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Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


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Les affres de "l’humiliation"

France-Brésil 58 revisité [1/3] :
Quand personne ne croit aux Bleus

En 1958, l'équipe de France est l'invitée surprise des demi-finales du Mondial suédois. Retour sur l'affrontement mythique face au Brésil avec trois de ses protagonistes: Raymond Kopa, Just Fontaine et Roger Piantoni.

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1958, c'est ma meilleure année!” Au bout du fil, Raymond Kopa n'a pas besoin d'être poussé pour énumérer son palmarès cette saison-là: Liga et Coupe d'Europe avec le Real Madrid, Ballon d'Or – “un honneur exceptionnel” – et demi-finale de Coupe du monde. “Ça suffit, quand même.” Le gamin des corons du Pas-de-Calais, descendu dans les mines entre quatorze et dix-sept ans, est parti de loin. Mais en 1958, il est l'une des stars du football mondial.


Cela ne l'exempte pas pour autant des critiques de la presse française, à l'approche de la Coupe du monde en Suède. “Certains journalistes ne voulaient pas que je prenne la place d'un joueur qui s'était qualifié”, se souvient-il. Sans Kopa, retenu au Real, l'équipe de France d'Albert Batteux ne convainc pas en phase de qualification. Toujours sans lui, l’avant-Mondial n’est guère plus rassurant. “Les résultats des matches amicaux n'étaient pas terribles”, reconnaît doucement l'ancien attaquant Just Fontaine. “La presse ne nous était pas tellement favorable, ajoute Roger Piantoni, interrompu en plein visionnage de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Sotchi. Nous, on savait très bien que ce n'étaient que des matches de préparation. D'ailleurs, c'est un cas qu'on a retrouvé avec d'autres équipes de France: rappelez-vous celle de Jacquet en 1998!
 

 

 

Lors du dernier amical, contre le Racing Club de Paris au Parc des Princes, les Bleus concèdent un piteux résultat nul. Le public crie “Le Racing en Suède!” “On ne donnait aucune chance à cette équipe de France, je pense que c'est aussi pour cela que l'on m'a retenu”, explique aujourd'hui Raymond Kopa.
 


Premiers arrivés, premiers partis ?

Le 20 mai, trois semaines avant leur entrée en lice, les Tricolores s'envolent pour Stockholm. Ils sont les premiers sur place. “Certains disaient qu'on partirait aussi les premiers”, s'amuse Just Fontaine. “On était un peu dans un esprit revanchard après tout ce qui s'était raconté sur nous, indique Roger Piantoni. Ce n'est pas mal sur un terrain de football.” Raymond Kopa ne les rejoint que dix jours plus tard, après la finale de la Coupe d'Europe, remportée par le Real contre l'AC Milan (3-2, ap). “Pour moi, c'était formidable de jouer cette Coupe du monde, de retrouver mes copains.


En Suède, dans la petite ville de Kopparberg, les conditions sont idéales. “On avait du beau temps, la pêche, les moules, se remémore Piantoni dans un sourire. On passait le temps comme on le pouvait. Mais il y avait quand même pas mal de réunions, pas mal de physique... On a travaillé, on n'est pas resté les deux pieds dans le même sabot.” “On a fait trois bonnes semaines de préparation, embraye Just Fontaine. On a joué des matches amicaux contre des petites équipes locales, on leur marquait dix buts, quinze buts... Et c'est là qu'on a vu que j'étais en forme.

 


Les mois précédant la Coupe du monde, l'attaque française était pourtant en berne. La faute notamment à la blessure de l'avant-centre Thadée Cisowski. “Il y avait des hésitations pour le poste”, révèle Just Fontaine, qui multiplie les anecdotes. Ce n'est qu'à l'aéroport d'Orly, quelques instants avant l'embarquement pour la Suède, que le sélectionneur des Bleus, Paul Nicolas, et Albert Batteux, son entraîneur à Reims comme en équipe de France, lui annoncent qu'il sera titulaire. “Cette mise en confiance, pour moi, ça a été formidable.” Blessé au ménisque de décembre à février, Just Fontaine s'était “fait une petite trêve hivernale”. En Suède, il est plein de fraîcheur.
 


Passion nationale

Le Rémois profite aussi grandement, comme toute l'attaque française, du retour de Raymond Kopa. “Kopa a mis de l'ordre dans la maison, écrit Jacques Ferran dans France Football, le jour de la demi-finale face au Brésil. Il a rassuré ses camarades.” Cinq des dix joueurs de champ titulaires évoluent alors au Stade de Reims, déjà sous la direction d'Albert Batteux. Tous imprégnés de la philosophie offensive du football champagne. Celle qui, entre 1951 et 1956, a peu à peu élevé Raymond Kopa au rang de meilleur joueur français. “Il était habitué au style de jeu de Reims, ça ne pouvait qu'être bénéfique”, souligne Just Fontaine. “Évidemment, il a été prépondérant dans ce tournoi”, acquiesce Roger Piantoni.


Ailier droit au Real Madrid, Kopa est replacé dans l'axe, en soutien de Fontaine. “J'ai toujours été un constructeur de jeu. J'alimentais les bons buteurs.” Mis en confiance par le retour de leur maître à jouer, les Bleus atomisent le Paraguay (7-3), dominent l'Écosse (2-1) et écrasent l'Irlande du Nord (4-0) en quarts. Seul faux-pas: en phase de poule, contre la Yougoslavie (3-2). Quinze buts en quatre matches. Quatorzième chez les bookmakers avant le tournoi, voilà la France en demi-finale du Mondial. “La seule équipe qui jusqu'ici n'a pas déçu”, aux yeux de la presse locale.
 

 

 


Le public français s'enthousiasme devant les performances de ces tricolores en qui personne ne croyait. À l'appel de L’Équipe et Europe 1, les Bleus reçoivent 800.000 cartes postales d'encouragements et de félicitations. “On n'était pas tellement au courant de ce qui se passait en France, glisse Roger Piantoni. Pour le public, c'était certainement une surprise agréable. Mais pour nous, cela n'en était pas une.” “On ne croyait pas en nous tout au début, et voilà maintenant qu'on nous fête avant l'heure”, sourit même un joueur dans L'Équipe, le jour de la demi-finale. À la une: “Passion nationale pour France-Brésil”. Le journal télévisé de l'unique chaîne, la RTF, est avancé pour permettre la retransmission intégrale du match, à partir de 19 heures, le mardi 24 juin 1958.


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