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Pierre Martini et Marcel Rossi

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Les Cahiers, numéro 2

L'année du retour ?

Monaco et Lyon sortent premiers de leurs poules de Ligue des champions… La manière, le contexte et la nouvelle formule de la compétition leur ménagent de vrais espoirs pour la suite. L'amorce d'un renouveau français en Europe?
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Deux clubs français en huitièmes de finale de la Ligue des champions, cela a des allures de résurrection pour un football français que tout le monde se plait à décrire comme moribond et/ou voué à faire de la figuration sur la scène européenne. L'optimisme ne doit cependant pas résulter d'un non-événement (une qualification à l'issue de la première phase de poules), mais bien de ce que l'on peut espérer de la suite des opérations. Un précédent en trompe-l'œil On peut dire, comme Thierry Roland mercredi soir, que c'est la première fois que des clubs français parviennent en huitièmes de finale de la Ligue des champions... À condition de préciser que cette compétition n'en a jamais comporté. Le dernier huitième de finale disputé par un club français en Coupe d'Europe des clubs champions l'a été par Marseille, lors de la dernière édition de cette C1-là, lors de la saison 1990/1991 (Lech Poznan). Quant à sortir du premier tour de poules et à rejoindre le "top 16" de cette LdC, il n'y a finalement que la saison passée qu'aucun club français n'y est parvenu, le problème étant plutôt la sortie du second tour, jamais trouvée par nos représentants depuis l'instauration de cette formule en 99/2000. L'OM et Bordeaux (99/2000), le PSG et l'OL (2000/2001), et enfin Nantes (2001-2002) ont successivement échoué dans ce filet conçu pour ne laisser passer que les gros poissons. À l'exception de Lyon en 2000/2001 (éliminé au goal average), tous ces échecs avaient été nets, aucune équipe ne parvenant à remporter plus d'une victoire. En revanche, lors de la précédente formule (un seul tour de poules débouchant sur des quarts de finale, 1994-1999), correspondant à un âge d'or assez unique dans l'histoire du foot hexagonal — à la fois pas si lointain et en même temps plus court que l'on ne le croit généralement, même si on lui ajoute les épopées marseillaises de 90-93 —, l'AJ Auxerre a atteint les quarts (éliminée par Dortmund en 97), et trois clubs les demies: le PSG (sorti par l'AC Milan en 95), Nantes et Monaco (par la Juventus en 96 et 98). Autant de performances un peu hâtivement reversées dans l'oubli par le verdict du déclin irrémédiable du football français… Logique sportive Cette chronologie incite à désigner comme première responsable du "déclin" cette formule alourdie de Ligue des champions, véritable machine à creuser les écarts en faveur d'une élite très resserrée, disposant d'effectifs suffisamment riches pour supporter le rythme effréné de la compétition. En octobre dernier, les joueurs monégasques affirmaient qu'ils n'auraient jamais survécu au calendrier de l'ancienne formule (l'actuelle permet de mieux étaler les rencontres, dès le premier tour). Le vrai motif d'optimisme pour la suite, c'est que l'OL et l'ASM vont pouvoir "passer l'hiver au chaud" (une expression que l'on avait un peu oubliée) avant de retrouver des matches à élimination directe, par aller-retour, qui leur laissent infiniment plus de chances — d'autant que leurs premières places leur offrent le match retour à domicile. Mais ce ne sont évidemment pas les seules modalités de la compétition qui expliquent les qualifications lyonnaise et monégasque et motivent leurs espoirs pour le printemps. N'oublions pas que l'autre facteur majeur de l'absence ou du déficit de performance des clubs français dans les phases finales européennes ces dernières années (bien plus que l'alibi des charges sociales et de la fiscalité "inique" du pays), a été l'incurie des plus nantis d'entre eux, incapables de convertir leur puissance économique en domination sportive, ne serait-ce qu'en se qualifiant régulièrement pour la C1. L'OL de Jean-Michel Aulas oppose justement un parfait contre-exemple à ce manque de continuité sportive, et il y a une certaine logique à le voir de nouveau (comme en 2000/2001) passer le cut après plusieurs saisons au plus haut niveau (1). Il lui reste encore à franchir le palier espéré en démentant sa tendance à plafonner en Europe, comme il plafonnait en France avant de remporter ses deux titres nationaux consécutifs. Le cas monégasque est plus singulier, mais lui aussi illustre les vertus de la continuité, puisque son niveau sportif actuel est la résultante du travail sur trois saisons d'un entraîneur pourtant menacé dès son premier exercice, et d'un groupe de joueurs maintenus au club à la fois par leur volonté de vivre une aventure ensemble, et plus prosaïquement par la diminution des opportunités sur le marché des transferts (2). Et maintenant? Monaco et Lyon ne présentent ni les mêmes bilans, ni les mêmes profils en termes de jeu. Les limites des Monégasques, qui ont marqué les esprits en écrasant La Corogne, sont bien difficiles à cerner. On a même le sentiment que ce sont seulement des facteurs secondaires, comme les blessures ou le manque d'expérience à ce niveau, qui pourraient mettre en péril des ambitions placées très haut par leur qualité de jeu. Il est manifeste depuis le début de la saison que ce groupe, qui a survécu aux difficultés financières et aux guerres politiques au sein du club, a tout pour réussir, à commencer par un joli amalgame entre le talent de ses individualités et l'esprit de corps de son effectif. On sent également que Didier Deschamps est taillé pour lui faire exprimer tout son potentiel. Lyon a aussi réalisé un exploit, moins spectaculaire et moins médiatisé faute de retransmission, en battant le Bayern à Munich. Mais sans minimiser la valeur de sa performance globale ni la charge émotionnelle de son match contre le Celtic (qui contribue efficacement à combler le déficit de popularité de l'OL), il est difficile de dire que cette équipe est fondamentalement différente de celles qui avaient échoué, pour peu de choses, dans les éditions précédentes de la compétition. Des décisions arbitrales plus favorables (Anderlecht et Glasgow) ont plus significativement pesé dans la balance qu'une réelle maîtrise des événements. Paul Le Guen n'en est pas au même point que son homologue monégasque, et la marge de progression de son équipe apparaît dans ses défauts actuels, pas très différents ce ceux qui étaient apparus dès l'entame de la saison, notamment au travers de certaines lacunes tactiques (voir Les paradoxes lyonnais). On est même tenté de donner raison à Grégory Coupet lorsqu'il diagnostique un mental insuffisant chez ses coéquipiers... Mercredi soir, en s'imposant grâce à un coup de pied arrêté, à un exploit du gardien écossais et à une bourde d'un défenseur dans les dernières minutes, on ne peut pas dire que les Lyonnais ont vraiment fait valoir les qualités que l'on attend d'eux: leur technique ou leur vitesse auraient dû leur permettre de créer des différences plus nettes et d'avoir une emprise bien plus grande sur le Celtic, comme sur leurs autres adversaires du groupe A. Leur victoire en Bavière montre qu'ils en sont capables, reste à l'être plus régulièrement, en premier lieu dans le championnat… Pour espérer aller plus loin qu'un huitième de finale, ils doivent manifestement franchir d'autres paliers et conquérir une assurance qu'ils ne détiennent que par intermittences, là où les Monégasques doivent simplement préserver et cultiver leurs acquis. Après une période de disette et de frustration, de nombreux éléments incitent donc à croire en un retour des clubs français à l'avant-scène européenne. N'oublions pas nos quatre représentants en Coupe de l'UEFA, qui auront également de belles cartes à jouer, à l'image d'un FC Sochaux lui aussi très séduisant. Espérons renouer non seulement avec les ambitions, mais aussi avec le plaisir: toutes les rencontres qui nous attendent en début d'année prochaine sont des matches à élimination directe… La vraie coupe d'Europe, en fait! (1) L'Olympique de Marseille, malgré les espoirs un peu trompeurs du début de saison, n'a pu se prévaloir d'une telle continuité. Dans un groupe difficile, son effectif renouvelé a montré ses limites, et les circonstances ne l'ont pas aidé. Dans une phase de reconstruction (on l'oublie, voir Le difficile An II de Bouchet-Perrin), un reversement en Coupe de l'UEFA répond finalement à une certaine logique. (2) Ajoutons une autre cause de l'augmentation des chances françaises sur la scène européenne: la crise économique qui sévit sur le continent, et qui frappe plus durement nos voisins, fait désormais ressentir ses effets et contribue à niveler les valeurs en notre faveur. Que Lyon et Monaco se soient qualifiés avec des buts de (entre autres) Elber et Morientes a déjà valeur de symbole, même si cet équilibrage devrait surtout faire ressentir ses effets dans les années à venir. La France est quasiment le seul pays majeur où les droits de télévision se maintiennent à un niveau élevé, et l'imposition progressive d'un contrôle de gestion par l'UEFA, ainsi que la poursuite de la déflation des salaires et des transferts, devraient réunir des conditions encore plus favorables.
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