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Maxime Arnan

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Aux Albanais absents

"L'inventeur du poste de gardien"

L'Argentin Hugo "El Loco" Gatti n'a manqué ni de prétention ni de cojones, comme il l'a démontré avec "Celle de dieu", une position à se faire crucifier.

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Dans la foulée de l’article sur "scorpion" d’Higuita (lire "Le coup de sa vie"), il convient de donner la parole à un précurseur des gardiens fantasques, l’Argentin Hugo Gatti. Car comme il le dit lui-même, "René Higuita est devenu célèbre dans le monde entier en faisant le "scorpion", mais personne ne dit que bien avant qu’il ne débute, lors d’un match contre Talleres de Córdoba, j’ai repoussé un ballon en faisant une bicyclette, ce qui est bien plus dur à réussir."

 


"Celle de Dieu"

Car oui, "El Loco" est bel et bien un écorché vif. Recordman des apparitions et des penalties arrêtés en première division argentine, sa gloire a eu quelque mal à s’exporter au-delà des frontières du pays gaucho. Pourtant, l’excentrique joueur aux dix-huit sélections se considère bel et bien comme "l’inventeur du poste de gardien de but: jusqu’à ce que je débute dans le football professionnel [en 1962] personne ne voulait occuper cette position. On disait que le poste était réservé aux idiots ou aux petits gros. Depuis Hugo Gatti, le gardien est le plus beau de l’équipe."

 

 

 

On veut bien le croire, mais quid d’Amadeo Carrizo, autre gardien argentin mythique, le premier par exemple à porter des gants de protection dans les buts? "J’ai été le premier à porter un bandeau autour de la tête et à jouer en short, répond Gatti. Qu’est-ce qu’il aurait bien pu m’apprendre si j’en savais plus que lui?" Mais Carrizo est pourtant l’inventeur de la sortie aérienne, du plongeon dans les pieds de l’attaquant... Peccadilles, car Gatti a lui-même imaginé un geste marquant et digne de son surnom du "fou". S’il n’est peut-être pas l’inventeur du poste de gardien de but, il est en tout cas celui d’un type bien particulier: le kamikaze. Déjà utilisé par lui lors des petites oppositions de quartier qu’il disputait étant enfant, on gratifia son geste d’un nom à la hauteur de son immense ego: la de Dios, "celle de Dieu".

 


Se faire allumer la tête

Attendant ses adversaires de pied ferme, et plutôt que d’imiter la gestuelle habituelle de ses collègues gardiens, il préférait s’agenouiller soudainement, écarter les bras et gonfler sa poitrine, le visage fier tourné vers l’attaquant en position de tir. "J’ai toujours dit que cette position, si semblable a celle du Christ crucifié, inspirait la peur aux adversaires, les déconcentrait, et ils tombaient finalement dans mon piège. Ils tiraient fort sans réfléchir, et la balle finissait toujours par rencontrer une partie de mon corps." L’utilisation de ce geste n’est cependant pas recommandée à tous; devenu célèbre avec le temps et reconnu pour son efficacité, il commença à être utilisé par une frange de plus en plus importante de la corporation. Cependant, certains semblaient oublier un impératif nécessaire à la réussite du geste: "L'avoir solide entre les jambes", comme l’indique poétiquement Gatti.

 

 

Car la grande majorité des portiers effectuaient la de Dios avec une appréhension tout à fait légitime, et ils ne pouvaient empêcher le réflexe de détourner la tête au dernier moment. Le ballon frôlait alors le visage et terminait au fond des filets. "Les pauvres! Je les regardais et je me marrais tout seul. La plupart du temps je repoussais le danger avec le visage, et il faut être un vrai mec pour supporter à chaque fois qu’on t’allume la tête à coup de ballon. Le nez m’est resté foutu à cause de ce geste, mais je m’en fiche car ça m’a rendu un encore plus grand gardien."

 


L’excentrique gardien de but à la crinière dorée ceinte de son célèbre bandeau reste l’un des plus importants joueurs de l’histoire à son poste, le premier à sortir balle au pied de sa surface pour dribbler ses adversaires, le premier à remporter la Copa Libertadores et la Coupe Intercontinental avec Boca Juniors, ou comme il le dit lui-même pour résumer: "le premier en tout." Alors certes, on pourra lui reprocher ses déclarations indignes, teintées de racisme et de machisme [1], mais on préférera retenir cette ode à un poste de gardien de but pendant si longtemps méprisé: "Pour faire des arrêts il faut être magnifique, savoir imposer sa présence physique, être courageux..." Et non nécessairement être en surpoids ou imbécile.

 

 

 

BONUS : les vrais précurseurs

 

Comme Hugo Gatti toujours amer envers la célébrité d’Higuita, certains acteurs du football français se sont senti des précurseurs spoliés de leur gloire par de fades copieurs. Les Cahiers du football, toujours prompts à combattre les injustices où qu’elles se trouvent, leur permettent de s’exprimer:

 

Charles Villeneuve
"J’ai trouvé intolérable qu’on fasse autant de publicité autour du lapsus de Laurent Blanc concernant monsieur Gomis. Et ce d’autant plus qu’à l’époque ledit Souleymane Camara existait vraiment et n’évoluait absolument pas au même poste que Zoumana. Admettez quand même que la confusion était bien plus ardue à faire."

 

Franck Dumas
"J’ai beaucoup de sympathie pour Antoine Kombouaré, mais on ne m’ôtera pas de l’idée que son surnom de 'Coach Couilles' est un peu usurpé. Il n’était même pas encore pubère que je les mettais déjà sur la table. Et puis entre nous, un entraîneur avec un diplôme, ça fait pas un peu lopette quand même?"

 

Robert Herbin
"Carlos Valderrama est devenu mondialement célèbre pour sa fantaisie capillaire, mais on ne dit pas que j’arborais cette coupe de cheveux avant même que les Jackson Five ne s’imaginent avoir un avenir dans la musique. Et en plus moi je ne suis même pas noir, c’est dire."

 

[1] En 2006, il s’était ému dans As du grand nombre de joueurs noirs dans l’équipe équatorienne, et rabroua en 2009 une journaliste de l’émission espagnole Punta Pelota en lui suggérant d’aller "faire la vaisselle" plutôt que d’émettre une opinion sur le football.
 

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