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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Hurst 1966, contesté à jamais

Un jour, un but – Le 30 juillet 1966, à la centième minute de la finale Angleterre-Allemagne de l’Ouest, Geoff Hurst marque le but le plus contesté de l’histoire du foot.

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L'Anglais Geoff Hurst n'a jamais fait partie des monstres sacrés de l'histoire du foot. Il est certes le premier homme à avoir inscrit trois buts en finale d’une Coupe du monde... Mais la mémoire collective n'en a retenu qu'un seul. Et l’on se demande encore aujourd’hui s’il fut vraiment valable.


Un rebond éternel

L’affaire se passe le 30 juillet 1966, et elle a pour cadre le stade de Wembley où se dispute la finale de la XIIIe Coupe du monde. L’Angleterre d'Alf Ramsey affronte l’Allemagne de l’Ouest dans un match palpitant. Les Allemands ont ouvert le score après un quart d’heure de jeu par Helmut Haller, mais les Anglais ont rapidement égalisé sur une tête de Hurst. À douze minutes du coup de sifflet final, l'Angleterre pense avoir fait la décision avec un but de Martin Peters. Mais l'Allemagne a trouvé les ressources pour arracher l'égalisation dans les dernières secondes, le demi Wolfgang Weber profitant d'une action confuse pour tromper Gordon Banks (2-2). Pour la première fois, on va jouer des prolongations en finale mondiale.

Et c'est à la dixième minute de ces prolongations, soit très exactement la centième, que la rencontre va basculer. Sur un centre d'Alan Ball, Geoff Hurst reçoit le ballon dos au but. L’attaquant de West Ham pivote sur lui-même et tire. Le ballon heurte la barre transversale puis rebondit au sol. Devant ou derrière la ligne? That is the question. On aura beau voir et revoir les images, il sera bien difficile de juger si le ballon a entièrement rebondi derrière la ligne. Les angles proposés par les quelques caméras ne donnent pas la réponse. Il y a toujours le gardien ou un poteau qui empêchent de voir nettement le ballon au moment du rebond. Et aucun photographe présent sur place n’a eu le bon réflexe à l’instant décisif.


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Jamais tranché

Pour Geoff Hurst, la validité du but ne fait aucun doute: "Regardez Hunt au moment de l’action: Il a les yeux sur le ballon et il lève les bras quand il rebondit. D’où il était, s’il avait eu le moindre doute, il aurait poussé le ballon dans la cage, non?" Du coté allemand, la certitude est contraire. Weber, premier homme sur le ballon après le rebond, l'a immédiatement poussé de la tête en corner. Helmut Haller, proche de Hurst au moment où celui-ci arma sa frappe, clame que "valider ce but, c'est vous enlever une part de vous-même..." Quant au gardien Hans Tillkowski, il n'en peut plus d'affirmer qu'il n'a pas vu le ballon dans sa cage: "Ne me parlez plus de ce but. Je mourrai avec la certitude que le ballon n’était pas entré!"
Trente ans plus tard, des chercheurs de l'université d'Oxford ont analysé les images à l'aide de technologies fin de siècle et affirmé que le ballon n'était pas entré. Trois années passent, et une société israélienne de création de logiciels affirme exactement l'inverse. Bref, un peu partout dans le monde, les images du litige ont beau être analysées, agrandies, découpées, disséquées, ralenties, calculées, numérisées... on en revient à la même conclusion: Le ballon est peut-être entré. Mais peut-être pas.

Sur le terrain, Gottfried Dienst hésite longuement. Sous les palabres des joueurs, dans le brouhaha d’un public réclamant une décision rapide et si possible favorable, l’arbitre suisse va consulter son juge de ligne. Celui-ci est un soviétique, venu de l’état d’Azerbaidjian, Tofik Bahkramov. Celui-ci fait un signe affirmatif de la tête et Dienst désigne le rond central. Le but est validé, à la grande colère des Allemands. Dans les jours qui suivirent cette finale perdue, une partie de la presse germanique s’en prendra à l’arbitre de touche soviétique, rappelant si besoin était que la RFA avait éliminé l’URSS en demi-finale. Un quotidien ira même plus loin en ne trouvant rien de mieux que de conter un épisode douloureux de la vie de Bahkramov qui, vingt-cinq ans plus tôt, était sur le front pour se battre contre les Allemands...


hurst_1996_4.jpg


Main allemande

Mais dans sa colère, la RFA a oublié un détail important: si ses joueurs disputent cette prolongation, ils la doivent aussi à une autre erreur d’arbitrage de Gottfried Dienst. Dans la confusion qui précéda le but de Weber, à la l’ultime minute du temps réglementaire, le ballon a bien été contrôlé de la main par un joueur allemand. Contrairement au but de Hurst, les ralentis du but allemand démontrent clairement ce fait. Nul doute que si l’Allemagne avait ensuite emporté cette finale, on évoquerait toujours cette main dans les tabloïds outre-Manche.

La qualité de l’arbitrage a été l’un des sujets les plus polémique de cette World Cup 1966. Dans les pays d'Amérique du Sud par exemple, il ne fait aucun doute que le corps arbitral a été incité à favoriser les desseins de l’équipe d’Angleterre, et entraver ceux des équipes de leur continent. Le premier tour de l’épreuve a été marqué par les agressions subies par le Brésilien Pelé, touché par le bulgare Jetchev puis coulé par le portugais Morais, avec la clémence ahurissante des hommes en noir. En quarts de finale, l’Uruguay a proprement été volé par un drôle d’arbitre qui leur refusa un penalty flagrant, qui accepta ensuite un but allemand alors que le ballon était préalablement sorti de l’aire de jeu, et qui pour finir expulsa deux joueurs uruguayens... pour contestations. Dans un autre quart de finale, le bouillant Angleterre-Argentine à Wembley, l’expulsion du capitaine argentin Rattin a fait déborder le vase, d’autant qu’un joueur anglais comme Nobby Stiles distribuait allègrement des coups sous une troublante impunité.


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"They think it’s all over..."

La finale se termine dans une certaine confusion. L’Allemagne jette ses dernières forces, l’Angleterre résiste et maintient son avantage jusqu’au bout. Monsieur Dienst n’a toujours pas sifflé la fin du match, mais déjà quelques spectateurs courent sur la pelouse. Sur une contre-attaque, Geoff Hurst s’empare du ballon, fonce vers le but allemand et déclenche une frappe qui se loge sous la barre de Tilkowski. Kenneth Wolstenholme, le commentateur de la BBC s’était attardé sur les gamins qui couraient déjà sur la pelouse: "They think it’s all over..." Puis, surpris par le but de Hurst, il enchaîne, euphorique: "It is now!" Bien sûr, l’arbitre aurait dû arrêter la partie pour faire évacuer les gamins, mais sans doute pris par la ferveur qui s’emparait de Wembley, il n’osa refuser le quatrième but anglais. Geoff Hurst, lui, reconnaîtra plus tard que sur le dernier tir, il souhaitait surtout envoyer le ballon le plus loin possible pour gagner quelques secondes. Il devient le premier homme à inscrire trois buts en finale d’une Coupe du monde: le premier parfaitement valable, le deuxième très contesté et le troisième carrément contestable.

L’Angleterre conservera donc toujours cette zone d’ombre sur son premier titre de champion du monde. Y avait-il but ou pas? L'incident fait toujours parler, longtemps après. En Allemagne, une compagnie d'assurance, en 2003, utilisera pour sa publicité l'image du but avec pour commentaire: "Il y a des litiges qui durent un peu trop longtemps". En 2005, Dmitri Kramarenko, gardien de but de l’équipe de l’Azerbaïdjan devenu indépendant, aura un joli trait d’humour avant que son équipe n’affronte celle d’Angleterre en match de qualification pour la Coupe du monde. Par voie de presse, il supplie les attaquants anglais de ne pas lui marquer trop de buts: "N’oubliez pas que si l’Angleterre a remporté la Coupe du monde en 1966, c’est grâce à un Azéri!"


Le mot de la fin, on ne peut s’empêcher de l’emprunter au journaliste français Yves Bigot. Le magazine So Foot lui a un jour demandé d’imaginer qu’il fut photographe pendant la World Cup 1966. "Tu étais derrière le but allemand, tu as pris une photo très nette du rebond du ballon sur la ligne de but, sur la reprise de Hurst: On voit quoi sur ce cliché mythique?" L’enfant du rock délivre alors cette réponse: "Soixante mille anglais qui hurlent de joie et quatre-vingt-dix ans d’histoire du foot".

Article original paru le 6 juin 2006 sur kicknrush.com (ce site n'existe plus).
 

 

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