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Abdellah Boulma

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Live at Wembley

L'image de Mark

Passe en retraite – Il avouait faire "le sale boulot" et vient de finir sa carrière sur une expulsion, mais Mark Van Bommel vaut mieux que sa réputation de boucher.

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Dimanche 12 mai 2013, dernière journée de championnat aux Pays-Bas, le FC Twente reçoit le PSV Eindhoven. Coup de théâtre à la 71e minute du match, Advocaat voit son équipe terminer la rencontre à dix. À trente-six ans, Mark Van Bommel soigne sa dernière sortie et rejoint la longue liste des retraités de cette fin de saison 2013. Les derniers pas du Néerlandais sont presque passés inaperçus, médiatiquement éclipsés par les adieux de Ferguson et de son fils spirituel Paul Scholes. De la même génération que le Ginger Genius, Mark est sorti par la petite porte, mais il restera comme un athlète hors norme, figure du football hollandais des années 2000.
 

 


 


Gertruda, la teigne batave

Un physique de déménageur (1m87, 86 kg), une grande gueule sur le terrain, un "porteur d’eau" plus intelligent que la moyenne, un nettoyeur du milieu de terrain: en somme, un 6 à l’ancienne, précurseur de ces nouveaux milieux défensifs, capables de se projeter vers l’avant en alliant technique et physique. Mark (Peter Gertruda Andreas van Bommel) dispose d’un bagage certes moins étoffé que celui de Seedorf mais amplement suffisant pour placer les attaquants sur orbite ou déclencher quelques mines sur coup franc (la dernière en date sous les couleurs du PSV, il y a un mois).
 

La hargne de Gattuso, le vice de Busquets et la clairvoyance de Makelele: c'est un peu la formule composée par le colosse hollandais, chien de garde du rond central élevé et nourri au grain de Gus Hiddink, au début des années 90, à l’instar des poètes Ronald Koeman ou Erik Gerets. Une sentinelle devant la défense à la science du placement irréprochable. Dur sur l’homme, quelque soit la tunique qu’il revêt, le carré vert est une arène pour ce joueur que la défaite enrage. Issu d’une région (province du Limbourg) où la pratique du football, influencée par le voisin allemand, est souvent synonyme de combats âpres et physiques, MVB le "bourrin très fin" sort du lot pour faire les beaux jours du PSV, remporter trois titres et hisser son équipe en demi-finales de la Ligue des champions face au Milan AC en 2005.
 

Au tour précédent, les Lyonnais se souviendront longtemps de cette soirée épique du 12 avril 2005, durant laquelle la malice et le réalisme hollandais incarnés par un Van Bommel des grands soirs ont eu raison des assauts répétés de Gones vaillants mais trop tendres (défaite aux tirs au but).
 


Erreur d'étiquetage

Les uns retiennent la malice, le vice et la ruse, les autres collent une étiquette de boucher sur la tête ronde de MVB. Son métier: annihiler les actions offensives adverses, un contrat qu’il a parfaitement respecté... sans prendre plus de sept cartons rouges sur les 767 matches de sa carrière. Un ratio qui invite à reconsidérer l’image de ce fantastique milieu de terrain plus truqueur (en témoigne son nombre élevé de cartons jaunes) que destructeur. Son expérience aurait par exemple dû servir à son cadet Nigel De Jong, pourtant formé à l’Ajax, dont l’agressivité est d'une tout autre nature: la poitrine de Xabi Alonso en finale de Coupe du monde et le tibia de Ben Arfa peuvent témoigner de la différence.
 

Mark n’était pas très tendre avec ses adversaires, qui en retour le trouvaient fourbe et arrogant. Des adversaires considérés, selon lui, comme des ennemis pendant 90 minutes, mais il assume: "Il faut parfois savoir faire mal, quitte à recevoir un avertissement, si c'est pour aider l'équipe", confiait-il en 2007 à L'Équipe. Le fair-play en salle d’attente, MVB peut s’enorgueillir d’un tableau de chasse dans lequel figurent quelques dérapages et autres bras d’honneur distillés ici et là, ainsi qu'une mémorable main dans les parties intimes de Fernando Meira. La grande affaire de sa vie aura été le corps arbitral, auprès duquel il aurait pu endosser l’habit du représentant syndical des joueurs spoliés par ses décisions tant il est convaincant, roublard et intimidant. Il ne faut pourtant pas réduire MVB à ses écarts de comportement et son engagement physique. Redoutable aboyeur, bon tacticien, relai du coach sur le terrain, il était avant tout un compétiteur doté d'une rare faculté à motiver ses coéquipiers.
 


Compétiteur

L’image véhiculée par l’infatigable Mark n’a pas constitué un frein pour sa carrière. Les recruteurs des grands clubs du vieux continent avaient saisi qu’il était préférable de l’avoir dans son équipe. Ses premiers titres de champions glanés aux Pays-Bas sous les couleurs du PSV Eindhoven vont le propulser, sous la houlette de son compatriote Frank Rijkaard, au FC Barcelone. Recruté à l’intersaison pour un job de porte-flingue du milieu catalan, MVB, souvent remplaçant participera à la conquête de la Liga (et de la Ligue des champions en 2006) aux côtés du jeune Messi, Eto’o et de Ronaldinho…
 

Les 79 sélections du grognard ont aussi fait de lui un des pions essentiels de la sélection Oranje. Son sale boulot a permis les éclats de génie de Robben, Sneijder, Van Persie et Van der Vaart. Mais c’est surtout sous les couleurs du Bayern (2006-2011) que le Néerlandais, remplaçant de Ballack dans l’entrejeu bavarois, s’impose comme véritable pilier de l’équipe en devenant le premier joueur non-allemand capitaine de l’équipe. Au delà des titres remportés (deux doublés championnat-Coupe d’Allemagne), il marque le club munichois de son empreinte. Aimable, souriant, modeste et professionnel, Mark s’épanouit en Bavière. Eternel compétiteur et avide de nouveaux défis, il fait de nouveau son sac pour une pige de quelques mois au Milan AC couronnée d’un Scudetto, pour finalement revenir aux sources du PSV pour un dernier baroud.
 

C'est un peu plus qu'un boucher qui quitte les pelouses. MVB serait plutôt un mélange subtil des trois as de la gâchette de Sergio Leone, incarné en un seul personnage: le bon, la brute et le truand.

 

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