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La CAN veut renaître en 2013

Gerland, de père en fils

Les Lyonnais sont devenus drôles et sympas depuis qu'ils ont appris à perdre. La preuve avec trois histoires d'héritage – d'héritage qui n'a pas de prix.

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Ces trois textes sont extraits du forum. Merci à leurs auteurs.

 

 

« Il est temps qu'on parle »

asunada – dimanche 20 janvier à 22h01

 

Bon, fiston, tu vas avoir bientôt dix mois. Qu'est-ce que ça passe vite, bordel! Pardon, oublie ce dernier mot, selon ta mère, tu comprends et enregistres tout. Je suis pas persuadé de ce qu'elle dit, mais entre moi et Ruffo, elle a choisi son camp.

 

Personnellement, pour un gone qui comprend tout, je te trouve super bon acteur. On croirait à s'y méprendre que t'entraves encore que dalle quand on te dit pour la treizième fois de la journée et la 48e de la semaine qu'on ne joue pas avec les prises, ou quand tu jettes par terre ta cuillère en me regardant avec tes yeux malicieux. Espèce de chameau. T'as de la chance, y a deux siècles, je t'aurais mis une bonne avoinée et à quatre ans, zou, à donner la main à ta mère dans les métiers Jacquard!

 

 

 

 

Mais puisque ta petite frimousse de gone jovial et bien portant est née en 2012 et capte ce que je lui raconte, il est temps qu'on ait de bonnes discussions, entre hommes. Parce que si tu comprends tout, je pense quand même que par moments, tu dois avoir du mal à suivre le fil. Tu te souviens, samedi de la semaine dernière? Quand on était ensemble à jouer par terre avec un livre en tissu, un hochet en bois ou une balle Winnie l'Ourson? Quand ton papa a arrêté pour beugler, à tes yeux sans raison, un OUI! rageur, le point serré et le regard obnubilé par la télé et le but d'Umtiti?

 

Tu te souviens vendredi soir quand à peine arrivé, je suis reparti après un bisou à ta génitrice et un autre sur tes joues dodues, une écharpe rouge et bleue à la main? Et ta maman qui commente mon furtif passage en me disant froidement que je suis un crétin (Ruffo, on est quitte. Grâce à toi, ce n'est pas allé plus loin que crétin) qui préfère aller se geler la couenne par moins cinq degrés pour un match contre des buveurs d'eau plate, plutôt que de manger tranquilou avec femme et descendance et ensuite regarder le match dans le confort du canapé?

 

Dans ton parc, tu me revois encore me levant du canapé les bras bien hauts, ou en train d'enfouir ma grosse courge dépitée entre mes mains? A ton regard captivé, je dirais que oui, tu te rappelles de tout ça. Et il était effectivement grand temps qu'on parle. Bon, Gone, rassure-toi, ton père n'a pas le syndrome de la Tourette, n'est pas maniaco-dépressif et n'a pas (tout à fait?) les câbles qui se touchent. Je ne suis pas non plus en instance de transfert pour le Vinatier.

 

Fils, la vérité, c'est que je suis fan de foot. Et supporter. De l'Olympique Lyonnais. Me regarde pas comme ça, c'est pas une maladie. N'écoute pas les commentaires de ta mère ou de tes grands-mères, elles peuvent pas comprendre. Plutôt, elles ne veulent pas comprendre. Alors, le foot, c'est simple et terriblement compliqué en même temps. Un sport magnifique et cruel à la fois. Oui, un peu comme quand tu as sorti ta première dent. Des douleurs terribles, à te réveiller la nuit, et enfin, quand tu t'y attends plus vraiment, la délivrance.

 

Puis c'est pas toujours les meilleurs qui gagnent. T'as qu'à voir la victoire des Sardines ce week-end. Si j'avais été Nicollin, je t'aurais fait rentrer le Congré à cheval, je te raconte même pas. T'as raison Gone, c'est injuste, comme quand on te sort du bain alors que t'as encore envie de jouer avec les petits canards. Bon, dit comme ça, je comprends que ça t'attire pas trop encore. Mais ma passion, c'est ton premier héritage, fils. Pis tu vas devoir t'en contenter pour l'instant, parce que niveau artiche, tu vas pas aller bien loin.

 

Cette passion, donc, t'en fais ce que tu veux. T'es libre de la partager ou pas. Tu feras du ping-pong, du rugby, du saxophone, du théâtre, ce qui te botte. Je t'accompagnerai et j'en serai ravi. Mais si tu veux faire plaisir à ton père, de temps en temps, laisse moi te raconter les petites et la grande histoire de Gerland.

 

 

 

« Cinq minutes à contempler la bête »

runaway – lundi 21 janvier 2013 à 05h02

 

Gerland. dix minutes de chez moi, c'était un rituel, la sortie avec papa. Lui qui m'a fait découvrir, m'emmenait puis l'inverse petit a petit, je le tirais de sa routine pour deux heures de bonheur simple. Je pense que peu importait le résultat...

 

Presque vingt ans, deux-trois matches ratés sur la période, les raclées, les victoires, les derbies, l'horloge, le froid, le vent, le soleil dans les yeux, le plastique sous les fesses, Tony la mascotte, la merguez avant d'entrée, les matches d'ouverture, les fouilles, le coin de la rue de Gerland pour l'apercevoir enfin, le virage sud et sa cohue post-98, le gros con d'à-côté abonné lui aussi et surtout, surtout, le frisson et les yeux qui brillent, dans ce stade, pour ce maillot, pour cette équipe, quelle fierté.

 

Gerland, c'est un peu ma deuxième maison, c'est un peu chez moi où l'on sait ce que l'on voit de n'importe où on se place, ou on a ses habitudes, ses rituels... Je montais toujours l'escalier du milieu du virage nord et une fois en haut, je restais là cinq minutes à contempler la bête avant d'aller m'asseoir a ma place. À chaque match.

 

Et puis ses images de foot, le tir de Colin, le retourné de Marlet, cette première mi-temps du 8-0 face a Marseille, Delmotte qui tape le sol après sa tête a la 85e, ce fol espoir contre l'Inter de Ronaldo, et puis ce match retour contre Bologne, Gerland n'a jamais vu ça, vibré comme ca, vécu comme ça. Que du bonheur. Avec papa encore et toujours.

 

J'espère qu'on lui dira un joli au revoir comme on dépose un baiser sur le front de son grand-père. Simple et respectueux de ce qu'il nous a donné et qui voudra tant dire. À la lyonnaise en somme. Gerland a une histoire, j'ai une histoire avec Gerland, indélébile. Qu'on lui fasse l'hommage qu'il mérite.

 

Et on passera à autre chose, la roue tourne et elle se dirige vers Decines. À contrecœur on laissera un bout de notre âme au bord du Rhône. Qu'importe, l'histoire de l'OL est en marche et il passe par Decines comme il est passé par Gerland. Et un jour dans vingt, trente, cinquante ans, un autre gone pourra raconter son histoire avec le Stade des Lumières.

 

 

 

« Dans le nouveau stade, on fait que gagner »

Gone n Rosette – lundi 21 janvier 2013 à 11h42

 

Cher fils,

 

Si tu lis ça, c'est que ta mère m'a retrouvé, et que j'ai réussi le test de paternité qu'un juge m'a imposé. Faut reconnaître à ta mère sa détermination, parce qu'entre mon faux nom et ma vrai disparition, c'était pas évident pour elle de remettre la main sur moi.

 

Tu as dix ans maintenant? C'est bien, tu commences à t'intéresser aux vraies choses de la vie. Non, pas les femmes, t'es encore trop jeune. Les vraies choses de la vie, c'est le football, et surtout l'OL. Ah oui, l'OL. Maintenant que je t'ai reconnu, va falloir que tu supportes l'OL, comme je te supporte un week-end sur deux. Déjà, t'abandonnes l'idée de supporter l'ASSE, c'était bien quand tu vivais dans la rue avec le RSA de ta mère, mais maintenant que tu as un père imposable à l'ISF, tu fais comme tes cousins, tu mets ton écharpe bleue et rouge et tu sautes quand on te le demande.

 

Le nouveau Stade de Lyon? La Dubai ibn Barein ibn Abu dabi ibn Danone Arena? Conforme au nouveau standing de l'Olympique Lyonnais et à son nouveau président, le Cheik ThonBou'ty. Entièrement climatisé, ce qui est nécessaire à cause du réchauffement climatique, mais respectueux de l'environnement, hein, on est comme ça nous. Il est réfrigéré aux résidus de La Hague, 100 % recyclé, eh ouais. C'est pour ça que l'herbe est aussi verte. Fluo.

 

Avant, on était au Stade de Gerland, dans le septième arrondissement. Ancien septième, maintenant c'est le 87e district du 18e arrondissement, bloc A. Lyon a bien grandi depuis ce temps-là. Il était pas mal ce stade, attention, je veux pas en dire du mal, mais au regard des standards actuels, il faisait un peu cheap. Pas de coussins sur les sièges, pas de solarium intégré, même pas une fontaine à champagne par bloc. Et tous ces cris, ces chants, si pénibles, alors que maintenant, avec la chorale des petits chanteurs au Croissant de Bois, chantant "Les Stéphanois c'est des p*** darladirladada..." ça a tellement plus de charme...

 

Et puis Gerland, ça nous rappelle le temps où on faisait des 0-0 contre Evian Thonon Gaillard. Oui, Evian Thonon Gaillard avait une équipe. Elle a été supprimée lorsque Thonon Gaillard est devenu le 37e district du quatrième arrondissement de Lyon, bloc D. Alors que dans le nouveau stade, on fait que gagner. Tu me diras, dans une Ligue à une seule équipe, c'est plus facile. Mais les autres équipes n'avaient qu'à pas se faire acheter si facilement.

 

Bon, c'est pas tout, mais faut que je te laisse, la mine de gaz de schiste s'est encore effondrée, doit y avoir une petite centaine de mineurs coincés au fond, faut que j'aille faire ma conférence de presse mensuelle. Toujours la même chose, oui "Désolé, on fera attention maintenant blablabla". Tout ça pour cent pauvres Stéphanois qui vont mourir asphyxiés. Quelle perte de temps.

 

Allez, bisou sur ton front, à dans deux semaines chez ta mère, et vive le Roi.
Ton papa qui t'aime.
 

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