auteur
Raphaël Cosmidis

 

Intéressé par la tactique, membre des Dé-Managers, il croit en la littérature de sport. 


Du même auteur

> article suivant

Revue de stress #111

> article précédent

Top 10 : les fourberies

L'Euro, éparpillé façon puzzle

L'UEFA annonce un Euro 2020 dans dix à quinze pays. Une idée saugrenue ou une solution au problème des grandes compétitions?

Partager


Michel Platini en avait évoqué la possibilité cet été. Un championnat d'Europe à travers l'Europe. Un Euro 2020 sans organisateur unique, réparti sur le continent. La nouvelle est tombée ce 6 décembre: la possibilité est devenue un fait. L'UEFA a décidé que 2020 serait synonyme d'expansion. L'organisation échappe à la Turquie, au trio Écosse-Pays de Galles-Irlande et au duo Azerbaïdjan-Géorgie. Dans huit ans, le football sera sans pays fixe. "L'Euro pour l'Europe". Déjà portée à vingt-quatre équipes dès 2016 (lire "Euro : Super-16 contre Fat-24"), la compétition s'offre une fantaisie majeure.

 

Après l'annonce tonitruante qui a vite agité les acteurs du football vers 17h30, l'UEFA a informé les médias que l'Euro nomade ne valait que pour 2020, désavouant la Turquie, grande favorite, dont la candidature d'Istanbul aux Jeux olympiques de la même année posait problème. L'Euro sera organisé à travers dix à quinze pays, les villes seront choisies au printemps après candidatures. Toutes les nations devront passer par la phase de qualification. Les matches du même groupe se dérouleront dans des pays limitrophes afin d'éviter de trop longs déplacements aux supporters et à la presse.

 

 

 

 


You will never support for free

Parmi les reproches envers Michel Platini depuis son arrivée à la tête de l'UEFA, sa relation avec les supporters – plus précisément son indifférence totale à leur égard – est sans doute le plus appuyé. Le fair-play financier, aux allures de moins en moins ambitieuses, a pour effet pervers de justifier une augmentation exorbitante du prix des places. Les clubs, ne devant pas dépenser plus que ce qu'ils gagnent, piochent là où ils peuvent: les portefeuilles des fans font figure de coffre aux trésors. À la question de l'opposition des supporters à cet Euro 2020, le numéro 2 de Michel Platini, Gianni Infantino, a simplement répondu: "Ils changeront d'avis".

 

La réponse est froide, reste à savoir si elle pourrait s'avérer juste. Les supporters ont rencontré des problèmes lors de l'Euro 2012, notamment des coûts d'hébergement augmentés exagérément. L'Euro 2020 résoudrait ce problème-là: difficile de hausser le prix de la chambre pour une nuit dans toute l'Europe sans que cela repousse les autres clients et touche tout le secteur hôtelier négativement, surtout si les grandes villes sont concernées. De même pour les transports. Mais 2020 amènerait ses propres soucis: des déplacements inter-pays nombreux (et donc coûteux), une perte de confort, une logistique compliquée.

 

 


Ticket d'entrée

Les grandes compétitions footballistiques ont toujours permis aux organisateurs de développer leurs infrastructures. De manière plus ou moins efficace et rentable. La Pologne paye depuis juin le prix de l'Euro 2012. Un coût d'organisation estimé à 21,5 milliards d'euros (11 milliards pour l'Ukraine) quand l'édition précédente en Suisse et en Autriche avait apporté un revenu de seulement 1,4 milliard selon les chiffres de l'UEFA. Au final, le coût de l'Euro sera remboursé par les contribuables dans les années à venir.

 

L'Euro nomade entraînera beaucoup moins de dépenses. Les stades existeront déjà, et la France, qui aura déjà vu le football s'installer quatre ans plus tôt dans des enceintes toutes neuves, accueillera sans doute à nouveau des matches. Dans cet article de When Saturday Comes, Laura Jones prend l'exemple de la Formule 1, n'oubliant pas l'éventualité d'un coût d'organisation exigé par l'UEFA pour les villes impliquées, un ticket d'entrée. Comme une prévente pour une fête. Il semble néanmoins difficile de demander une telle chose à des pays qui n'avaient pas fait acte de candidature pour 2020.

 

 


Organisé par tout le monde, organisé par personne

Au milieu de toutes ces considérations économiques et logistiques, la question de la ferveur, de l'ambiance. 2020, une année comme une autre? Coupes du monde et championnats d'Europe ont cette rare qualité de réunir des supporters de tous pays au même endroit pendant trois à quatre semaines (deux pour les Français ces derniers temps). Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, avait déclaré vendredi dernier sur cette idée d'Euro éparpillé: "Cela détruit l'esprit de la compétition". Cette fois-ci, les supporters seront dispersés à travers le Vieux Continent, changeront de pays tous les quatre jours.

 

L'Euro 2020 coûtera moins à une région qui ne peut se permettre des dépenses inconsidérées. Il coûtera ce petit sentiment, ce charme qui fait qu'on appelle une compétition selon l'endroit où la balle est tapée. "Le Mondial mexicain", "L'Euro portugais". L'Euro 2020 sera européen, et fera voyager le football dans des pays qui l'aiment mais ne pouvaient se l'offrir. Une édition à travers le continent pour "fêter" le 60e anniversaire de la compétition, dixit Gianni Infantino.
 

Partager

> sur le même thème

Ballon d'Or, ballon mort

L'UEFA et la FIFA


Jérôme Latta
2016-09-20

Ligue des champions : l’UEFA privatise son carré VIP

Une Balle dans le pied – La "petite musique de la Ligue des champions", c'est la mélodie de l'élitisme: la réforme de la C1 élargit la voie royale pour les clubs les plus riches des quatre championnats les plus riches… 


Jérôme Latta
2016-08-09

Euro : plus riche, moins beau

Une Balle dans le pied – L'UEFA a enregistré des bénéfices record avec l'Euro 2016, mais la compétition a une nouvelle fois mis en évidence une crise du football de sélection que la confédération continue d'ignorer. 


Jérôme Latta
2016-06-22

Euro à 24 : trop nombreux pour être heureux

Une Balle dans le pied – L'ouverture de l'Euro à plus de "petites" sélections masque mal le désir de puissance économique et politique de l'UEFA derrière cet élargissement. Et sur le plan sportif, les effets de celui-ci ne plaident pas en sa faveur.


>> tous les épisodes du thème "L'UEFA et la FIFA"

Sur le fil

RT @Ecrirelesport: #VendrediLecture "ventre mou" de @MickGrall et son interview "La vision du grand public est biaisée" https://t.co/frDAEU…

RT @PierreAGERON: Grands stades : un an après l’Euro, place aux déficits https://t.co/6y7HnCWrBj @JeanDamienLesay @pascalperri @Loic_Ravenel

Renforce-t-on le "produit" quand on nuit à la perception du football? https://t.co/MwTfrSuey0

Les Cahiers sur Twitter