des clubs cotés en Bourse, seul un tiers s’est maintenu au-dessus de son niveau d’introduction. La réussite de Manchester n’est donc pas générale. Cette situation soulève une interrogation pour le moment sans réponse: comment garantir que le ou les principaux actionnaires d’un club ne quittent du jour au lendemain le navire en cas de déroute sportive et économique? Dans le cadre du libéralisme pur et dur du milieu financier, cette question apparaît sans fondements et le risque de voir, par exemple, Mac Cormack reprendre ses billes un soir de descente en D2 du R.C.Strasbourg est bien réel. Quel avenir s’ouvrirait alors devant le club en dehors d’un improbable repreneur providentiel ou d’un dépôt de bilan bien plus plausible? Cette vision peu idyllique devrait faire réfléchir les dirigeants qui se préoccupent réellement de l’avenir de leur club.

Autre danger d’un libéralisme aussi vicieux qu’un Baresi vieillissant, le renforcement du statut de mercenaire des joueurs professionnels. Comment reprocher à un joueur le manque d’amour du maillot si ce dernier change sans arrêt de propriétaire et ne représente plus une continuité de références et de valeurs culturelles ? Dans cet ordre d’idée on a bien vu à quelles extrémités pouvaient conduire l’intrusion de la dérégulation économique dans le monde du football avec l’arrêt “Bosman”. Aujourd’hui à l’image des Espagnols ou du Milan A.C. (rions un peu) même les clubs qui ont été les principaux bénéficiaires de cet arrêt se plaignent d’un trop plein de joueurs étrangers dans leur championnat ou dans leurs équipes. Après l’exception culturelle, on parle dorénavant de la nécessité d’une exception sportive. Parlera-t-on demain d’une exception financière pour les clubs avec un soutien financier minimal d’entreprises locales ou nationales? Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, l’avenir sera sans doute fixé au niveau communautaire et l’UEFA aura certainement un rôle important à jouer.

Ceci étant, derrière ces arguments favorables ou non à une introduction en Bourse se pose un réel problème d’éthique. En effet, le domaine sportif étant devenu un champ d’activités sociales et économiques majeur, des investisseurs importants y ont fait leur apparition. D’où un danger provenant des rapports toujours équivoques entre sport et argent. Le football appartient au domaine de l’aléatoire, or la finance a horreur de cette notion. Le risque en mélangeant les deux à très forte dose est de voir la seconde essayer de limiter les caprices du premier. Sans même parler de corruption, tentation malheureusement toujours présente dans le sport, nous pouvons évoquer, par exemple, l’envie de certains de prendre quelques assurances visant à minimiser la prise de risques. Illustration de ce propos, la demande de quelques équipes allemandes de supprimer les risques de relégation. Si ce projet voyait le jour, nous aurions bientôt sur nos antennes un magnifique championnat national de cinq clubs (O.M, Strasbourg, Monaco, Bordeaux et P.S.G.) qui bien sûr, joueraient tous l’année suivante la Coupe des Champions puisque celle-ci sera déterminée non plus en fonction de critères sportifs mais en fonction de combien de brouzoufs tu vaux. Excitant non?

Nous ne nous attarderons pas ici sur les risques liés à la situation de multipropriété engendrée par l’arrivée de groupes économiques ultra puissants puisque une analyse plus détaillée en a été faite ailleurs. Rappelons succinctement les tentations d’arrangements de matches entre équipes appartenant au même propriétaire ou la possibilité pour un multi-actionnaire de transférer des joueurs en réseau fermé.

A la lecture de ces visions quelque peu apocalyptiques, certains auront beau jeu de ne voir en la rédaction des Cahiers du Football qu’un groupuscule criant au loup à chaque fois que l’ombre d’un billet de banque apparaît au sortir de la poche d’un costume confortablement assis le cul dans un fauteuil des loges présidentielles, cependant personne ne nous empêchera de penser qu’actuellement notre sport favori court un risque plus qu’évident de dénaturation et ce par pur souci de rentabilisation. Or, ce n’est pas une éventuelle entrée en Bourse qui arrangera cet état de fait, le risque étant de couper encore un peu plus le haut niveau de la base en donnant la totalité du pouvoir décisionnel à une poignée d’individus.
Aussi serait-il peut-être bon de réfléchir à d’autres solutions pour financer nos clubs comme pourraient l’être un actionnariat populaire ou un appui financier plus important des entreprises implantées dans l’environnement local ou régional des clubs concernés. A bon entendeur...

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