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Sylvain Zorzin et Pierre Martini

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L'été des médusés

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Spécial tartuffes

"France 2 Foot" au stade 1

À en croire son édition inaugurale, la révolution ne passera pas par la nouvelle émission dominicale du service public. Premières impressions en deux temps.
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"L'homme ne peut hériter le passé, il faut qu'il le recrée". Les journalistes du service public, en général plus proches du zéro que de l’infini, ont peut-être pensé à cette phrase d’Arthur Koestler lorsqu’ils ont pensé le concept de "France 2 Foot". Il fallait en effet s’affranchir du glorieux aîné "Téléfoot", tout en se démarquant de "Stade 2", mais sans copier "Jour de foot", mais, etc., bref: donner un sens à ce nouveau rendez-vous dominical. Et dans ce décor grand et froid où siège Denis Balbir, il fallait inventer quelque chose de différent. On n’a pas retrouvé d’interview de Daniel Bilalian, le chef des sports de la chaîne, mais on peut parier que "révolutionnaire" et "novateur" accompagnaient la description de son programme.

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Tolérance Obispo
La révolution, en matière d'émissions footballistiques, peut se faire a minima: en étant simplement un poil meilleur que les autres, on parvient à se faire une belle cote, y compris auprès des lecteurs des Cahiers du foot, ces intransigeants. En dépit des craintes sur "l'apnéiste hurleur" (lire Cdf #3), l'indulgence était donc de mise pour cette première du dimanche midi, chacun se montrant plutôt enclin à retenir les bons côtés et à laisser le bénéfice du doute aux mauvais.
Donc : une sobriété plutôt bienvenue, des formats bien cadrés et non envahissants, une approche apparemment plus approfondie de la Ligue 2, un débat... bon, un débat. Quelque chose d'assez reposant, en définitive, une balade pépère en terrain connu, sans les souffrances de la Ruiz Attitude... Voilà typiquement l'émission qu'on va se complaire à louanger en affichant sa capacité à revenir sur ses a priori. Un peu comme lorsque nous accordons une période d'état de grâce à un nouveau consultant qui ne va pourtant pas tarder à nous irriter. Mais pour le moment, on se sent même prêt à supporter le générique de Pascal Obispo – c'est dire la vague de tolérance qui nous submerge.

Mais ensuite, c'est un peu comme la fois où l'on était sorti d'Amélie Poulain (le film). Le temps que le charme se dissipe, on se disait que Jeunet s'était un peu foutu de notre gueule avec ce Paris d'opérette. Le mauvais esprit aidant, ainsi qu'un deuxième visionnage, et c'en était fini de notre mansuétude: on ne pouvait décemment pas se contenter de trouver cette émission supportable.


Rendez-nous Fred Godard !
En premier lieu, et assez étonnamment, le côté scolaire de l’émission évoque par son absence quelque chose qui fait la marque des réalisations de France Télévisions: la patte de Fred Godard. Docteur Maboul de la réalisation, grand maître du psychédélisme (notamment au chevet de la Coupe de la Ligue), Godard a habitué le spectateur à quelques audaces réussies et pas mal d’initiatives complètement ratées. Mais comme autour d’un mort dont on sourit au souvenir de ses blagues nulles, il a flotté un parfum de déception autour du plateau et des sujets diffusés qui, entre rubriques plan-plan ("l’interview", les "trois questions à"), poncifs et banals "indiguests" (Fernandez, Bourgoin), donnaient au tout le caractère d'une imitation, assez réussie, mais d'une imitation quand même.

Le carnage chromatique n'eut donc pas lieu. Et les rares cadrages étranges (dont un ou deux plans en hauteur) de Jean-Pierre Leroux, qui a signé jusque-là quelques "JT" de 20 heures, ne soulignaient que davantage l’enchaînement de séquences parfaitement conventionnelles.


Port de complaisance
Ce manque d’audace formelle n'est pas isolé. Des interviewes façon "Alexandre Ruiz pose une question effrontée sur la couleur de la pelouse" servent de transitions à des reportages en pilotage automatique, s'oubliant jusqu'à présenter poliment la soupe aux acteurs du football: l’information comme quoi Reyes échapperait à l’Olympique lyonnais pour rejoindre l’Atletico Madrid, donnée par Denis Balbir... après l’interview d’Alain Perrin, auquel on demandait naïvement où en étaient les transactions avec ledit Reyes. Cette tentation du mou, du complaisant, le lien devenait évident: "France 2 Foot" était l’héritière de... l’air du temps. Est "moderne" celui qui fait comme les autres.

Les clichés déjà rodés et les questions décoratives sont certifiées par une source d’information unique: le quotidien L’Equipe, dont les pages sont montrées plus souvent que dans un colloque consacré à l’uniformité du paysage médiatique. L’idée de "travailler plus pour gagner plus"? Adoubée grâce à un débat qui fait semblant de s’interroger sur la pertinence d’être ou non entraîneur "à 65 ans" – une idée de toute façon validée a priori par le vote SMS des spectateurs, et justifiée a posteriori, car enfin, qui remettrait en cause les facultés de Guy Roux (qui a bientôt 69 ans, pas 65), surtout lorsque lui-même est gentiment interviewé sur le sujet?


D'Aulas à Ferré
Vient alors un reportage consacré à Jean-Michel Aulas en Corée du Sud – monté à partir d'images de OLTV – qui présente le dirigeant de l’OL comme cet homme d’affaires avisé parti en Asie conquérir des marchés porteurs. On voit in fine un joueur lyonnais bâiller dans l’avion du retour, le journaliste soulignant qu’en traversant deux fois la moitié de la Terre, les Lyonnais ont effectué "un périple pour le moins fatigant". Eh bien oui, "travailler plus" a une contrepartie: on bâille. L’avantage, c’est qu’on évoque cet aspect à la toute fin d’un reportage, quand les joueurs sont installés dans leur avion, et surtout pas à jouer sur le terrain. En journalisme, on appelle ça une chute, et l’idée est plus de faire sourire que de faire réfléchir.

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Ça y est, il a accompli son rêve: gagner la Ligue des lampions.
Alors logiquement, dans un reportage ultérieur sur la moindre qualité du championnat français par rapport à ses homologues européens (qui reste à prouver), on explique que tout ça est la faute d’une "fiscalité désavantageuse" et de "contrôles pointilleux" de la DNCG. On croirait rêver si Frédéric Thiriez n’avait pas déjà lancé une OPA sur le merveilleux en Ligue 1.

Et puis quand même. Pour brouiller les pistes, "France 2 Foot" lance une image inattendue: le visage de Léo Ferré. Sous prétexte qu’il a composé la chanson préférée de Guy Roux, France 2 jette dans sa tambouille conservatrice le chanteur anarchiste, celui qui vomissait les institutions. Vidant Ferré de son sens, la chaîne le réduit au rang de faire-valoir inoffensif, juste bon à décorer, comme une séquence chez Michel Drucker. Léo Ferré entre Thiriez et Gérard Bourgoin! Et l’on songe au communiste Guy Môquet, que le chef de l’Etat a revendiqué en écrasant une larme. La fusion des contraires a toujours mené au consensuel. Et le consensus est une maladie grave, surtout lorsque tout le monde s’accorde pour dire que le patient est mourant.

Mais après tout, ce n'était qu'une première, exagérément scrutée. On peut espérer des bonnes raisons pour que le temps de l'indulgence revienne.
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Tabloïd, numéro 6

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