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Raphaël Cosmidis

 

Intéressé par la tactique, membre des Dé-Managers, il croit en la littérature de sport. 


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L'AS Monaco, un futur irrésolu

Les Monégasques, qui affrontent ce soir Montpellier, réalisent une saison au-delà des attentes, refusant la réalité: celle d’un club qui ne sait plus vraiment ce qu’il veut accomplir. Où se situe son ambition et quelle est sa marge de manoeuvre?

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Quatrième de Ligue 1 à trois points du podium (et avec un match en retard), qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des champions, l’AS Monaco a surpris son monde cette saison. Marqué par les exils de James Rodriguez et Radamel Falcao, août 2014 n'annonçait pas une telle campagne pour les Munegu, passés aussi tout près d’une finale de Coupe de la Ligue.

 

Depuis l’abandon du projet initial – rivaliser avec le PSG et les autres nouveaux riches –, Monaco n’a plus d’étiquette. Exit ce club de Ligue 2 effrayant qui dépensait onze millions d’euros pour un milieu offensif argentin de dix-huit ans (Lucas Ocampos), adieu à ce promu en Ligue 1 qui piquait Falcao à l’Atlético Madrid contre soixante millions. Le Rocher est revenu à un rythme de vie bien plus frugal, qui obscurcit ses objectifs. Si viser le podium paraît évident, la suite l’est moins. Quelles finalités s’offrent à un club qui remplit rarement son (petit) stade et n’existe pas à l’international? En présence du PSG de QSI, dont les recettes marketing ont explosé et creusent l’écart économique avec ses concurrents, Monaco fait partie des quatre ou cinq outsiders qui veulent croire au titre, mais pour qui la deuxième place serait déjà un immense succès.

 

 

Prince déchu

Encadré par le fair-play financier, l’AS Monaco ne peut plus rêver d’un développement à la manière du Paris Saint-Germain, qui a commencé par enchaîner d’énormes dépenses, ce qui lui permet d’être un peu moins prisonnier de l’UEFA aujourd’hui. Le PSG a grandi, sportivement et financièrement, avant que l’organisation dirigée par Michel Platini ne puisse complètement l’atrophier. Les Munegu doivent progresser différemment, d’autant plus que Dmitri Rybolovlev aurait perdu de l’intérêt pour son club, bougon parce que toujours privé de passeport monégasque, entre autres raisons extrasportives.

 

 

 

 

En révisant ses ambitions sportives à la baisse, l’ASM a aussi changé de méthode. Il suffit de jeter un oeil à l’effectif rouge et blanc pour deviner le pari fait par le club. Équipe d’élevage, Monaco dénombre cinq à six joueurs de moins de vingt-trois ans parmi ses titulaires (Kurzawa, Fabinho, Kondogbia, Ferreira-Carrasco, Bernardo Silva, parfois Wallace) et des remplaçants encore plus jeunes mais tout aussi prometteurs (Martial, Touré, Bakayoko). L’ASM affiche la deuxième moyenne d’âge la moins élevée du championnat (24,5 ans), derrière l’Olympique de Marseille [1]. Et c’est sans compter Paul Nardi (vingt ans), Lucas Ocampos (vingt ans), Nicolas Isimat-Mirin (vingt-trois ans) ou Borja Lopez (vingt-et-un ans), tous prêtés cette saison.

 

L’avenir de l’AS Monaco, à long terme et dans l’hypothèse que le fair-play financier ne disparaîsse pas, est une histoire de conciliation, entre les envies de résultats et la nécessaire santé économique. Avec les réseaux de recrutement de l’agent portugais Jorge Mendes, qui a placé ses hommes au club, dont son compatriote Luis Campos, nommé directeur technique en août dernier, les Munegu sont sûrs de récupérer quelques bons joueurs chaque été, à l’instar de Valence, racheté par Peter Lim mais aussi sous l’influence de Mendes (arrivées du coach Nuno Espirito Santo et des joueurs André Gomes et Rodrigo, entre autres). Les Murciélagos sont aujourd’hui quatrièmes du championnat d’Espagne.

 

 

Des vertus sur le terrain

À Monaco, la transition brusque entre la période James-Falcao et l’actuelle a donné naissance à un groupe de joueurs curieux (rappelant le déstockage de Malaga): Danijel Subasic, un gardien qui a résisté à la concurrence de noms plus connus (Romero, Stekelenburg), un vieux briscard en défense (Ricardo Carvalho), des milieux dans la force de l’âge (Moutinho, Toulalan), un génie sur la fin devant (Berbatov) et tout plein d’espoirs autour, certains formés au club – parce que Monaco forme plutôt bien –, d’autres venus d’un peu partout. À la tête de ce bazar, Leonardo Jardim, qui après avoir expérimenté un 4-3-3 expansif, s’est rabattu sur un 4-4-2 discipliné auquel il reste fidèle. Seule la présence de Joao Moutinho de temps à autres derrière l’attaquant fait varier la forme de l’ASM vers un 4-4-1-1.

 

 

 

 

Dans l’inconfort quand il faut faire le jeu, l’ASM, grâce à ses ailiers très percutants, est létal quand l’adversaire prend le ballon, joue haut et libère des espaces. Tel l’Atlético Madrid, qui base également sa solidité défensive sur deux lignes de quatre très compactes, Monaco avance et recule ensemble, qu’il s’agisse de se regrouper devant son but ou d’aller presser l’opposition dans son camp. La stratégie de Jardim maximise les qualités de ses jeunes joueurs, en particulier Yannick Ferreira-Carrasco et Anthony Martial, inarrêtables lorsqu’ils font face au but. Malgré la vente des stars que Jardim était venu coacher, l’ancien entraîneur du Sporting Portugal a hérité d’un matériel malléable et aux perspectives aguichantes.

 

Ce qui n’évite pas l’ennui lors de beaucoup de matches à Louis-II. Durant sa folle série de victoires entre décembre et janvier, Monaco a souvent attendu l’heure de jeu pour proposer quelque chose d’enthousiasmant et marquer. Les hommes de Jardim ne tentent que 11,8 tirs par match en Ligue 1. Huit équipes font mieux, dont Lorient et Caen. Mais les joueurs de la Principauté ne concèdent que 10,1 frappes par rencontre. Seuls Saint-Étienne et Lille sont moins menacés. Selon les Expected Goals, Monaco était d’ailleurs la deuxième meilleure défense du championnat récemment, derrière le PSG. Dans la réalité, les Rouge et Blanc sont bien la meilleure défense de Ligue 1 (avec certes un match de moins disputé).

 

 

Quel développement ? 

Au vu de la qualité et de la jeunesse de son effectif, dans un futur proche et avec quelques retouches, Monaco pourrait perturber le PSG et se transformer en un habitué du podium. À moins que ses atouts ne doivent partir rapidement et sans interruption. C’est là toute la difficulté du projet monégasque. Emprunter et imiter la science du recrutement de Porto et Benfica est louable, mais cela n’entraînera pas la compétitivité aussi facilement en France. Au Portugal, les Dragons et les Aigles sont de très loin les clubs les plus fortunés du pays. Même lorsque les deux patrons du foot lusitanien peinent à suppléer immédiatement les joueurs vendus, ils conservent de l’avance sur le reste du championnat et se qualifient à nouveau en Ligue des champions, touchant une fois de plus ses recettes. Ils ont toujours fini sur le podium depuis la saison 2009-2010, profitant au passage de la tierce propriété des joueurs [2], interdite en France.

 

 

 

 

Vendre ses meilleurs éléments pour les remplacer à moindre coût fonctionne jusqu’au jour où ça ne fonctionne plus. Un mauvais choix, un joueur surestimé ou qui se blesse, et le château de cartes peut s’effondrer. L’Olympique lyonnais semblait si solide au milieu des années 2000. Il a suffi de se tromper sur quelques noms pour redevenir un club parmi les autres. Jean-Michel Aulas espère que le Grand Stade propulsera à nouveau son enfant chez les adultes. Le Rocher ne peut pas miser là-dessus.

 

Si Monaco ne se classe pas parmi les trois premiers en fin de saison, faudra-t-il forcément se séparer d’un joueur à fort potentiel? Ne pas disputer la Ligue des champions représente un manque à gagner conséquent (l’Olympique de Marseille, éliminé dès les poules la saison passée, a reçu trente-deux millions d’euros de la part de l’UEFA) [3]. L’homogénéité du championnat français sauvegarde son suspense tout en empêchant la formation de superpuissances à l’échelle européenne, comme en Angleterre ou en Espagne. Un modèle dont la stabilité et la croissance financières sont quasiment impossibles peut-il marcher et durer?

 

Et quelles sont les aspirations sportives de Dmitri Rybolovlev (s’il en a) pour son club, qui regorge de talents mais pas de leviers économiques? Interrogé par L’Équipe au début de la saison, Vadim Vasilyev, vice-président de l’ASM, demeurait très flou: “Le président a choisi Monaco. Après, qui connaît le futur? Je ne peux parler que d’aujourd’hui et l’ambition est de continuer.” Monaco a fait un premier pas en arrière en laissant partir James Rodriguez et Radamel Falcao [4]. Désormais, la question est de savoir s’il faudra en faire un deuxième, ou s’il est possible de maintenir l’intrigant cap du moment.

 

[1] Selon Transfermarkt. L’effectif de l’OM a vingt-quatre ans de moyenne d’âge.
[2] Plus pour longtemps, semblerait-il.
[3] Et le prize money de la Ligue des champions va continuer de grimper.
[4] Un départ en prêt qui devrait devenir définitif, à Manchester United ou ailleurs.

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