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Terry Staunton

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Trente-cinq

Barton, dans le nonsense de l'histoire

When Saturday Comes – L'autobiographie de Joey Barton, récemment parue, souligne la complexité du personnage, dont l'image va du footballeur "bourrin" au philosophe autoproclamé des temps modernes.

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Extrait du numéro 357 de When Saturday Comes. Titre original : "Book of revelations", traduction Toto le zéro.

 

* * *

 

Nous avons tous des amis qui ne manifestent que peu ou aucun intérêt pour le football, mais même les plus réfractaires au ballon rond connaissent au moins quelques joueurs. Ils auront entendu parler de David Beckham, Wayne Rooney, Gary Lineker voire Alan Shearer, lesquels ont porté le brassard pour leur pays et jouissent d'une notoriété appréciable au-delà des pages sportives.

 

Il faudrait désormais ajouter un autre joueur Anglais à cette liste qui n'a pourtant jamais porté le brassard et n'a joué que dix-sept minutes en équipe nationale il y a près de dix ans. Si les premiers cités ont réussi leurs reconversions sportives via des partenariats commerciaux ultra-médiatisés, des chroniques satiriques ou des avis d'experts plutôt médiocres, Joey Barton, plus que tout autre footballeur, est devenu un véritable phénomène de société. Début octobre, son profil Twitter comptait plus de trois millions d'abonnés.

 

 

 

 

 

Le rôle du cinglé

No Nonsense est, pour ainsi dire, Joey Barton en version longue, c'est-à-dire Joey Barton non limité par les 140 caractères maximums de Twitter et enrichi par la prose raffinée de son porte-plume, Michael Calvin. Le duo entend dynamiter le "baratin superficiel" du jeu moderne, le tout en égratignant sans retenue les joueurs, dirigeants et officiels.

 

Le fait que l'ex joueur ait sollicité Michael Calvin peut surprendre car ce dernier, journaliste chevronné, l'avait jadis traité d'"odieux spécimen" dans un article, y allant même de bon cœur dans une chronique consacrée à l'altercation avec Ousmane Dabo, lors d'un entraînement, qui lui vaudra une condamnation pour voies de fait: "Non seulement [Joey Barton] a glorifié les actes violents qu'il a commis mais il l'a fait de avec un mépris et un égocentrisme de nature à retourner l'estomac."

 

Toutefois, il n'est que très peu question de glorification dans ces pages: la violence de la jeunesse et du quartier de Liverpool de Joey Barton est relatée dans un style froid et posé, qui peut rappeler aux lecteurs plus âgés les romans de la série Skinhead de James Moffat (écrits sous le pseudonyme de Richard Allen au début des années 1970). Survivre était le mot d'ordre dans les rues âpres du comté de Merseyside: "Je pouvais me protéger en jouant le rôle du cinglé."

 

 

L'éloquence du vilain garçon

La candeur de l'ancien Marseillais est assez rafraichissante, même si le livre vire parfois à la séance de thérapie lorsqu'il parle des démons intérieurs qui l'ont tourmenté au cours de sa carrière. Se montrer impénitent et éprouver des remords est un véritable exercice d'équilibriste, mais Joey a toujours été sur le fil du rasoir.

 

Il revient régulièrement sur l'aspect "arène des gladiateurs" du milieu du football, plus particulièrement lorsqu'il s'agit de s'imposer comme le gros bonnet au sein de l'équipe. "Le vestiaire est un environnement difficile car il est rempli de jeunes hommes incapables de communiquer de manière profonde sur le plan émotionnel, explique-t-il. Ce n'est pas le lieu pour avouer la moindre vulnérabilité." Amateur de formules stéréotypées telles que "guerre psychologique", il se montre tout aussi éloquent que laconiquement dédaigneux lorsqu'il juge ses anciens managers. Dennis Wise? "Un irritant professionnel". Neil Warnock? "Plus froid et infiniment plus fragile qu'il ne le laisse paraître". Quant à sa relation avec Kevin Keegan, il l'a décrite ainsi: "Il était le Messie. Moi, j'étais un très vilain garçon".

 

Si l'ouvrage donne parfois l'impression que Joey cherche à vanter le contenu de sa bibliothèque, citant George Orwell, Hunter S. Thompson, Winston Churchill et Friedrich Nietzsche, la tendance est bien excusable lorsqu'elle est empreinte d'autodérision. Il admet "recycler" la sagesse d'Aristote, Sénèque et Platon avant un paragraphe insolite sur les différentes manières de regarder un verre d'eau. "J'ai été dans de pires endroits que la rubrique des déclarations de Private Eye", conclut-il.

 

 

Être pris au sérieux

Pourtant, au cœur de No nonsense se trouve un homme perturbé dont la franchise et les réparties cinglantes constituent à l'évidence un mécanisme de défense. Les 77 jours passés en prison à la suite d'une vilaine rixe au centre de Liverpool, en 2008, ont été pour lui "une véritable bénédiction" et l'occasion d'un temps de réflexion: "Je parcourais les débris de l'accident de train, me rendant compte que le conducteur avait perdu le contrôle mais aussi la tête".

 

Sa notoriété reste à double tranchant car elle le cantonne au rôle du voyou sans cervelle pour un grand nombre de personnes, tout en lui permettant de se faire inviter à des programmes tels que Question Time, une émission de la BBC pour laquelle il a passé trois jours à répéter devant des étudiants en sciences politiques. L'anecdote est certes plaisante, mais elle montre également à quel point il souhaite être pris au sérieux.

 

Footeux, teigneux, philosophe... que le véritable Joey Barton lève le doigt! Le lecteur retrouvera chacune de ses facettes mais, au bout de 326 pages, ne sera pas réellement plus proche d'une conclusion. Sa réputation précède un personnage tellement exposé que rares seront celles et ceux qui changeront, ou même seront disposés à changer d'avis sur l'homme. Ce qui n'empêche pas No nonsense d'être l'un des livres de sport les plus remarquables et les plus sincères de l'année.

 

 

 

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