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La magie de Paris

L'Internacional intercontinental

Tribune des lecteurs – La Coupe du monde des clubs a accouché d'une superbe finale à l'autre bout du monde. Récit épique d'un match mémorable entre Barcelone et Porto Alegre...
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C’est une rencontre magnifique. Le spectre de la finale intercontinentale a refait surface ce soir à côté de Tokyo. Barcelone-Internacional Porto Alegre, le stade de Yokohama annonce complet au coup d'envoi des hostilités. Le champion d'Europe, qui a fait tonner la poudre en demi-finale (4-0) contre l'America, le champion... d’Amérique de Blanco et Claudio Lopez, s'en va briguer le seul titre qui manque encore dans sa salle des trophées, face au vainqueur de la Copa Libertadores.

Eto'o et Messi manquent toujours à l'appel des armes, mais Rijkaard renouvelle sa confiance dans le trident offensif qui a qualifié le Barca pour les seizièmes de finale de la Ligue des champions: Ronaldinho, Giuly et Gudjohnsen. Thuram est, par contre, laissé de côté au profit de Marquez alors que Saviola mange non pas sa feuille de match, mais son traditionnel pain noir sur le banc des victimes. C'est une rencontre de haut niveau qui se profile à l'horizon du jeu. Mais c'est aussi et surtout un rendez-vous entre Brésiliens qui s’aiguise à la pointe de la soirée. La finale dessine le cadre d’un face-à-face presque fratricide et les duels vont se multiplier au cours de cette partie placée sous le signe de la samba. Motta et bien sûr Ronaldinho – qui vient du club rival du Gremio Porto Alegre –, sans oublier Sylvinho, Belleti et Edmilson sur le banc, sont bien plus que motivés pour défier leurs compatriotes. Deco puise aussi dans cette rencontre une source naturelle d’inspiration, puisqu’il est né au Brésil.


Au croisement des destinées

Le temps d'effectuer un bref retour vers le passé pour mesurer le chemin parcouru par Fernandao (meilleur buteur de la Copa Libertadores) et Ronaldinho. La dernière fois qu'ils avaient croisé le fer, c'était... en France, le premier évoluant alors à Marseille tandis que le second effectuait ses premiers pas sur le vieux continent à Paris. Retour au présent pour Iarley, le numéro dix de Porto Alegre, revenu au Brésil, qui relève le défi d’un second titre intercontinental. Le Brésilien portait en 2003 le même numéro à... Boca Junior, le club de Maradona lui-même, où il remporta le trophée devant un autre grand d'Europe, le Milan AC. Avouez qu'il y a pire destin, Jetez donc un oeil, mais pas trop fort, sur un autre ancien joueur de Boca Junior, l’Argentin Tevez en l’occurrence, lequel se morfond aujourd’hui du côté de West Ham dans les profondeurs abyssales de la Premiership – et qui a été sanctionné (pour mauvaise conduite) à devoir porter le maillot du… Brésil pendant les entraînements.

Un saut enfin dans l'avenir avec Alexandre Pato, tout juste dix-sept ans et pas encore toutes ses dents. Titularisé en finale, le nouveau prodige brésilien ne débute pas sa carrière de la pire des manières, pour sa troisième sortie officielle. Rapide et ultra-technique, le nouvel espoir a impressionné en demi-finale (face au Al Ahly SC, le champion d’Afrique égyptien s’inclinant 2-1) en plantant un but et en faisant preuve d'une aisance déconcertante par moments. Notamment avec un débordement sur l'aile, où il a enchaîné dans la foulée un casse-croûte, deux contrôles de l'épaule droite suivis d'une aile de pigeon pour griller, non pas une cigarette, mais la politesse à son adversaire. Ces vieux briscards de Puyol et Zambrotta auront pour tâche de calmer les ardeurs plus que tranchantes de cette fine lame.

Deco et les siens lancent sans tarder les hostilités dans la surface adverse en imposant leur domination territoriale habituelle (60% de possession). Porto Alegre plie mais ne rompt point sous la pression. Pendant que Giuly décuve son saké, Gudjohnsen décadre ses quatre premiers tirs et Deco distille le jeu comme du Champagne. Ronadinho est tout près d'ouvrir les portes du score sur un coup franc millimétré, proche du millésime, qui passe sous le mur de l'Internacional. Le niveau de jeu atteint rapidement des hauteurs vertigineuses, dignes de l’Himalaya, alors que l’abominable homme des neiges a investi les traits de Puyol, ce soir. Talonnades, transversales, passements de jambes, retournés acrobatiques et autres tours de passe-passe: tout l'arsenal acrobat(echn)ique des funambules alignés est mis à pleine contribution pour le plaisir des yeux. Ronadinho se multiplie et crée une horde de doubles de lui-même, chargés de tromper ses adversaires. Au four et au moulin, Fernandao, le capitaine, numéro neuf et véritable fer de lance de Porto Alegre, se déploie énormément sur tout le terrain. Il pleut des contres comme des cordes, les spadassins sont de sortie, mais il manque un assassin des surfaces, tel Eto'o, pour planter une dague dans le dos des défenseurs.


Coup de poignard au milieu de la bataille

Les deux formations signent ainsi une première trêve à la mi-temps sur un score vierge, mais effarouché. Alexandre a fait preuve d'audace sur son aile, où il a pourtant eu fort à faire devant Zambrotta (sorti ensuite sur blessure pour être remplacé par Bettini). Le jeune Brésilien a esquissé quelques très jolis mouvements de feu follet mais il prouve qu'il ne manque également pas d'air, en seconde période, en claquant une gifle discrète au visage de ce vieux soudard pourtant bien cuirassé qu'est Puyol! Sa fraîcheur déclinant et sa lucidité s'étiolant au vent, Alexandre laisse sa place à son aîné Adriano, dix-neuf ans. Un pari gagnant tenté par Braga, autre ancien Marseillais, puisque le nouvel attaquant porte le coup fatal à la 86e minute de jeu, sur un énième contre mal renvoyé par Puyol, dont ce n'est décidemment pas le jour de grâce.
Au beau milieu de la bataille, c'est un terrible coup de poignard qui est assené dans le coeur des Barcelonais. Les visages sont désormais marqués, les défenseurs ont protégé leurs arrières tels des chiens fous et les attaquants n’ont cessé de charger comme des morts de faim cannibales. Les Catalans échouent à quelques mètres de leur rêve dans une ambiance de fin du monde, sur une dernière action dangereuse de Ronadinho.

L'Internacional devient du coup intercontinental. Ils l'avaient dit et ils l'ont fait. Ils avaient affirmé qu'ils ne craignaient pas Barcelone et qu'ils allaient remporter la finale en équipe. En face, l'amertume est aussi palpable qu’un sein. Le masque livide de la déception voile le visage de tous les Barcelonais. Une chimère vient de passer. Le FC Barcelone était arrivé au japon auréolé d'une réputation flatteuse de plus belle équipe du monde. Mais comme le grand Milan en 2003, les chevilles du géant européen se sont révélées d'argile. Ce fut donc une rencontre magnifique. Une de celles qui vous réconcilient avec le ballon rond.
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