France-Portugal : tombés de selecção

Cet Euro critiqué a livré son vainqueur, qui le sera aussi, et les Bleus ont été arrachés à leur rêve faute d'avoir trouvé les moyens de le poursuivre jusqu'au bout. Mais pour eux, l'histoire ne s'achève pas qu'avec des regrets…

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C'était le sens de l'histoire, et il aurait fallu que l'équipe de France donne plus de football pour l'inverser et prendre au Portugal le titre qu'il a si longtemps attendu, après l'avoir infiniment plus mérité jadis qu'en ce 10 juillet. La tentation est de mettre en accusation la finale des Bleus, mais ce serait remettre en cause la manière dont ils y sont parvenus… On ne réécrit pas ces histoires-là. La formule qui les a menés à Saint-Denis, en permanence sur le fil, n'a plus été gagnante – pas de beaucoup, parce qu'ils ont eu des occasions (bien plus que leurs adversaires) et touché un énième montant qui repassera en boucle dans les remakes que nous ne pourrons nous empêcher de faire dans nos têtes.

 

 

 

 

Difficile, tout de même, de ne pas se demander ce qui a manqué pour emporter le morceau face à un Portugal limité, et vite privé de Cristiano. Comme il ne fallait plus vraiment s'attendre à une expression collective accomplie, c'est encore des individualités que l'on espérait cette différence. Mais en dehors de Moussa Sissoko, surpassant encore sa performance de Marseille, les étoiles qui se sont allumées au cours de la compétition étaient éteintes dimanche soir – Payet, Griezmann et Pogba. Ils étaient peut-être à court de carburant, leur entraîneur ne leur a peut-être pas donné assez d'idées. Ou, simplement, ces Bleus n'ont-ils pas autant progressé depuis la Coupe du monde 2014 qu'on voulait le croire, sont-ils moins beaux qu'on a aimé les voir au cours des derniers jours.

 

Passer si près du but alimente les regrets que l'on dit éternels, et les procès du moment. Il convient pourtant de prendre un peu de recul, de quelques semaines, pour se rappeler que l'équipe de France suscitait des espoirs modérés avant la compétition: décimée, improvisée, jeune, son parcours de finaliste doit être salué. De telles aventures sont rares, elles se mesurent à nos électrocardiogrammes du 10 juin au 10 juillet. Les Bleus n'ont pas franchi la dernière marche, mais on leur doit d'avoir connu des émotions du premier au dernier jour de l'Euro. Et à défaut d'un titre, ils peuvent croire – et nous laisser croire – en leur avenir.

 

 

 

 

Les observations en vrac

Payet a fait une Cannavaro 2006. Mais s'il a sorti Cristiano du match, lui n'y est jamais entré.

 

Cristiano a quand même réussi à être le tournant du match.

 

Avec Sissoko, on a joué en 4-7-2.

 

Les Grecs 2004 étaient bien plus intéressants à regarder que les Portugais 2016.

 

Que ce soit pour les commentateurs ou le tunnel de pub de quinze minutes, M6 a appliqué la peine maximale à ses téléspectateurs.

 

Le Portugal a mené 73 minutes sur 720 dans cet Euro.

 

Les malédictions des finales cumulées d'Évra et du Stade rennais, c'était trop.

 

 

 

La nalyse

Christophe Kuchly – Il y a des compétitions qui répondent à une certaine forme de logique. En club, c'est souvent le cas. Sur la scène internationale, la courbe est sinusoïdale mais donnait l'impression de se stabiliser: l'Allemagne 2014 et l'Espagne avant elle, équipes au style de jeu très affirmé, dégageaient quelque chose d'implacable. Et leurs faiblesses semblaient ne pouvoir être exploitées que par les individualités adverses, qu'elles soient Robben ou Messi. Même fermées, leurs finales étaient débloquées par des grands joueurs. Götze n'est pas Xavi ou Iniesta mais, dans son insouciant talent d'alors, il représentait bien ce qu'était le champion du monde. Quelque part, cet Euro français, loin d'être mauvais mais globalement fade sur le plan du jeu, méritait de se terminer sur un but d'Éder. Fernando Santos n'a pas coaché la Grèce pour rien. Et Charisteas n'a jamais été aussi près.

 

Dans le besoin qu'ont les "tacticiens" de tout vouloir rationnaliser (on s'inclut évidemment dedans), ils oublient souvent que le football n'a pas toujours de sens. Aussi frustrant que cela puisse être quand on cherche à établir des échelles de valeur entre les systèmes de jeu et les joueurs qui leur donnent vie, le sort s'invite à chaque match, et se voit d'autant plus quand les équipes se valent. La France était sans doute un peu au-dessus du Portugal, comme elle était en dessous de l'Allemagne. Et ce n'est pas plus honteux de perdre maintenant que ça l'était de gagner en demi-finale. Mais sa finition défaillante n'a pas pu compenser ses manques dans l'animation.

 

 

 

 

De cette finale aux allures de match de Ligue 1, avec une équipe plus talentueuse que l'autre mais pas prête à tout pour gagner, on retiendra l'entame. Un Sissoko qui écrase le match de son activité avec des improbables percées au coeur de la défense portugaise. La bonne relation entre Giroud et Griezmann, confirmation d'une tendance devenue habitude avec le 4-2-3-1. Les passes de Koscielny et Umtiti, enfin tranchantes, si loin de celles de Rami il y a trois semaines. Et même les ballons grattés par Matuidi, redevenu récupérateur face à un adversaire pataud. Ce n'était pas le Pérou mais c'était a priori largement suffisant pour gagner la finale sans devoir partir à l'abordage. Et Ronaldo se blessa...

 

Fernando Santos, qu'on imagine aussi peu enthousiasmant dans la vie que dans son coaching, le remplaça par Quaresma. Le milieu portugais densifié, la circulation de balle tricolore prit un coup dans l'aile et l'intensité retomba logiquement. La suite perdit pas mal en intérêt: peu d'actions construites et encore moins d'occasions, un Coman qui tente de mettre du rythme mais se retrouve bien inutile dès que ses dribbles ne passent pas et un adversaire surtout occupé à bien défendre, Adrien Silva, William Carvalho et les autres enlevant les taches sans nettoyer plus blanc que blanc. Sans folie ni inventions, les deux entraîneurs laissèrent le match progresser et les joueurs décider de son sort. Aucun ne trouva la faille. C'est alors Éder, dans une prolongation où le jour de repos supplémentaire des Portugais ne pouvait pas faire de mal, qui prit les choses en main. Et le ballon, aussi. Guerreiro ne trouva que la barre sur le coup franc qui suivit mais le symbole était là: trop grand, trop malin, trop frais, trop en confiance (la France peut remercier Frédéric Antonetti qui l'a préféré à Benzia et complètement relancé, et Michel Seydoux qui l'a fait venir lors du dernier jour du mercato hivernal), le Lillois compensait son relatif manque de talent par des gestes simples mais justes. Jusqu'à cet éclair, pas si loin du but inscrit face à Nantes. Une nouvelle fois, la charnière était battue, cette fois avec des conséquences irréversibles. 

 

Dans des matches et des tournois aussi fermés et ressérés, chaque action peut être décisive et même les moins bons joueurs sur le terrain peuvent à tout moment devenir héros. Éder, seul numéro 9 de son équipe, est devenu celui-là, et aurait même pu l'être dans les tours précédents s'il avait été aligné. Si les ligaments de Ronaldo avaient tenu, il ne serait sans doute jamais rentré. Ultime clin d'oeil du destin d'un tournoi où chaque équipe aura eu besoin d'avoir son grand attaquant costaud (Gomez, Sigthorsson, Pellè, Giroud), l'une des rares tendances notables de cet Euro plus indécis que riche, qui s'achève par la victoire d'un troisième de poule. Michel Platini regrette-t-il? On ne préfère pas y penser, et ne même plus penser du tout. Il est plus stimulant d'intellectualiser la création que la destruction, même faite dans un total respect des règles. Au pragmatisme de Deschamps s'en est substitué un autre, pas moins légitime, mais centré autour d'individualités moins talentueuses – et appartenant en grande majorité au même club, le Sporting. L'histoire nous dira bien vite si la chose fait à nouveau école...  

 

 

 

 

 

 

Vu du forum

=>> magnus - 20h49
Seven Nation Army version brass band en cérémonie de clôture de l'Euro. Bientôt on bouffera de ce truc aux enterrements.

 

=>> Aristofan - 20h51
Dj de plage, chorégraphie et costumes de plage, avec le gros vase gonflable pour les enfants, et même le cosplay de Bonnie Tyler, c'est pas mal cette animation de camping.

 

=>> Pascal Amateur - 20h58
Ouh là, les Portugais sont venus égorger nos fils et nos compagnes? Ça s'annonce chaud.

 

=>> emink - 21h09
Strass éclaté par Payet.

 

=>> gurney - 21h26
Je m'attendais à ce que ce soit les enfants de CR7, Empereur et Mythe, qui viennent le chercher sur le terrain... Sont pas au niveau des Qataris les mecs de la com du Portugal.

 

=>> Bouderbala - 21h26
Evra joue bien blessé, lui !

 

=>> magnus - 21h29
Bon, c’est triste cette blessure, mais là les Bleus font une belle imitation de Mark Landers devant l'infarctus de Julian Ross.

 

=>> magnus - 21h36
En fait à chaque fois que quelqu'un met un "h" ou "c" en trop dans son nom, Sissoko se rebiffe.

 

=>> Vachalait - 21h57
Moi j'ai eu droit aux larmes de madame parce que quand même, CR7 a eu une vie tellement dure... Des conseils pour me faire re-rentrer dans le match?

 

=>> McManaman - 22h15
Les Portugais passent un sale carreleur.

 

=>> Mevatlav Ekraspeck - 22h24
On passe d'une finale de l'Euro à un 16e de finale de coupe avec Saint- Maur Lusitanos contre une L1 pas réveillée. C'est moche...

 

=>> Josip R.O.G. - 22h57
Je suis pas loin de la mort. J'en ai mare de ce sport de tarés.

 

=>> hermines de rien - 23h13
Vous l'entendez arriver, la routourne ?

 

=>> Aristofan - 23h19
Ah, ces deux sales minutes.

 

=>> Bouderbala - 23h27
Pourquoi s'inflige-t-on des trucs pareils ?

 

=>> emink - 23h37
Donc, la plus mauvaise équipe des poules gagne l'Euro. C'est une alchimie compliquée, un tournoi. Allez, moi, je me console en pensant qu'il y a plein de gamins dans les rue de Porto ou Lisbonne qui sont fous de joie. Ça va leur faire des souvenirs pour longtemps, c'est bien. La joie, ça se partage, les amis. Chacun son tour.

 

 

 

Les titres auxquels vous avez échappé

La France en terrain gominé.
Eder devil
Truelle Summer
Eder hasard.
Ordem e proGrèço.


Le titre est de Pascal Amateur, les TAVAE de Aristofan, Charles Bodmer, Mama, Rama & Papa Yade, Mevatlav Ekraspeck.
 

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