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Eugène Santa

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L'Abbé déchante

Notre envoyé spécialisé s'est bien couvert avant de couvrir cet Auxerre-Liverpool, unique rendez-vous européen pour un club français en ce début d'année… Reportage imagé.

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L'ambiance

19h30. Dans la nuit, le stade de l'Abbé Deschamps est une sorte de phare solidement campé dans le sud de l'agglomération auxerroise: ses lumières inondent le ciel bourguignon à plusieurs centaines de mètres à la ronde dans la campagne environnante. Nul besoin de fléchage (véritablement inexistant, au demeurant) pour se repérer: de longs cortèges de voitures convergent vers le point de ralliement de la soirée. Sur place, l'ambiance est plus que bon enfant.

 

La présence des forces de l'ordre est particulièrement discrète: la chiraquie semblerait presque ne pas être passée par la capitale de l'Yonne. Un supporter bourguignon, déjà présent lors des premières joutes entre les deux clubs, il y a quelques années maintenant, se souvient: "Lors de la première venue de Liverpool à Auxerre, on sortait de la longue période de suspension de Coupe d'Europe qu'avaient subie les clubs anglais à la suite du drame du Heysel: la fouille avait été intensive, et les Anglais venus par leurs propres moyens, en dehors du cortège officiel de supporters, avaient été priés de montrer patte blanche pour rentrer dans l'enceinte".

 

Cette fois, pas de zèle pour les CRS. L'un d'entre eux se permet même de vanner gentiment un supporter des Reds au moment du contrôle. En bas des travées, alors que l'on est encore à plus d'une demi-heure du coup d'envoi, les supporters en maillot rouge côtoient leurs homologues locaux sans la moindre animosité. Il faut dire que certains d'entre eux parlent le français avec un accent plus proche du bourguignon local que du phrasé propre aux habitants du bord de la Mersey: les Reds semblent avoir réuni en terres auxerroises la fine fleur des membres de leurs clubs de supporters hexagonaux…

 

Vers 20h15, les travées de l'Abbé-Deschamps sont déjà bien garnies. Une partie conséquente de la tribune "Vaux" est occupée par les visiteurs, qui ont déposé banderoles et drapeaux tout le long des grillages qui les séparent de la pelouse. Au micro, le speaker donne du "ami supporter" en veux-tu en voilà. À son timbre de voix, on a parfois l'impression d'écouter Louis Bozon. Quand il annonce le programme du cinéma local, on s'étonne presque de ne pas entendre le carillon ponctuer la fin de sa phrase.

 

Sur la pelouse, qui ressemble à un parquet fraîchement posé avec des dalles de gazons de couleur différente, les joueurs de deux équipes s'échauffent. Les supporters anglais en font de même avec leurs voix. Mais le spectacle est inaudible: la sono entonne à tue-tête un tube de Las Ketchup. Sur le coup de 20h40, les joueurs achèvent leurs petits exercices. Lachuer et ses coéquipiers se congratulent à grands coups de tapes dans le dos et d'accolades. Philippe Mexès entame un long cérémonial gestuel avec Khalilou Fadiga.

 

Ces jeunes ont de drôles de manières. Devant le spectacle, un supporter de Liverpool chambre: "Ils se félicitent comme s'ils avaient marqué un but, ils pourront le faire au moins une fois dans la soirée". Avant même le coup d'envoi, la bataille est déjà lancée dans les gradins.

 

 

Alors que les joueurs reviennent sur le terrain pour débuter la rencontre, la tribune "Leclerc", qui abrite les Ultras auxerrois, est le lieu d'un tifo bariolé. Raphaël, membre de l'un des groupes de supporters, avaient annoncé un calicot un brin chambreur au micro de Radio-France Bourgogne en fin d'après-midi. Ce dernier n'énonce en fait qu'un banal: "L'honneur de la France est entre vos mains" (pourquoi pas les pieds?).

 

Le match débute. Le calme gagne les tribunes: sans doute l'effet du spectacle proposé par les joueurs, quelque peu soporifique. Alors que la température a dégringolé après une belle journée ensoleillée, les occasions de se réchauffer sont quasi-inexistantes… Les supporters de Liverpool, réputés pour leur soutien bruyant à leurs protégés, déçoivent l'assistance. Il faut en fait attendre le but de Hyypiä à la 72e minute pour qu'ils se réveillent.

 

Les vingt dernières seront en revanche un véritable concert des chœurs de l'armée Red, à la gloire du buteur du soir, de Gérard "Ouliyer" et de l'ensemble de leur équipe. Les Auxerrois sont en revanche abattus. L'un d'entre eux, à la sortie du stade, n'en démord pourtant pas: "Contre Arsenal aussi, on aurait pu jouer douze heures sans leur mettre de but. Et on les a battus à Highbury. Moi je vous donne rendez-vous en quarts de finale"…

 

La nalyse

C'est à une partie particulièrement rythmée, mais également pauvre en occasions à laquelle le public de l'Abbé Deschamps a assisté. Organisé en 4-4-2, avec Diouf à droite, Riise à gauche, Owen et Heskey en pointe, les hommes de Houllier ont entamé le match avec beaucoup de détermination. Les premières minutes ont ainsi été à leur avantage: pressant haut, Hyypiä et ses coéquipiers ont ratissé un maximum de ballons et privé les Auxerrois d'espace.

 

Pour autant, Cool n'a pas vraiment entr'aperçu l'ombre d'un danger, si ce n'est à la 24e minute, sur un éclair de Michael Owen. Petit à petit, les Blancs ont néanmoins commencé à sortir la tête de l'eau. Aidés par des milieux défensifs adverses particulièrement maladroits dans la relance, ils ont récupéré de plus en plus de ballons, les faisant tourner avec patience afin de trouver la faille.

 

L'organisation auxerroise (en 4-2-3-1) a permis aux hommes de Guy Roux de confisquer progressivement le cuir à l'adversaire, en misant sur un surnombre dans l'entrejeu. Lachuer dans l'axe, Mathis à droite et Fadiga à gauche ont tenté d'animer le secteur offensif toute la soirée. Le ballon a d'ailleurs bien circulé, la plupart du temps à une touche de balle, avec très peu de déchet technique.

 

Mais cette fluidité dans la combinaison est toutefois restée stérile: devant, Benjani, trop statique, n'a quasiment fait aucun appel en profondeur, restant scotché à son défenseur. Il a finalement joué le rôle d'un attaquant de soutien… mais sans acolyte à ses côtés auquel passer le ballon.

 

Les Auxerrois ont également multiplié les ouvertures sur les ailes, afin de contourner une défense centrale de Liverpool particulièrement regroupée. Mais la faible qualité des centres, et la bonne prestation des latéraux adverses a empêché toute offensive dangereuse pour les coéquipiers de Mexès.

 

Devant, le contraste a été saisissant avec le duo de Reds. L'activité de Heskey et Owen s'est avérée incessante: courses croisées, permutations, appels sur toute la largeur du terrain. Beaucoup de travail pour pas grand-chose, la faiblesse de l'animation offensive ayant fortement limité le nombre d'occasions de s'approcher du but de Fabien Cool.

 

Finalement, dans un match fermé, la décision s'est faite sur un coup du sort. Liverpool ne méritait pas plus de gagner que de perdre. Mais le club, aux portes de la crise, s'offre le luxe d'aborder le match retour avec un but d'avance…

 

 

Les gars

En dehors d'une coûteuse erreur de marquage sur le but, la défense centrale auxerroise a été digne de sa réputation. Outre un excellent sens du placement qui lui a évité de se faire prendre de vitesse par Owen, Mexès a fait preuve d'une qualité de relance remarquable, jouant parfaitement son rôle de rampe de lancement du jeu court auxerrois.

 

Solide prestation de Boumsong a ses côtés. À droite, Radet a fait un grand match au niveau défensif en donnant du fil à retordre à Riise. Il a touché beaucoup plus de ballons sur son aile que son partenaire du couloir gauche, mais n'a pas été suffisamment appliqué dans la dernière passe.

Au milieu, Tainio a été le seul à multiplier les pertes de ballons. Il a néanmoins été précieux dans la récupération, comme à l'accoutumée, au même titre que Faye, à qui l'on peut reprocher une certaine frilosité à l'approche des 30 mètres adverses.

 

Les trois milieux offensifs (Lachuer, Mathis, Fadiga) ont essayé de combiner avec le peu d'espace dont ils disposaient. Une grosse activité, quelques jolis gestes, mais aucune solution devant…Car Benjani, isolé aux avant-postes, n'est parvenu à jouer ni de sa pointe de vitesse ni de son physique pour déstabiliser la défense adverse. Il a en outre été pris au piège du hors-jeu à plusieurs reprises.

 

À Liverpool, c'est bien sûr l'ensemble de la défense qui a tiré son épingle du jeu. Qu'un défenseur ait marqué l'unique but de la victoire a d'ailleurs valeur de symbole pour une équipe copieusement dominée, mais finalement victorieuse.

 

On note également le début de match fébrile de Gerrard, qui, à l'instar de Tainio, a perdu un nombre de ballons bien trop important au regard de son talent.

 

Dans son couloir, Diouf a rarement été décisif. Bien loin de ses performances avec Lens et le Sénégal, il a quelque peu erré sur le terrain, et a même fait preuve d'une nervosité finalement assez habituelle chez lui.

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