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Maxime Brun

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Le Stade rennais, mieux que "rien"

Ici, c'est "pas rire"

Tribune – L’élimination inattendue de Paris face à Manchester United a amené une ribambelle de commentaires moqueurs sur les réseaux sociaux. Un jeu auquel tout le monde n’a pas le droit de participer.

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Peu après la fin de PSG-Manchester, Dimitri Payet, capitaine de l’OM désormais remplaçant, a publié quatre photos sur son compte Instagram, jusque-là vierge de nouveautés depuis novembre 2018. Les clichés montrent une sculpture d’un gorille habillé aux couleurs phocéennes et disposée dans un jardin – on suppose le sien.

 

 

Ces images ont pour seule légende une étoile, représentant celle qui orne le maillot phocéen depuis la victoire du club en C1 en 1993, et quelques hashtags, dont #AJamaisLesPremiers et #MonWildKongEstHappy. Son partenaire Bouna Sarr a quant à lui partagé sur Twitter une photographie du compte officiel de Manchester United célébrant la qualification, avec pour commentaire deux mains en l’air et un cœur. Le latéral a depuis retiré sa publication.

 

Comme c'était attendu, les amateurs de foot ont réagi en nombre, plus ou moins positivement. Ce qui est plus étonnant, c'est que les journalistes s'en sont mêlés.

 

 

Dur sur l'homme

Bertrand Latour, qu’on peut entendre sur RTL et sur La chaîne L’Équipe, a repris Bouna Sarr de volée sur Twitter. S’il a reconnu que le chambrage entre supporters était" top" – mais on ne saura pas pourquoi –, il a surtout interrogé la légitimité du joueur à se réjouir d’une défaite du PSG, lui qui "a pris 1 point dans sa poule EL" et qui s’est fait "jongler par Andrézieux" en Coupe de France.

 

Dans l’émission L’Équipe d’Estelle du 7 mars, le journaliste Sébastien Tarrago a ironisé sur la "saison magnifique" des deux joueurs, questionnant lui aussi leur légitimité à se réjouir de l’élimination de l’ennemi intime. Dans l’After Foot sur RMC, Jonathan McHardy et l’ancien joueur Jérôme Rothen ont qualifié de "minables" les réactions des deux Marseillais, tout autant que celles de la presse provençale, goguenarde.

 

Il semble pourtant que Sarr comme Payet formulent moins des moqueries débridées et rigolardes sur une contre-performance nationale qu’un rappel un peu sournois: celui qu'ils jouent pour le rival historique et sont heureux d'une élimination, faisant fi de l’union sacrée réclamée autour des clubs français en Europe. Ni plus, ni moins.

 

Les journalistes perçoivent forcément l’absence d’ampleur des "attaques" phocéennes, mais peu importe. Emportés par leur élan, ils ne s’embarrassent pas de nuance, et la condamnation, ferme, doit s’accompagner de tacles bien sentis sur l’audace des Marseillais, lesquels vivent en plus une saison chaotique.

 

 

Deux poids, deux mesures

On se souvient pourtant qu'après le match aller à Old Trafford, Mario Balotelli, lui aussi joueur de l’OM mais surtout ex-buteur de Manchester City, avait manifesté sa satisfaction sur les réseaux sociaux ("Les fans de City sont heureux!") après la défaite des Red Devils. L’Italien s’était même amusé des "olé!" des supporters parisiens qui retentissaient dans le stade anglais.

 

Un soir de victoire, le sujet n'était pas prioritaire. Les jours suivants, aucun journaliste n’est venu rappeler à l’Italien qu’il n’avait pas marqué durant les six premiers mois de la saison. Ou qu’il ne jouait pas la Ligue des champions avec l’OM. Bref, la presse en avait rendu compte, mais personne ne s’en était offusqué.

 

L’été dernier, au lendemain de la finale du Mondial, Lucas Hernandez avait lui chambré la nation battue par les Bleus en demi-finale et vue comme mauvaise perdante, demandant à la foule amassée devant le perron de l’Élysée un chant "pour la Belgique". Là encore, on se rappelle mal un commentaire négatif sur l’attitude – assez marrante selon nous – du néo-champion du monde. Pourquoi, alors, une telle différence de traitement?

 

 

Par(t)is(ans)

On pourrait le penser, mais la question de la légitimité n’est pas ce qui tracasse le plus les journalistes, même s’ils ont répondu sur ce terrain aux deux Marseillais. Sinon, aucun d’entre eux, si l’on excepte les anciens joueurs (et encore, allez savoir lesquels), ne pourrait critiquer les performances des joueurs, comme ils le font régulièrement. Et Florian Gazan, caution humoristique aléatoire de L'Équipe d'Estelle, ne pourrait pas produire de chroniques moqueuses sans être repris de volée pour son manque de talent balle au pied.

 

La véhémence des journalistes à défendre le PSG questionne surtout le rapport forcément particulier qu’ils ont avec ce club, le plus important du football français actuellement. Si ce rapport n’exclut pas les critiques franches voire déraisonnées, il leur intime aussi de le défendre contre des attaques extérieures qu’ils jugent hors-sujet ou partisanes, donc indéfendables, comme dans les cas Payet et Sarr.

 

 

Rivalités historiques

On se souvient, notamment, de la levée de boucliers qui avait suivi les révélations de Mediapart sur le fichage ethnique que pratiquait le club vis-à-vis de jeunes joueurs. Dans un réflexe qui s’apparente à du corporatisme, Pierre Ménès s’était demandé pourquoi le média "s’attaquait au PSG" alors que ce type de méthodes existaient "partout", bien qu’il n’ait jamais jugé bon d'en parler ou de donner un autre exemple.

 

Daniel Riolo allait dans le même sens, questionnant l’intérêt de faire ce genre de révélation et fustigeant la récurrence des attaques contre le club, oubliant que le site d’information s’était penché sur d’autres équipes européennes. Un discours se rapprochant de celui des amoureux du Paris Saint-Germain, ce qui, même si lui ou Jérôme Rothen l'étaient, est loin d'être un dénominateur commun au sein d'une profession aux sensibilités variées.

 

Cette tendance à la défense du PSG répond en réalité à une logique d’intérêt plutôt qu’à un réflexe de supporters: les médias et leurs figures les plus connues ont naturellement plus de facilité à défendre le puissant, et à appeler à l’union sacrée autour du club hexagonal qui a le plus de chance de gagner une coupe européenne... sachant qu'être associé aux victoires du foot français est bon pour l'image.

 

 

En 2017, Daniel Riolo avait déjà critiqué les moqueries de la presse marseillaise après la remontada, arguant que la réussite d'un club hexagonal devait faire oublier les antagonismes. Sauf que supporter un club et pas l’ennemi a encore un sens pour certains, et l’amour du maillot chez les joueurs, réclamé à cor et à cri par les journalistes, peut, à tort ou à raison, également s’affirmer dans ce genre de situation.

 

À l'inverse, en avril 2018, quand le milieu lyonnais Lucas Tousart avait affirmé sur le plateau du Canal Football Club que ça ne lui ferait "pas plaisir" de voir Marseille gagner la Ligue Europa au Groupama Stadium, rares furent les voix à s'élever. Et Pierre Menès, pourtant présent en plateau, ne critiqua pas ce qui pouvait être vu comme une attaque manifeste contre ces fameux intérêts du football français – et cette fois avant même que l'on sache l'issue de la compétition.

 

 

Soutien impopulaire

On peut déplorer ce deux poids deux mesures, qui cible moins l’identité du club en question que sa puissance supposée. Faire taire les moqueries partisanes pour privilégier, de manière fallacieusement patriotique, un rassemblement derrière "les clubs français", reviendrait surtout à soutenir le plus puissant. Lequel est déjà bien soutenu par une large base de fans, en France bien sûr mais aussi de plus en plus à l'étranger.

 

Si les suiveurs du foot français ont naturellement envie qu’un club de leur championnat brille en compétition européenne, c’est moins parce qu’on leur a intimé de le soutenir que parce que celui-ci réussit à transcender les chapelles par ses performances ou l’image qu’il renvoie.

 

Par le passé, l’AS Saint-Étienne, l’OM ou l’AS Monaco ont su se faire apprécier assez largement en France grâce à un je-ne-sais-quoi que ni l’OL des années 2000 de Jean-Michel Aulas ou le PSG de Nasser Al-Khelaifi n’ont réellement réussi à capter. Coïncidence ou non, ces deux clubs étaient nettement soutenus par une bonne partie de la presse – les relations compliquées de L'Équipe avec Paris relativisant l'unanimité de l'idylle.

 

Peu importe les injonctions, rien ne dit que l'avis des observateurs neutres et fans d'autres clubs sera amené à évoluer et il est probable que les moqueries afflueront à nouveau à la prochaine contre-performance parisienne. De la même manière que les fans du Barça, au premier rang desquels Carles Puyol, ont fêté l'élimination du Real au même stade.

 

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