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La gazette : 7e journée

L'Afrique de volée

Invité : le Gri-Gri International - "Quinzomadaire satirique panafricain", le Gri-Gri a récemment consacré un dossier au football du continent, dont il nous livre ici de savoureux extraits...
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Le Gri-Gri International reparaît depuis septembre 2004, après avoir fait plusieurs fois les frais de la répression dans son pays d'origine, le Gabon. Il y est censuré aujourd'hui encore, tout comme au Cameroun et dans les deux Congo. Il est cependant disponible partout en Afrique, sur abonnement ("livré sous pli discret"), et distribué en France, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le Gri-Gri s'émancipe également sur le Net, où ses archives intégrales sont disponibles.

Dans son récent n°38, le journal a consacré un dossier au thème "Foot et politique". Il nous a fait l'amitié de nous laisser en publier quelques extraits dans les Cahiers…
Longue vie au Gri-Gri !


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Au grand jeu de la qualification pour la Coupe du monde, les équipes africaines jouent un peu plus que leur billet pour l’Allemagne, où se jouera le prochain mondial en juin 2006. En Afrique comme ailleurs, le football n’est plus un jeu mais un enjeu politique. Gagnez et la liesse s’empare des rues du pays, le peuple regarde  d’un meilleur oeil ses gouvernants....et supporte d’autant mieux leurs turpitudes. Perdez et les gradins laissent libre cours à leur colère. Malicieux, les présidents suivent de près le parcours de leurs équipes nationales, quitte à se muer en sélectionneur.  Toutes les grandes équipes du continent : Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal, Maroc ou Tunisie jouissent de ce parrainage particulier. Avec plus ou moins de bonheur.  Désignés réunificateurs de la nation, les éléphants ivoiriens, ont failli dimanche dernier contre le Cameroun de Paul Biya, passé maître dans l’art de marier politique et la glorieuse incertitude su sport. Et la machine à fantasme footballistique ne fonctionne pas à sens unique. Certains joueurs n’hésitent plus à briguer les plus hautes fonctions de l’Etat.


Biya, un sélectionneur pas comme les autres
S’il est un pays où foot et politique s’épousent, c’est bien le Cameroun, où le président n’hésite jamais à prendre la place du sélectionneur.

L’adage est connu au Cameroun : "Quand les Lions indomptables vont, tout va". Plus de tension entre anglophones et francophones, plus de plainte contre les bavures policières ou l’incurie du régime en place : la rue est en fête. Heureux Paul Biya. Depuis son accession au pouvoir en 1982, l’équipe nationale a conquis ses quatre titres de champions d’Afrique et s’est toujours qualifiée pour la coupe du Monde, à l’exception de Mexico en 1986. Une réussite qui lui incombe personnellement, tant le président camerounais se plaît à imposer au sélectionneur de l’équipe ses joueurs fétiches. Et "le sphinx" de Yaoundé a du flair.
En 1990, Roger Milla traîne son spleen entre La Réunion...et l’entourage de l’équipe du Sénégal, qu’il côtoie pendant la Coupe d’Afrique des Nations en Algérie. Valeri Nepomniachi, coach des Lions indomptables l’ignore. Pas Claude Le Roy, alors entraîneur du Sénégal et conseiller du Président Biya. Un coup de fil plus tard, l’éternel Roger est convoqué par décret présidentiel pour préparer la coupe du monde 90. Un an après avoir officiellement pris sa retraite. En Italie, le "vieillard de 38 ans" illumine le mondial et porte le Cameroun jusqu’en quart de finale,  meilleure performance d’une équipe africaine jusqu’à aujourd’hui. Successeur désigné de Roger Milla, Patrick Mboma sera lui aussi retenu par décision présidentielle pour la Can 2004, dont il terminera meilleur buteur. Pourtant le sélectionneur d’alors, l’Allemand Winfried Schäfer ne voulait plus en entendre parler.

Pour les joueurs comme pour le sélectionneur, mieux vaut donc être proche du pouvoir pour assurer sa place. Fâché avec le ministre des sports, Pierre Womé a été exclu de l’équipe par le ministre lui-même, Bidong Mkpatt. Et n’y est revenu qu’après l’éviction de ce dernier en avril 2004. "Le ministre des sports, avec l’aval du président, est tout puissant en ce qui concerne le football. La fédération ne peut avoir aucune influence, elle dépend financièrement du ministère", confie un journaliste camerounais de renom. Un  mélange des genres qui donne naissance à des situations ubuesques.
Avant le match Cameroun-Côte d’Ivoire, deux listes de joueurs sélectionnés sont parus. L’une délivrée par Artur Jorge, le sélectionneur actuel, comprenait 22 joueurs. L’autre, dévoilée par le ministère des sports via la télévision camerounaise, en comprenait 24... dont Raymond Kalla, un joueur que (même) l’Olympique de Marseille a refusé d’engager : hors de forme.
Mais, en cas de défaite, les jours des ministres sont comptés. Il en va de la survie du pouvoir. Depuis 2002, au fil des mauvais résultats de l’équipe, trois ministres se sont succédé. Et le Cameroun est en posture délicate dans son groupe de qualification pour la Coupe du monde allemande de 2006. Remaniement ministériel en vue.

Xavier Monnier



Le Roy du Congo
Claude Le Roy, sélectionneur de la RDC, aime passionnément le football et l’Afrique. La preuve, il garde toute sa lucidité lorsqu’il en parle

Du Congo et d’ailleurs, Claude Le Roy rappelle toujours, ou, au moins, transmet un numéro où le joindre. À une condition, qu’on laisse sur son répondeur un court message et un mot : Afrique. À ce son, le sélectionneur du Congo-Kinshasa devient intarissable et son bagout constitue un trésor pour tous les journalistes.
Passé par le Cameroun, avec qui il remporta la Can 1988 et participa à la Coupe du monde 98, entraîneur du Sénégal de 90 à 93, Le Roy débarque en RDC à la mi-2004. Jusqu’alors il avance n’avoir jamais subi de pression, juste des désagréments "de la part de ministres incompétents".

Sur la composition de ses équipes, personne n’est jamais intervenu, jure-t-il. "Si on accepte ça, on change de métier mais je sais que ça se passe". La récupération politique? "Vous croyez qu’en France on ne fait pas pareil, quand on invite les champions du monde à l’Elysée ou que le Premier ministre se réjouit du retour de Zidane", claque-t-il d’une traite. "En Afrique, c’est juste plus direct, parce que le foot est un facteur de stabilité et d’unité".
Des éléments qui manquent cruellement du côté de Kinshasa, où les guerres de clans, entre autres, minent le pouvoir. Son équipe n’a pourtant jamais été aussi proche de se qualifier pour le Mondial. "Tout le monde ne souhaite pas qu’on réussisse. Ils ont peur que le pouvoir récupère nos succès", craint le chef des Simba. Avant de raccrocher en s’excusant : le sélectionneur ne doit pas être en retard à l’entraînement. Joseph Kabila, le président congolais et son vice-président, Jean-Pierre Bemba, lui ont donné rendez-vous pendant la séance.

Xavier Monnier



Le Sénégal brûle les étapes
Au Sénégal aussi, foot et politique entretiennent des relations orageuses et intéressées.

Le Sénégal apprend vite. Tout juste admis dans le cénacle des grandes équipes africaines, le pays a imité les copains du continent : récupération politique, valse des ministres et des sélectionneurs, joueurs protégés par le pouvoir.
Tout a commencé en 2002. L’équipe nationale atteint la finale de la Can, au Mali, avant de se qualifier pour les quart de finale de la coupe du Monde, éliminant au passage la France championne du monde. Le président Wade ne se fait pas prier alors pour défiler un ballon dans les mains dans les rues de Dakar, et faire des "Lions de la Téranga" le symbole de son cher "Sénégal qui gagne". Las, passé l’embellie, les mauvais résultats s’amoncèlent. Piteuse élimination lors de la Can 2004 en Tunisie, qualification compromise pour le prochain mondial en Allemagne, la pression d’accentue.

Avant d’écarter El Hadji Diouf — star de l’équipe et ouvertement pro-Wade —, pour  assiduité noctambule prononcée, Guy Stéphan, le coach de l’équipe, en réfère au ministre des sports Youssou Ndiaye. Renvoyé en mars 2004 par la fédération, le même Stéphan conserve son poste par la grâce du même ministre... jusqu’au 23 juin dernier.
Juste après avoir remercié le ministre des sports, le Premier Ministre Macky Sall convoque le sélectionneur de l’équipe. Et le chef du gouvernement en personne lui signifie son renvoi.  Une grande première ! "Le football a pris une telle importance qu’il peut masquer d’autre problèmes, s’il gagne", confie un ancien membre du staff de l’équipe. "Virer l’entraîneur permet de focaliser l’attention de la rue sur autre chose que ses difficultés quotidiennes".
Décidément, le Sénégal apprend vite.

Xavier Monnier



La ménagerie du foot
Toutes les équipes africaines ont leur animal fétiche. Des "Éperviers" du Togo aux "Aigles de Carthage" tunisiens, en passant par les "Étalons" du Burkina. Une appellation très politique. Aussitôt Mobutu chassé du pouvoir, les "Léopards du Zaïre" sont devenus les "Simba" (lion) du Congo démocratique (RDC). Le roi de la jungle truste les appellations. Outre la RDC, trois autres pays l’ont adopté comme emblème footballistique. Au Maroc, règnent les "Lions de l’Atlas", au Sénégal se repaissent les "Lions de la Téranga", quand au Cameroun, y rugissent les "Lions indomptables".
Et leur rivalité sur le rectangle vert déborde parfois vers le terrain politique. En 2002, peu avant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) opposant le Cameroun au Sénégal, un cocasse débat avait agité les plus hautes sphères, jusqu’à frôler l’incident diplomatique. Le président sénégalais Abdoulaye Wade avait affirmé que les Camerounais ne pouvaient être des lions, "puisque les lions ne vivent pas dans la forêt mais dans la brousse". Le Cameroun remporta le match.

Xavier Monnier



Des Eléphants qui perdent énormément
Après la France, pour le symbole, le Cameroun, pour la qualification au mondial de 2006. Été chargé pour des Éléphants un peu légers pour les Lions. Et pour une Côte d’Ivoire tout sauf sereine à quelques semaines d’un scrutin présidentiel… attendu.

Non, il ne fallait pas. Il ne fallait vraiment pas que les Éléphants perdent à domicile, 3 buts à 2, face aux Lions camerounais, le 4 septembre dernier. La classe politique ne s’y était pas trompée : jusqu’au match, les dissensions devaient faire profil bas et laisser place à l’union sacrée du sport. Chacun y était allé de son petit commentaire pour ne pas laisser la victoire profiter à d’autres. Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, en envoyant des lettres d’encouragement aux joueurs relayées par leurs journaux respectifs. Laurent Gbagbo en recevant les Eléphants au Palais. La tentative de récupération politique était en marche, mais les vraies stars étaient ceux qui portaient les crampons.
Conscient de l’enjeu, Jacques Anouma, président de la Fédération ivoirienne de football et trésorier de Laurent Gbagbo, avait fait le tour des sponsors. En plus d’Orange, il avait su mobiliser Bolloré. La critique des grands groupes français avait été mise entre parenthèses. Mieux que les gri-gris, mieux que la menace d’un voyage en camp de redressement (méthode éprouvée par le général Gueï), le président de la Fédé comptait sur une belle enveloppe de CFA pour motiver ses joueurs à aller en Coupe du monde.

Le jour J, il faisait très chaud à Abidjan. Autour du Stade Félicia, les supporters avaient commencé les festivités dès midi, dans une bonne ambiance exemplaire. Le match avait lieu a guichets fermés, les places s’échangeant jusqu’à 100 000 F CFA, et au lieu des 32 000 spectateurs prévus, il fallait en compter 45 000. Au même moment, à Bouaké, en zone rebelle, la vie s’était arrêtée pour suivre l’événement sur écran géant. Mais le foot n’a pas su, ce jour-là, apporter le réconfort promis. À l’annonce de la défaite, un silence de mort s’abat dans les tribunes. Plus que de la colère, c’est une immense tristesse qu’ont partagé tous les Ivoiriens.
Déjà, deux semaines auparavant, le match France-Côte d’Ivoire (3-0 pour la France) avait été perçu comme un camouflet. Didier Drogba avait saisi la pression qui pesait sur ses épaules et tenté, vainement, de minimiser l’enjeu. "Nous sommes des ambassadeurs, avait-il dit. Mais ce n’est que du football". Que du football, certes… Mais un football soutenu par une équipe pluri-ethnique qui représentait toute la Côte d’Ivoire. Un football qui n’était pas plus "rebelle" qu’il n’était "patriote".
Le soir du 4 septembre, signe que la trêve politique était brisée, des partisans de Blé Goudé festoyaient, malgré la défaite, dans le quartier chaud de Yopougon. Une rumeur s’était propagée laissant croire que Jacques Chirac était mort dans la journée…

Anna Borrel

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