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Dix jours en Russie

Gaucho must go home

L'équipe de France a sorti l'Argentine dans un huitième de finale à sensations, Mbappé n'en étant pas la moindre. Tout devient possible. L'édito • Les observations • La nalyse • Les gars. 

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"Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare"

 

Ainsi Georges Brassens chantait-il le poème d'Aragon. Que faut-il d'ennui et de souffrance en football pour vivre des moments pareils? Et d'irrationnel? Didier Deschamps a réservé une inattendue place de titulaire à Benjmain Pavard, qui lui a valu, à la 57e minute de ce huitième de finale, de décocher une demi-volée qui l'a fait basculer.

 

Dans quelle histoire ce ballon est entré en faisant frissonner le petit filet et nos échines, on ne le sait pas encore. Mais ce ne sera pas l'histoire des matches du premier tour: même s'ils ont donné lieu aux habituelles erreurs d'interprétation, on savait que les Bleus – comme les Ciel et Blanc – devaient reprendre le récit à zéro. En 90 minutes, l'équipe de France a inscrit deux fois plus de buts et en a encaissé trois fois plus qu'au cours du premier tour. On désespérait qu'elle allume la moindre étincelle, et ce matin, la pelouse de Kazan fume encore.

 

 

 

 

Il ne faut cependant voir dans cette belle victoire moins une démonstration collective ou un récital tactique (lire la nalyse) qu'un combat gagné contre une Argentine qui ne pouvait compter que sur ça et Lionel Messi. Il fut décisif sur deux buts, et Di Maria sortit de son néant pour en inscrire un. Pour revenir de 1-2 à 4-2, il fallait démontrer une force mentale qui est probablement la plus jolie surprise de ce samedi après-midi, et le meilleur signal pour la suite. Avec, bien sûr, une efficacité offensive trop longtemps attendue – y compris durant la première période.

 

On s'en doutait, puis on en a douté: tout semble possible avec cette équipe. Nous avons cinq jours pour partager la joie exprimée par les joueurs sur le terrain et sur le banc, revoir les folles actions de la rencontre, et imaginer la suite.

 

 

[cliquez sur cette image pour voir les têtes de Lemar,
de Tolisso et des supporters argentins
]

 

 

 

Les observations en vrac

Pavard n'a pas oublié d'où il venait: il a couru fêter son but vers le banc.

 

Le circuit de passes du troisième but français: Deschamps > Matuidi > Giroud > Mbappé.

 

Avec l’entrée de Thauvin, Tolisso et Fekir, Deschamps améliore significativement son taux de satisfaction dans les poches de résistance lyonnaise et marseillaise.

 

Le but de Pavard, c'est bien de se le passer en boucles.

 

Excellente initiative de la FIFA avec cette suspension de l'arbitrage vidéo, mais il aurait fallu prévenir l'arbitre qu'il devait mettre lui-même les cartons rouges.

 

 

 

 

 

La nalyse : bloc party

(Christophe Kuchly) Journée de débats philosophico-footballistiques. Sujet numéro 1: faut-il évoluer en bloc bas quand cela permet d'avoir des occasions si mettre l'adversaire sous pression pourrait aboutir au même résultat? Sujet numéro 2: faut-il voir le football par le prisme de l'erreur ou de la réussite? Sujet numéro 3: avec un tel effectif, l'Argentine n'aurait-elle pas mieux fait de confier les rênes à un bétonneur en attendant de meilleurs jours? On le dit tout de suite, on n'a pas les réponses. Mais on peut y réfléchir.

 

Le bloc bas, d'abord. Pas très beau intrinsèquement, en tout cas pas quand on a l'effectif pour jouer au football. Mais très bien maîtrisé par les Bleus quarante minutes durant: à peu près aucune occasion concédée et plusieurs très nettes créées, dont ces deux fautes obtenus par Mbappé, l'une dans la surface et l'autre juste devant. Bien sûr, presser les Argentins, au moins par séquences, aurait peut-être pu offrir d'autres situations dangereuses… mais également ouvrir des espaces, même minimes, la France ne maîtrisant pas parfaitement cette phase de jeu.

 

 

 

 

L'erreur, ensuite. Oui, oublier Di Maria à une vingtaine de mètres du but n'était pas une excellente idée vu l'énorme supériorité numérique dans la surface. Mais comment anticiper une frappe aussi pure venant d'un joueur totalement à la rue dans cette compétition? Si on juge le résultat, alors l'oubli – la seule fois que les Bleus n'ont pas cadré le porteur au cœur du jeu – est coupable, tout comme l'est le manque d'intensité pour récupérer le ballon au moment de la remise en jeu malgré une supériorité numérique. On peut aussi considérer qu'il est difficile de laisser moins d'opportunité à un adversaire qui attaque en nombre et qui a Messi dans ses rangs.

 

L'Argentine, enfin. Un onze moyen, qui attaque par philosophie mais aussi parce qu'il ne sait pas défendre. Dans des grands espaces, avec une arrière-garde façon voiture sans permis, mais aussi quand il est replié. La France, qui a marqué deux fois sur des oublis de Pavon dans le couloir de Hernandez, a puni une équipe incapable de protéger son but, peu importe la manière dont elle s'y prenait. Et qui doit donc surtout regretter de ne pas avoir su faire jouer ses nombreux talents offensifs, sacrifiés au profit d'une animation tout aussi étrange (pourquoi Di Maria et Pavon sur leur bon pied et donc incapables de repiquer dans l'axe si Messi joue côté gauche ?).

 

De cette rencontre, on peut tout et rien dire tant l'Argentine a tendu de bâtons pour se faire battre. Le mérite français est toutefois grand: pas franchement en réussite malgré un plan collectif défensif au point, cette équipe a su repartir immédiatement de l'avant, trouvant des circuits efficaces côté gauche. On peut regretter les 40% de possession mais le match est finalement une parenthèse dans un océan de blocs médians ou bas attentistes. Pas sûr en effet que l'Uruguay se retrouve avec un latéral faisant 47 passes dans le camp adverse, comme ce fut le cas de Mercado ce samedi, ni que le score change l'équilibre uruguayen.

 

On reviendra alors dans la configuration habituelle, avec un espoir: que les relances verticales de Varane et le mouvement made in "jeu de position" du quatrième but (Kanté entre les centraux, Griezmann en appui et Matuidi en troisième homme), plus faciles à réussir quand il y a des trous mais qui peuvent bousculer énormément de blocs, fassent plus qu'un caméo.

 

 

 

 

 

Les gars

Lloris en a été quitte pour être spectateur de la frappe de Di Maria et de la déviation de Mercado. Il est sur de mauvais appuis au moment d'encaisser le troisième but argentin, mais la tête d'Aguero est à bout portant.

 

Varane allait rendre une copie parfaite quand il fut trop facilement lobé par le centre de Messi pour la réduction du score d'Aguero. Un peu rageant, parce qu'il avait montré beaucoup d'autorité durant toute la rencontre. Le constat est analogue pour Umtiti, qui aurait dû sortir sur Di Maria, une omission qui en rappelle une autre il y a deux ans. [edit 01/07 14:13: en raison d'un grand nombre de réclamations et à la vue des images, il sera fait appel de ce jugement peut-être trop sévère].

 

Pavard ayant été l'auteur de l'instant X de ce mach, il sera exonéré du coup franc qu'il concède un peu bêtement et qui prélude au deuxième but argentin (le parallèle avec Thuram n'en est que plus frappant). D'autant qu'il a eu beaucoup d'allant auparavant, avec des prises de couloir et de bons centres, et qu'il a compté en défense. Allez, on oublie aussi son marquage trop lâche sur le troisième but.

 

Pas mal pour un latéral considéré comme défensif: deux centres d'Hernandez sont décisifs. Sa manière d'imposer le rapport de forces à ses adversaires a rarement été vue en bleu, et la discrétion de ses taquets, c'est de l'art.

 

Avec Kanté au marquage Messi, on n'avait pas vu tel combat d'extraterrestres depuis Alien vs Predator. C'est Predator qui a gagné en mode furtif, et qu'on inscrit au tableau d'honneur pour sa passe qui lance l'action du quatrième but.

 

Dans une position plus reculée qui nous épargnera les sarcasmes sur "Matuidi ailier gauche", le Juventino a aussi bien travaillé à cerner Messi qu'à libérer ses partenaires. Son ouverture pour Hernandez sur l'égalisation a l'exactitude de la trajectoire d'Apollo XI, et il est dans la surface pour exécuter le tir contré qui va revenir à Mbappé et redonner l'avantage aux Bleus.

 

 

 

 

Sans ses pertes de balles par pure désinvolture, on pourrait tresser à Pogba des louanges plus franches. Mais bien fol celui qui ne le croit pas indispensable à l'équipe. Ses passes en profondeur ont été autant de coups de sabre dans la défense, à l'instar du décalage pour Hernandez sur l'action du 3-2, ou de cette balle au millimètre pour Mbappé peu après l'ouverture du score.

 

Le meilleur geste de Griezmann lors de ce Mondial est peut-être ce retour sur le fil dans les pieds de Messi, en pleine surface française. Ce sera faire un peu injure au coup franc qu'il expédie sur la transversale, mais s'il a encore été l'animateur de l'attaque, il a manqué de justesse dans les derniers mètres – à la louable exception de son penalty.

 

On a beau le savoir, il faut se le répéter: Mbappé n'a que dix-neuf ans et il a su se montrer à la hauteur de l'enjeu. En obtenant un penalty au bout d'un sprint démarré dans ses trente-cinq mètres et en inscrivant deux buts, il a eu les gestes qui ont tué le match. Par contre, Kylian, on l'a vue ta talonnade toute pourrie juste après ton doublé.

 

Giroud n'a pas gagné tous ses duels ni réussi toutes ses remises, mais il a fixé la charnière argentine et sa passe décisive pour Mbappé est une merveille de simplicité et de justesse.

 

Survenues assez tard, les entrées en jeu de Tolisso, Fekir et Thauvin n'ont pas été très marquantes puisqu'il s'est agi de contenir les derniers assauts argentins. Mais elles accordent à ces trois joueurs une marque de confiance.

 

 


Les titres auxquels vous avez échappé

Liberté, Égalité, Mbappé
Asado masos
Mbappelotudo!
Plutôt Pavard que la VAR


Le titre est de Mama, Rama & Papa Yade et L'amour Durix. Les TAVAE de La Metz Est Dite, Alain Delon? Non Alain Deroin et Gouffran direct.
 

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