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Petit 1998, millénaire nuit

Victoire aux antipogs

Arrachés plus que conquis, les trois points glanés à l'issue de ce France-Australie préservent l'essentiel, mais réservent des inquiétudes – à relativiser. 

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La nature d'un premier match de Coupe du monde est singulière, surtout pour l'équipe de France [1]. Celui-ci, disputé à l'heure du déjeuner face à une équipe présentant le profil idéal pour précipiter un scénario purgeo-déceptif (abnégation, solidarité, opportunisme), aurait pu mal tourner et punir une équipe de France très loin de confirmer les espoirs placés dans sa composition de départ.

 

Signe de cette singularité, le tableau d'affichage n'affiche pas un seul but "normal": le premier résulte d'un penalty généreusement attribué par les arbitres vidéo, le deuxième d'une main incompréhensible, le dernier d'un demi-csc validé par la GLT… La sélection tricolore l'a malgré tout emporté et c'est, littéralement, l'essentiel.

 

Cela n'empêchera pas une crise collective de patatrasme et d'acrimonie, cette épuisante maladie chronique du supportariat français, qui se nourrit à la fois d'amnésie et de conclusions définitives appuyées sur la vérité de l'instant. Bien sûr, il y a de quoi s'interroger sur l'échec de ce système et le mutisme de son attaque, et on ne peut pas tout à fait se contenter de la victoire. Mais les Bleus s'en sont sortis, et s'ils ont été en difficulté, ils ne sont pas en faillite.

 

 

 

 


Conjonction australe

On avait pourtant échappé au scénario d'une entame crispée annonçant une suite à l'avenant: l'équipe de France a assis une certaine supériorité en obtenant trois situations dangereuses en huit minutes, avec un tir à angle fermé de Mbappé, puis un autre de Griezmann et une déviation du second sur un coup franc du premier. Elle n'a cependant pas été capable de maintenir ce rapport de forces avantageux.

 

Peu de mouvement, peu de pressing, peu de différences individuelles: il n'y eut plus de tir cadré par la suite, sauf si l'on classe ainsi un tir croisé d'Hernandez (33e). Auteur de nombreuses fautes, les Australiens obtenaient paradoxalement trois coups francs en lesquels se résuma leur capacité à porter du danger. Encore fallut-il, pour que ce danger se concrétise, que Tolisso dévie une balle qui obligea Lloris à une parade importante. Mais la fébrilité sur ces coups de pied arrêtés était annonciatrice de l'égalisation, avec cet instant de panique d'Umtiti.

 

Ce second penalty compromettait toute chance de se libérer et d'engranger de la confiance, laissant au contraire les Australiens verrouiller encore mieux le jeu. Les entrants permettaient pourtant d'ancrer un peu mieux les attaques, et de réussir la combinaison gagnante là où toutes les précédentes avaient échoué: dans l'axe. Pogba, Mbappé, Pogba, Giroud, Pogba, une déviation heureuse, l'équipe de France sortait du piège avec trois points. Et mille questions, donc.

 

 

 

 


La nalyse : sans pressing, un milieu à l'arrêt

(Christophe Kuchly) On a connu début plus rassurant. On a aussi connu début moins bien payé ce qui, à ce stade de la compétition et vu les jurisprudences 2002 et 2010, permet de relativiser les constats alarmistes. Que la France ait des difficultés à animer son 4-3-3 quand Mbappé, Griezmann et Dembélé forment la ligne d'attaque, cela n'est pas vraiment une surprise

 

Le manque de complémentarité des profils, surtout si le plus âgé ne recule pas pour leur libérer de l'espace, provoque une sorte de trou noir: une fois le ballon dans les pieds de l'un des trois, il y a de grandes chances qu'il finisse l'action. Très proche, permutant en permanence sans qu'on sache qui est à l'initiative de cette ronde, la "DMG" (on vient de l'inventer, c'est pas pire que MCN), n'a jamais combiné. Et n'a été servie que par des inspirations des milieux, qui ont envoyé quelques caviars lointains à défaut d'apporter du soutien en jouant un cran plus haut.

 

 

 

 

Dans un sens, avoir réussi à trouver de la profondeur face à un adversaire défendant bas est une forme de performance, même si les caviars de Pogba n'ont pas pu être convertis en buts. On se souvient que c'est déjà en jouant de la sorte que les Bleus avaient battu la Russie, en mars. Mais l'opposition jouait alors avec une ligne très haute, dont pouvaient profiter les flèches tricolores. Et c'est en faisant entrer Giroud, qui s'accorde bien d'un jeu minimaliste puisqu'il est capable de dévier d'incertaines balles aériennes vers ses partenaires, que la France a mis son adversaire sous pression – entame de match mise à part.

 

L'entame justement, voilà ce qui nous amène au point clé: le jeu sans ballon. Cette phase qu'on dit défensive, mais qui peut être offensive si l'on souhaite mettre l'adversaire sous pression. Devenu essentiel au fil des années, le pressing ne fait pas partie du vocabulaire de toutes les sélections, la coordination qu'il exige étant un peu moins compatible avec des fenêtres internationales très courtes.

 

Il n'empêche, voir les hommes de Didier Deschamps reculer de trente mètres sur la première phase de possession australienne, se disposant dans un 4-1-4-1 où Griezmann, devant, et Kanté, entre milieu et défense, se retrouvent seuls, était radicalement surprenant. Une absence totale de pressing qui durera jusqu'au deuxième but et conduira le match à s'installer dans un faux rythme.

 

Bien moins souvent propriétaire du ballon qu'attendu (seulement 55% de possession), la France ne faisait pas peser de menace quand elle ne l'avait pas. Réduisant, de fait, ses opportunités d'être dangereuse contre un 4-4-2 à plat à la charnière friable, mais au double pivot très solide (quelle implication de Mooy!).

 

Le vrai problème n'est pas tant dans l'absence de pressing que dans la friabilité du bloc médian. Attendre au milieu pour y récupérer les ballons et lancer les attaquants en profondeur, cela peut fonctionner. C'est comme ça que la Russie a mis cinq buts à des Saoudiens certes trop joueurs, mais piégés à chaque fois. Las, Pogba et Tolisso, en marche au sens propre du terme, ont obligé Kanté à tout récupérer en deuxième rideau. Suffisant pour ne pas encaisser, pas pour lancer une transition rapide.

 

Cette équipe peut être brillante, et quelques inspirations ont cette fois suffi à gagner. Mais, ambitieuse ou prudente, elle ne peut se faire l'économie de la solidité. Et donc de l'effort.

 

 

 

 

 

Les gars

Un arrêt véritablement décisif pour enrayer un but contre son camp de Tolisso (17e), une bonne sortie aérienne (28e): ce fut tout, et ce fut ce qu'il fallait pour Lloris.

 

Autoritaire dans les duels et intelligent dans les relances, Umtiti a perdu la tête et le contrôle de sa main à la 61e minute. Appliqué dans son jeu vers l'avant, Varane s'est moins fait remarquer au cours d'un match sans histoire pour lui.

 

On a probablement vu Pavard un peu trop beau à la faveur de matches de préparation intéressants. Assez insipide en attaque (un tir vingt mètres au- dessus, 72e), il a été sérieux en défense avec notamment une bonne interception sur un centre au bout du temps additionnel.

 

Dommage que tous ses coéquipiers n'aient pas mis autant d'intensité dans les duels qu'Hernandez, qui a pris quelques coups au passage. Un débordement (29e) et un tir contré (33e) pour témoigner d'un volontarisme de bon aloi.

 

Kanté n'avait pas été le meilleur Bleu lors des matches de préparation, il devait attendre son heure – la bonne. Bien placé, souvent face au jeu, il a gratté les ballons et joué simple mais efficace.

 

 

 

 

Une "passe décisive" pour l'obtention du penalty, un "but": Pogba ne va pas mettre un terme aux controverses à son sujet avec ce bilan entre guillemets. Insuffisamment disponible, encore auteur de gestes inutiles et de transmissions ratées, il est cependant passé pas loin de la passe qui tue (vers Mbappé, 8e, Griezmann, 43e) avant, donc, d'y parvenir. Le dossier reste ouvert.

 

Tolisso a un peu déçu des attentes probablement excessives. Si ses petits coups de patte ont donné de bonnes orientations, son influence offensive a été limitée et son geste le plus marquant est ce csc frôlé sur un coup franc australien.

 

On peut adresser au trio offensif dans un même lot de reproches: peu de percussions, peu de combinaisons, peu d'occasions, quasiment aucun dribble réussi. Sans espace, ces trois-là sont restés asphyxiés. Le match de Dembélé a été particulièrement anonyme, malgré une ou deux tentatives de débordement.

 

Mbappé aurait pu parfaitement lancer son Mondial avec un peu plus de réussite sur sa toute première tentative (2e), mais ses appels sont ensuite restés vains et il n'a pas réussi à se dépêtrer de la nasse australienne. Griezmann aussi avait réussi son entame avec deux tentatives, du pied (6e) et de la tête (8e) placées sur le gardien. Heureusement, il ajuste parfaitement son penalty. Son élection comme homme du match n'est pas le moindre mystère de ce dernier.

 

Matuidi a mis de l'impact en fin de match en cherchant à lancer Mbappé notamment. Une entrée plus réussie que celle de Fekir, qui a obtenu un coup franc pour le tirer dans le mur (87e), et n'est pas mieux parvenu à trouver les attaquants. C'était peut-être un match pour Giroud dès le début, en définitive. Il a secoué la défense aussie et s'est fendu d'une passe décisive dans un espace réduit.

 

 

 

 

 

Vu du forum

=>> Johnny Ringo - 12h02
Avec notre tenue, on pousse le chambrage des Italiens un peu loin.

 

=>> emink - 12h18
C’est toujours compliqué, ces matches-tests contre l’hémisphère sud, en juin.

 

=>> O Gordinho - 12h55
Anelka dézone beaucoup trop je trouve.

 

=>> lyes - 13h41
But en or, GLT et VAR. En 2022 on marque sur story snapchat.

 

=>> Anglachel - 13h43
Coaching gagnant de Deschamps avec la sortie de VAR pour GLT.

 

=>> emink - 13h58
Les moules sur le ballon, c’est pour célébrer la chatte à Deschamps?

 

=>> Tonton Danijel - 14h18
N'oubliez pas que le plus important pour être champion du monde, c'est de battre le Danemark.

 

 


Les titres auxquels vous avez échappé

Australopiquette
Monsieur VAR est la
Umtiti Aussie
Aussie dur que ça
VAR, GLT : et on joue à 13 ?

 


[1] Rappel des précédents, par lyes sur le forum: "2002 la désillusion, 2004 sauvés par Barthez et Zidane, 2006 stérile, 2008 l'ennui, 2010 l'ennui stérile, 2012 sans saveur, 2014 tendus mais soulagés, 2016 ultra tendu mais ultra soulagés".
Les TAVAE sont de djay-Guevara, El Mata Mord, Pascal Amateur et Lucho Gonzealaise.

 

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