auteur
Christophe Zemmour

Du même auteur

> déconnerie

Arnaque a la tchadienne

> article suivant

Touré 1985, buteur céleste

> article suivant

Drôle de fair-play

> article précédent

Carbajal, de Rio à Londres

González 1982, comme un papillon

Les belles histoires de la Coupe du monde – Durant le premier tour du Mundial 1982, Mágico González enchante le public par son génie, et s’ouvre les portes d’une carrière en Espagne.

Partager

 

La chevauchée a débuté un peu avant la ligne médiane. Jorge Alberto González Barillas porte son ballon jusqu’à l’entrée de la surface de réparation, dribblant intérieur deux joueurs mexicains comme il sait si bien le faire, et frappe au but du gauche. Le gardien repousse et Hernández reprend victorieusement. Le Salvador vient donc à bout du Mexique (1-0) lors de son second match du tournoi final de la zone Amérique du Nord, qualificatif pour le Mundial 1982.

 

 

Après une défaite initiale face au Canada (0-4), voilà le Salvador irrémédiablement lancé vers la phase finale en Espagne, notamment par la grâce de ce joueur maigre et insaisissable, González, qui va être le principal artisan de cette campagne heureuse. Dribbleur hors pair, footballeur aussi génial qu'irresponsable, il s’illustrera brillamment lors de la phase finale, et ce malgré les trois défaites du Salvador. Au point d’être ensuite recruté par un club espagnol et d’y entamer une aventure qui le conduira à être admiré de nombre de confrères. Dont un certain Diego Maradona.

 

 

Un tour de magie

Le Salvador subit le pire revers de l’histoire en Coupe du monde lors de son premier match face à la Hongrie (1-10). Et pourtant, son joyau de vingt-quatre ans régale. Il est même considéré par certains comme le meilleur joueur de la rencontre, alors que son équipe a encaissé dix buts. La Belgique (0-1) puis l’Argentine (0-2) disposeront elles aussi de la Selecta, non sans souffrir face à l’équilibre, la finesse et les coups de rein imparables de cet attaquant salvadorien rayonnant. Sa vitesse, ses crochets, ses doubles contacts, son toucher de balle soyeux ravissent le public et martyrisent ses adversaires, à la peine devant tant de talent.

 

 

Les images d’alors confirment une impression bien répandue sur ce football d’antan: très souvent, les défenseurs doivent recourir à la faute, au tacle pour empêcher l’artiste de progresser. Comme si c’était leur seul moyen. Parce que González, aussi subtil qu'imprenable, n’a pas usurpé son surnom: El Mago, le magicien. Un titre dont on l’a affublé depuis ce mois de juillet 1976 et un match avec sa première équipe, l’ANTEL, durant lequel il émerveille les tribunes sur un elastico préalable à une passe décisive. Suivront six saisons à briller avec l’Independiente Nacional et le C.D. FAS, et à porter la sélection salvadorienne jusqu’à sa deuxième participation à une Coupe du monde.

 

 

La belle de Cadix

Déjà, en préparation de ce tournoi, il avait tapé dans l’œil du Paris Saint-Germain et iaurait dû rejoindre le club francilien. Seulement, González ne conçoit pas le football “comme un travail” et les exigences d’une telle équipe l’effraient. Ce sera encore le cas lorsque l’Atlético de Madrid viendra le draguer suite à ce Mundial où il a subjugué les observateurs par son brio. Il préfère opter pour Cádiz, alors en seconde division. Là-bas, il s’épanouit, marque beaucoup de buts et participe grandement à la montée. Jorge est un homme de la nuit, un fêtard, un homme volage, un paresseux. Son mode de vie nocturne ne lui permet pas d’avoir plus de régularité, mais lui “ne joue que pour [s]’amuser”. Il choisit ses matches, maltraitant par exemple le Barça et le Real sur des gestes de classe et de pur génie.

 

Depuis son premier match avec Cádiz, il est devenu El Mágico, comme l’appelle la presse espagnole. Le seul magicien que reconnaît Diego Maradona: “Quand on voyait les crochets qu'il mettait aux Espagnols, on se disait vraiment qu'il était unique. On voulait l'imiter. Alors on tentait les mêmes dribbles et on se cassait tous la gueule.” El Pibe de Oro tentera même de faire venir González au Barça. Mais cela ne se fera pas: invité avec le groupe blaugrana pour une tournée amicale aux USA en 1983, l’incorrigible Jorge trouvera le moyen de rater d’abord le départ d’Espagne, puis d’être renvoyé. Les deux fois parce qu’il était occupé avec une jeune femme.

 

González le reconnaît lui-même: il a peut-être “manqué l’opportunité de sa vie”, celle de devenir un plus grand footballeur. Comme le dit Nicolas Cougot de Lucarne Opposée: “L’histoire de Jorge González est celle d’un génie qui n’a jamais voulu compromettre son amour du football et de la vie aux exigences du monde professionnel.” Par cet amour et par son talent, il aura tout de même envoûté un pays, et la planète entière l’espace de quelques matches de Coupe du monde. C’est déjà exceptionnel.

 

Partager

> sur le même thème

Carbajal, de Rio à Londres

> du même auteur

Carbajal, de Rio à Londres

> Dossier

Histoire FC

Histoire FC


Richard N
2018-11-20

Touré 1985, buteur céleste

Un jour un but – Le 21 août 1985 au Parc des Princes, José Touré est à l’origine puis à la conclusion d’un but qui porte sa griffe et qui permet à l’équipe de France de battre l’Uruguay (2-0).


Arnaud Galinat
2018-10-19

Oskar Rohr, le Bomber oublié

Dans les années 30, il a offert son premier titre au Bayern Munich avant de devenir le premier footballeur pro allemand et l’un des buteurs les plus efficaces de la D1 française. Pourtant, l'histoire d'Oskar Rohr tend à s’oublier.


Christophe Zemmour
2018-07-14

Petit 1998, millénaire nuit

Un jour, un but – Au bout de la Coupe du monde 1998, Emmanuel Petit traverse tout le terrain pour inscrire le dernier but de la compétition. Le millième de l’histoire d’une équipe de France qui décroche alors sa première étoile.


>> tous les épisodes du thème "Histoire FC"

Sur le fil

Démonstration d’hypocrisie concertée de Ceferin (UEFA) et d’Agnelli (ECA). Le premier dit qu’il n’y aura jamais de… https://t.co/7HC9Rp1Kpg

RT @JulienMomont: Extraits de l'entretien 100% jeu avec Jürgen Klopp diffusé hier dans Footissime : - sur le pressing, "manière la plus éc…

RT @calciomio: ARTICLE 🖋️ | 👤 @sebastienmadau « Mais que sont-ils aller arborer le maillot d’une équipe pittoresquement baptisée les Chica…

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Etoiles et toiles

aujourd'hui à 16h15 - blafafoire : J'ai enfin trouvé à quel film me fait penser le gilets jaunes. À Pompoko.Quand je vois les gars... >>


Toujours Bleus

aujourd'hui à 16h11 - le Bleu : Toi tu serais du genre donner une wildcard à Chelsea pour la Ligue des Champions même s'ils... >>


Le fil dont vous êtes le héros

aujourd'hui à 15h57 - Koller et Thil : Pour faire très court, le roi sera presque toujours mieux sécurisé dans la nasse que laissé au... >>


Foot et politique

aujourd'hui à 15h37 - Portnaouac : (tiens puisque tu es là : une question t'est adressée sous le dernier vidéodrome) >>


In barry we trust

aujourd'hui à 15h23 - Run : Classement des defenses:3. Bears6. Steelers16. Saints23. Pats29. Rams32. ChiefsAttaques:1. Rams2.... >>


Ligue des nations

aujourd'hui à 14h49 - Espinas : J'ai involontairement lancé ce débat. Ce qui me faisait réagir c'est que la Suisse avait une... >>


Coupe de France

aujourd'hui à 13h12 - Hydresec : Tonton Danijelaujourd'hui à 00h02Et Marama Vahirua (38 ans) a participé à ce tour avec le club... >>


Bréviaire

aujourd'hui à 10h23 - Pascal Amateur : Défonce à plat "Un ouvrier est mort lundi à Toulouse, écrasé par une palette de parpaing... >>


Sport et santé

aujourd'hui à 09h08 - Markov Erratique : C'est bien gentil ce compte rendu de golden boy aux talons d'airains, sanctifié par garmin et... >>


Dans le haut du panier

aujourd'hui à 03h11 - Tricky : Kemba Walker se tape Jimmy Butler puis Marcus Smart, et rentre 100 points en deux matchs. >>


Les brèves

Chapecoense 2

"Foot - L1 : Inattendu sommet." (lequipe.fr)

Futur taulier

"Neymar risque jusqu'à 6 ans de prison." (ouest-france.fr)

Ruddy Bukkake

"Arbitrage : ‘J'en ai pris plein la tronche’." (lequipe.fr)

Droit au mur

“OM : Une attaque sans tête.” (lequipe.fr)

Mou Walk

"Le car de MU encore bloqué, Mourinho finit à pied." (lequipe.fr)