auteur
Christophe Zemmour

Du même auteur

> article suivant

Revue de stress #163

> article précédent

Revue de stress #106

Kuyt, le repos du guerrier

Passe en retraite – Le soldat Dirk Kuyt a enfin rendu les armes, à trente-six printemps. Non sans offrir un dernier titre de champion au Feyenoord, et non sans laisser l’image d’un guerrier valeureux apprécié de tous.

Partager

 

L’une des qualités majeures d’un “gars sûr” en football, c’est probablement la capacité à se battre constamment, sur chaque ballon. Au-delà d’une régularité confondante qui l’aura vu disputer près de mille matches en pro, Dirk Kuyt est l’incarnation même du coéquipier sur lequel on peut compter en toutes circonstances, du mec sans rate qui ne va jamais rien lâcher et dont le seul souci est de servir l’équipe. À la 84e minute de la dernière journée d'Eredivisie opposant le Feyenoord Rotterdam à Heracles Almelo, le capitaine blond scelle sur penalty un triplé qui offre définitivement le championnat aux siens. Un titre attendu depuis dix-huit ans et qui s’est dessiné dès les premiers instants du match, Kuyt profitant de la glissade de son défenseur pour placer une magnifique frappe croisée qui trompe le gardien dans un angle difficile. Deux saisons après être revenu y terminer une carrière absolument exemplaire dans la performance, l’attitude et le sens du devoir.

 

 

 

Redoutable et infatigable

Au début des années 2000, Kuyt avait déjà fait les beaux jours du Feyenoord. Il en avait été pourtant l’un des bourreaux en finale de la Coupe des Pays-Bas en 2003 avec Utrecht, pour remporter son premier titre après avoir été élu joueur de l’année. À Rotterdam, il formait alors avec Salomon Kalou une doublette dévastatrice, la K2, inscrivant plus de quatre-vingt buts en trois saisons. Attaquant aussi redoutable et clinique que combatif, Dirk a toujours donné l’image du coéquipier humble, discret et altruiste, faisant plus parler ses efforts que ses mots. À Liverpool, où il a principalement évolué sur le côté droit, il a été l’un des piliers de l’ère Benitez et même au-delà. Il y incarnait, avec entre autres Jamie Carragher et Yossi Benayoun, la frange guerrière, opiniâtre et fidèle d’une équipe redoutable dont les talents les plus visibles et les plus esthètes étaient Steven Gerrard, Fernando Torres et Xabi Alonso. Le public ne s’y trompait pas, lui vouant une admiration à la hauteur de ses efforts généreux, infatigables et ininterrompus.

 

Au-delà d’un cœur énorme, Dirk Kuyt était également un joueur sachant faire preuve de patience et d’intelligence, aussi bien dans sa capacité à rester concentré que dans l’énergie et l’intuition qu’il déployait à chaque mouvement, à chaque opportunité. Comme le prouve sa performance face à l’Uruguay en demi-finale du Mondial 2010, durant laquelle il subit un pressing à deux discipliné de la part de ses adversaires, mais où il finit par adresser le centre pour le but victorieux d’Arjen Robben. De même que son tacle rageur dans sa surface de réparation arrache le dernier ballon chaud de la Celeste et assure la finale à sa sélection. Harceleur infatigable de défenseurs, Dirk Kuyt n’en restait pas moins un joueur assez complet et polyvalent, aussi efficace de la tête qu’avec ses pieds, régulièrement buteur opportuniste lors de matches importants, souvent bien placé dans les seize mètres cinquante, à l’affût des ballons qui traînent. On pense à son fameux triplé lors de la réception de Manchester United le 6 mars 2011, ou encore à son but contre le Milan en finale de la C1 2007 et à son ouverture du score en demie la saison suivante face à Chelsea.

 

 

 

Capitaine Dirk

Le regret principal de la carrière de Kuyt résidera probablement dans le manque de titre majeur durant sa meilleure période, aussi bien avec le maillot Red qu’avec celui de la sélection batave. Vice-champion d’Angleterre et d’Europe avec Liverpool, battu par l’Espagne lors la finale de la Coupe du monde 2010, il n’affiche pas un palmarès collectif très fourni, ni très prestigieux, lequel aurait pourtant récompensé à juste titre sa carrière. La faute à des adversaires supérieurs voire exceptionnels, qui l’auront empêché d’accéder à de plus hautes distinctions lors d’aventures dont il a été l’un des principaux artisans. Élément indéboulonnable pendant le Mondial sud-africain, il joue d’abord les utilités quatre ans plus tard au Brésil avant de ne plus bouger du onze titulaire, exécutant les besognes aussi bien au milieu que sur le côté en tant qu’arrière latéral, sans jamais se plaindre et suscitant comme toujours l’admiration par l’exemple et par sa capacité à s’imposer malgré son âge avancé.

 

Alors, au moment de dire adieu à Kuyt le footballeur, il est temps de le remercier et, déjà, de le regretter. De clamer toute notre admiration à ce joueur moche, à la gueule de Cinoque des Goonies, mais au désintéressement, à la hardiesse, à la vaillance, au respect et au dévouement extraordinaires. De ne pas oublier l’excellent footballeur derrière les tripes, de sa technique simple, non esthète, mais toujours sérieuse et efficace. De l’anti-héros qui dissimule en réalité un véritable emblème. Un étendard placé tout en haut, là où il a voulu arrêter pour laisser une empreinte encore plus profonde dans le cœur de ceux qu’il aura servis jusqu’au bout. Tu nous manques déjà, Dirk.

 

Partager

> sur le même thème

Houchen 1987, le soleil de Coventry

> du même auteur

Batistuta, à cœur et à cri

Passe en retraite


Christophe Zemmour & Richard N
2019-01-23

Perte sèche

Passe en retraite – Avec le départ de Petr Cech, le foot européen va perdre l’un des plus grands gardiens de but du XXIe siècle.


Christophe Zemmour et Richard N
2017-11-09

Pirlo, l'intelligence et la douceur

Passe en retraite – En quittant la MLS, Andrea Pirlo a mis un terme à une carrière inoubliable. Au-delà de la peine de le voir partir, il faudra se souvenir de la classe et de la beauté de ses gestes sur le terrain. 


Christophe Zemmour
2017-10-26

Kaká 2007, stupeur et tremblements

Passe en retraite – Kaká a décidé d’arrêter sa carrière car “jouer au foot n’est plus un plaisir”, la faute à un corps qui le fait trop souffrir. Il peut partir tranquille: nous n’oublierons jamais ce frisson d’avril 2007 face à Manchester United.


>> tous les épisodes de la série "Passe en retraite"

Sur le fil

RT @Horsjeu: Ça va vous en boucher un coin, mais le replay du Radjo Horsjeu d'hier avec @jeromelatta des @cahiersdufoot est déjà en ligne s…

RT @johanncrochet: Depuis plusieurs jours, @vbachelier est en Argentine, récolte des témoignages, écrit des bons papiers et relate les obsè…

RT @RemiBelot: Top interview. https://t.co/FVgF0z14CC

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Dans le haut du panier

aujourd'hui à 03h36 - la menace Chantôme : J'ai un peu honte parce que je ne connaissais pas le vainqueur du concours à 3 points. Mais... >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 01h21 - Flo Riant Sans Son : Lucho Gonzealaise16/02/2019 à 17h52_____Il me semble que Balotelli a toujours plutôt bien réussi... >>


Feuilles de match et feuilles de maîtres

aujourd'hui à 01h11 - Tricky : Ah mille fois oui, et la beauté nostalgique ne vieillit pas. Testé et approuvé sur une... >>


Foot et politique

aujourd'hui à 00h23 - cachaco : Pascal Amateuraujourd'hui à 19h04Le « féminicide » c'est le fait de tuer que des femmes ? Une... >>


Etoiles et toiles

16/02/2019 à 23h41 - Utaka Souley : @Danishos Dynamitosaujourd'hui à 17h21Tu as aussi la chute de Gaston à la fin de la Belle et la... >>


Le fil de butte avec ses potes en croco

16/02/2019 à 23h41 - FPZ : Si vous voulez notre jardinier...Quelle pelouse dégueulasse on se traîne ! >>


LA GAZETTE : Les gestes / Les antigestes

16/02/2019 à 23h07 - et alors : Antigeste :- Le tacle qui vaut pénalty d'un Christophe Jallet en retard sur Angelo Fulgini, au... >>


Go Mouest !

16/02/2019 à 23h01 - McManaman : Ah justement, je n'avais pas vu Angers jouer depuis un moment, je voulais demander des nouvelles de... >>


Gerland à la détente

16/02/2019 à 22h49 - LYon Indomptable : L'unique. >>


CDF sound system

16/02/2019 à 22h44 - Hydresec : Ah, les tchous tchous de Moskow Diskow... Ça vaut 9 points chez moi. >>


Les brèves

Kamil Gros beef cuit

"Près de 800 kg de viande avariée polonaise découverts dans neuf entreprises en France." (lemonde.fr)

Henrique : arrhes, sinon rien

"Les mauvais comptes de Henrique." (lequipe.fr)

Et mer...

"Le mercato inachevé du PSG." (lemonde.fr)

Marquer son époque (une fois sur dix)

"Jean-Michel Aulas rêve d'Olivier Giroud" (lequipe.fr)

Carence Seedorf

"Lille pense à Leroy Fer (Swansea)." (lequipe.fr)