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Pierre Martini

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"Hors-jeu de position", un flou persistant

Bouteille - Pour revenir sur l'éternelle question du hors-jeu "passif", repassons par un article des Cahiers n°4…

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En février dernier, un article de notre n°4 "révélait" une décision de l'International Board mettant quasiment fin, en pratique, au fameux hors-jeu de position (dont il faut signaler qu'il fait l'objet d'un "Foot expliqué à ma femme" dans le n°9 du magazine). Las, on ne sait pas ce qu'il est advenu de cette décision, qui n'a visiblement fait l'objet d'aucune instruction auprès du corps arbitral et encore moins d'un début d'application.

 

C'est ainsi que France Football a consacré dans son édition du 28 septembre une double page à la question, décortiquant les buts récents de Djibril Cissé (Féroé-France) et Didier Drogba (PSG-Chelsea) et faisant appel à quelques "consultants" (arbitres et entraîneurs) pour essayer de trancher la question… Les exemples choisis avaient ceci de spécifique qu'ils concernaient des attaquants en position de hors-jeu passif au départ d'une action qu'ils ont eux-mêmes conclue par un but. L'interrogation porte alors sur le moment virtuel à partir duquel une action est "remise à zéro", permettant au joueur d'y participer en n'étant plus considéré comme fautif.

 

Dans ce cas de figure, l'interprétation incombe à l'arbitre et son appréciation est forcément subjective — même si elle peut s'appuyer sur des éléments précis: Frédéric Arnault, arbitre assistant international, déclare ainsi s'appuyer sur la position et le mouvement du joueur, selon qu'il est dos ou face au but, ou selon qu'il est se déplace dans le sens de l'action ou non. Mais comme le dit Joël Quiniou, "le problème, dans les histoires de hors-jeu passif, c'est que chaque cas est différent", regrettant par ailleurs que la règle ne soit pas plus précise, justement pour stipuler clairement que le but d'un joueur fautif au départ de l'action ne soit pas validé.

 

Il reste que cette mesure ne serait d'aucune utilité dans toutes les situations, majoritaires, où le joueur n'est pas le buteur, mais "influence" le déroulement de l'action. Comment, alors, évaluer cette influence? C'est bien à cette question que les précisions du Board répondaient, en proposant de limiter drastiquement les cas de hors-jeu de position… La Suite ci-dessous.

 

 

La fin du "hors-jeu de position"

Les Cahiers du football n°4, février 2004 - Pierre Martini

 

Le Board a quasiment supprimé cette règle ambiguë, mais personne n’est au courant… On dira que c’est un scoop des Cahiers du football, même si nous n’avons pas eu à le chercher bien loin et qu’en l’occurrence, nous bénéficions du fait que l’information, très officielle, n’a pourtant fait l’objet d’aucune publicité.

 

Le 16 septembre dernier, l’International Board, instance chargée de protéger et de faire évoluer les lois du jeu, a en effet décidé de préciser l’interprétation de la fameuse Loi 11 relative au hors-jeu. Or, cette précision a pour conséquence de quasiment supprimer ce que l’on a coutume d’appeler le "hors-jeu de position" (une formulation très populaire, mais qui n’existe pas dans les textes officiels). La Loi 11 stipule que "la position de hors-jeu d’un joueur ne doit être sanctionnée que si, au moment où le ballon est touché par un coéquipier ou est joué par l’un d’eux, le joueur prend, de l’avis de l’arbitre, une part active au jeu : en intervenant dans le jeu, ou en influençant un adversaire, ou en tirant avantage de cette position".

 

Dans les usages, cette définition de la "part active" prise au jeu s’est étendue à presque tous les joueurs en position de hors-jeu, même si ce ne sont pas eux qui réceptionnent la passe : le simple fait de pouvoir participer à l’action (notamment en offrant une solution de passe potentielle et donc "en influençant" le positionnement des défenseurs) suffit le plus souvent à déclencher la sanction. Les spectateurs râlent ponctuellement contre des hors-jeu sifflés sur des joueurs placés de telle sorte que leur influence sur l’action est vraiment minime, mais le pli a été pris… Les arbitres et leurs assistants, en optant pour une interprétation large et systématique de la règle, s’évitent des dilemmes et s’épargnent la difficulté de décrypter chaque action (1). Un rapide lever de drapeau leur permet d’interrompre des actions qui seraient bien plus vivement remises en cause si elles aboutissaient à des buts (2).

 

C’est justement dans le double objectif de favoriser l’offensive et de débarrasser les arbitres de tels dilemmes que le Board a décidé de restreindre le champ d’application du hors-jeu pour les joueurs ne touchant pas le ballon. Désormais, par "prendre une part active au jeu en influençant l’adversaire", il faut comprendre:
> EMPECHER un adversaire de jouer ou d’être en mesure de jouer le ballon, par exemple en entravant clairement la vision du jeu ou les mouvements du gardien de but.
> Faire un geste ou un mouvement en se trouvant sur la trajectoire du ballon pour TROMPER OU DÉSORIENTER UN ADVERSAIRE.

 

Il faut donc qu’un joueur hors-jeu (qui ne touche pas le ballon) entrave explicitement les mouvements ou la vue des défenseurs (gardien compris) pour que sa position soit sanctionnée. En d’autres termes, cela revient à faire disparaître la quasi-totalité des "hors-jeu de position"… Évidemment, le lecteur s’étonnera de ce que cette évolution majeure n’ait été ni médiatisée ni, de toute évidence, appliquée. Ce constat montre qu’il ne suffit pas d’édicter une règle pour que celle-ci soit mise en œuvre : c’est toute une campagne qu’il faut mener pour la faire connaître et l’intégrer dans les esprits du corps arbitral. Un effort que la FIFA n’a pas encore consenti…

 

(1) Lors d’une réunion de la Commission technique de la FIFA début novembre, Andy Roxburgh, Directeur technique de l’UEFA, a soumis à ses collègues des vidéos d’actions litigieuses mettant en cause des hors-jeu de position. Il s’est avéré que pour chacune d’entre elles, les interprétations divergeaient totalement. Certains membres ont proposé que la règle ne s’applique qu’aux joueurs dans les six mètres ou dans la surface de réparation. (2) Cette attitude nourrit d’ailleurs les mêmes regrets que l’incitation, presque jamais respectée, à laisser le doute favoriser l’équipe qui attaque…

 

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