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Erwan Menez

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Drôle de fair-play

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Sous la Coupe de Memphis

« Ils sont sur la Breizh »

Reportage – Ambiance mardi soir, près de Nantes, pour ce match entre l’équipe nationale du Mali et la sélection de Bretagne. Nationale, la sélection?

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Un énorme grain vient d’inonder le stade de Carquefou, ville qu’on ne présente plus comme la banlieue cossue nantaise mais bien comme une équipe de football rivale des voisins en jaune et vert. En ce mardi soir, le préposé au micro s’amuse: "Amis du Mali, soyez les bienvenus en Bretagne". L’enjeu est différent pour les deux équipes: les Maliens préparent deux rencontres de qualification pour la prochaine coupe du monde. L’équipe de "Breizh", elle, tâte le terrain auprès des fédérations française et internationales pour savoir à quel point elle peut dire "on existe".
 

Le match aura lieu, et c’est déjà un petit miracle, comme à chaque coup: outre la météo moisie, ce sont les autorisations qui ont bien failli manquer. Celle de la FFF est tombée le jour même à 16 heures. "La première fois qu’on a joué avec leur accord, c’était le Cameroun en 1998", commente le président de la Bretagne Football Association Gérard Russo qui se souvient: "En acceptant que ce match soit officiel, ils ont ouvert une voie. D’autres matches et d’autres régions ont suivi, dont les Corses qu’on a joué il y a deux ans. Eux y vont beaucoup plus à la hussarde que nous. Pour faire vivre leur équipe, ils se passent volontiers des autorisations. J’espère que ça ne va pas pousser les bureaucrates de Paris à faire machine arrière".

 


 


Landreau et Gourcuff en tribune, Danic et Didot sur le terrain

Autre difficulté à l’organisation de cette rencontre: début mai, il a fallu trouver un autre stade que celui de Vannes, où elle était programmée. L’IRB, qui organise le mondial de rugby des moins de 20 ans, n’était pas d’accord. L’option Carquefou, à deux pas d’un vivier de supporters bretonnants bien fourni, a été validée. Et puis évidemment, il y a eu l’appel des joueurs, et ce n’est pas le plus simple: sur son site web, la Bretagne Football Association annonce une trentaine de joueurs sélectionnables puisque nés en Bretagne, ayant des aïeux bretons, ou arrivés en Bretagne avant l’âge de trois ans. Ça fait du beau monde, à ce jeu on pourrait voir un jour les Jérémy, Menez et Toulalan, absents hier soir. Landreau et Gourcuff étaient là, mais seulement en tribunes, préservés pour la tournée avec l’équipe de France. Quand aux joueurs rennais, une histoire d’assurance les a privés de ce match. Un assureur moins regardant dans d’autres clubs puisque Gaël Danic, Etienne Didot et Frédéric Sammaritano démarrent la rencontre. Parfois, le refus relève d’un choix personnel: le Rennais Kévin Théophile-Catherine, à la fois guadeloupéen et breton d’origine, à choisi de représenter l’île des Caraïbes. Question de climat?
 

L’affiche est quand même jolie et à l’entrée du stade, ils sont une dizaine à vendre le Gwenn Ha Du, ce drapeau breton noir et blanc. Cinq euros pièce, la palme revenant à Raphaël Vinet, l’héraldiste local célèbre pour ses drapeaux bretons colorés en jaune et vert, couleurs FC Nantes, baptisé Melen-ha-Gwer. Il met les points sur les "i": "Tu es journaliste donc je t’explique, car les journalistes ne comprennent rien, ou ils en font exprès parce qu’ils sont Jacobins: donc, lors d’un derby tu n’écris pas 'les Bretons se déplacent à Nantes', mais 'les Rennais viennent à Nantes pour le derby breton'". Il finit plus pragmatique: "Je table sur la montée en Ligue 1 pour écouler un peu le stock. Tu me prends en photo?"
 


La starlette et les Erwan

Derrière, voici quelques anciennes gloires locales: Fred Da Rocha et Nicolas Savinaud, celui-ci mégote sur le tarif infligé à son fiston, "Vous dites dans la presse que c’est gratuit pour les mômes, et en vrai c’est pas gratuit". Les stadiers, trempés pour une bouchée de pain depuis deux heures, sont sidérés. Personne ne lui a dit que la recette est versée à une ville malienne, pays où se déroule une guerre, ces jours-ci. Le Savinaud sera puni plus tard par son pote Landreau, en tribune: "Lui, c’est un Ventrachou (Vendéen), y a pas moyen de le mettre dans une équipe bretonne. Trop sud-Loire!"
 

Il y aussi des people, du vrai, et TF1 est en force sans même avoir dépêché de caméra: la présentatrice Karine Ferri accompagne son Yohann, et le coup d’envoi est donné par la charmante Laura Chab’, une fille des bords de Loire remarquée à l’émission "the Voice", et l’une des rares présences féminines de la soirée. C’est peu dire qu’elle est remarquée: la plupart des caméramen se fendent d’un interview bidon de la jeune chanteuse avant le match pour taper la causette. La feinte de cow-boy… Elle est la marraine de l’équipe malienne et donne le coup d’envoi d’une partie qui ronronne gentiment: c’est l’occasion d’un tour des tribunes pour en connaître un peu plus sur l’histoire des noirs et blancs. Il y a ce club de supporters, la plupart rennais, qui adore vanner avec des jeux de mots ("ils sont sur la Breizh") et a accepté de s’approcher de la rivale nantaise pour la bonne cause régionale. "Regarde bien le drapeau, il y a l’évêché nantais. Ici on est en Bretagne!" Ils s’appellent tous Erwan, comme les opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à 20 kilomètres d’ici, se sont tous rebaptisés Camille pour éviter de se faire ficher par les RG qui pourraient bien rôder par ici.
 


Exclusivement en breizhou

"En fait l’équipe bretonne a vraiment commencé à exister en 1998", raconte un Erwan. "Claude Le Roy a bien poussé l’affaire, d’ailleurs il était à la fois sur le banc du Cameroun et de la Bretagne sur ce coup-là". Variante hier soir: il coache l’équipe bretonne, tout en téléphonant à Kinshasa, pour y laisser quelques consignes en tant qu’entraineur du Congo. Entre deux coups de fil, il aime rappeler ces modestes connaissances en langue bretonne, et les origines de sa mère, "née à Gouarec, entre Rostrenen et Loudéac". Il est le seul à échanger quelques mots du crû avec les journalistes de Radio Kerné, qui donnent les commentaires en direct sur quatre antennes exclusivement en breizhou.
 

 


Claude Le Roy et Michel Audrain
 Dans la tribune d’en face, Erwan et ses potes entonnent "l’hymne national" qui a plus de succès que le classique "Nous sommes les Bretons/ et nous allons gagner…" Un Kermorgant bien de chez nous inscrit le seul but de la rencontre, le kop Breizh chante de plus belle, regrette entre deux actions que les joueurs ne parlent pas du tout leur langue d’origine "à cause de ces Jacobins de l’Education nationale", mais se félicitent que certains compensent: "Didot danse la gavote après chaque but". La tribune en rigole avant d’entamer le sujet qui fait consensus, lancé un énième Erwan: "La réunification de la Loire-Atlantique avec la Bretagne, ça serait bien l’an prochain, pour les 500 ans de la mort d’Anne de Bretagne. Un 9 janvier. À l’école, on nous apprend seulement son mariage avec le Roi". Il termine, énigmatique: "On rigole, on rigole, mais un jour il faudra bien faire quelque chose…"

 

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