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C. Kuchly et J. Momont

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I Götze Power

Comme en 2010, c’est en prolongation qu’a été marqué le seul but de cette belle finale. Remplaçant de luxe, Mario Götze a réussi l’enchaînement qu’il fallait pour faire triompher le favori allemand. Mais l’Argentine a eu sa chance. 

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Les fins de grands tournois offrent toujours un sentiment ambivalent, entre la plénitude du moment, qu’il soit heureux ou triste, et la sensation de vide qui suit souvent les grandes extases. Après un mois de football de haut niveau, la Coupe du monde s’arrête et il ne restera bientôt plus que les souvenirs. Ceux de la finale seront plutôt positifs: au-delà de toute considération sur le résultat, on a vu du jeu, des occasions et des duels. Et si, comme toujours, on peut refaire l’arbitrage en même temps que le match, il n’y a pas eu de scandale.

 


 

En parlant de refaire le match, il en est un qui y repensera sûrement longtemps. Il ne sera pas le seul, bien sûr. Mais Gonzalo Higuain illustre mieux que quiconque l’incapacité de l’Argentine à convertir ses occasions, elle qui savait qu’elle ne s’en procurerait sans doute pas énormément. Maladroit dans la zone de vérité, comme son remplaçant Rodrigo Palacio un peu plus tard, il a laissé échapper sa chance d’entrer dans l’histoire de son pays. Lionel Messi aussi. Même s’il a déjà fait suffisamment pour que cette finale minimise l’étendue de ses performances passées, son incapacité à faire la différence malgré une absence d’implication défensive (validée par le sélectionneur Alejandro Sabella) le prive de son avant-dernière (?) chance de remporter le titre suprême.


De son côté, l’Allemagne a été fidèle à ce qu’on attendait d’elle. L’époque de son froid réalisme révolue, elle aussi a tourné autour du pot, avec Benedikt Höwedes en boulimique de feuille de match. Mais l’un de ses plus beaux atouts a fini par faire la différence. Pourvue d’un banc d’une incroyable qualité dans le domaine offensif, elle a pu se permettre de garder plusieurs atouts au chaud. Et c’est l’un des plus jeunes, un triple champion national au visage d’adolescent, qui a fait la différence quand le terrain devenait un grand tapis de lutte. Mario Götze, qui avait raté la finale de la Ligue des champions 2013 sur blessure, a mis le but d’une vie. Dix-huit ans après le dernier trophée, le dicton de Gary Lineker va connaître une deuxième vie.

 

 

 

 

La nalyse : l’indécision jusqu’à la décision


Une finale appelle la désignation de héros. Mario Götze, du haut de ses vingt-deux ans, en a enfilé le costume sans frémir à la 113e minute. D’une superbe action mêlant technique et sens du but, un peu comme l’auteur du centre, Andre Schürrle, face au Brésil, il a fait basculer son pays dans l’euphorie. Mais pour le reste, ce sont les hommes de l'ombre qui ont brillé, contribuant à l'indécision tenace de la rencontre.
 

Mascherano et Schweinsteiger au combat

Côté argentin, Javier Mascherano a une nouvelle fois été remarquable devant la défense, harceleur infatigable et organisateur reculé, à un poste qu'il a pourtant délaissé depuis longtemps en club. Son homologue allemand, Bastian Schweinsteiger, a été de tous les combats et sacrifices, délaissant parfois la grâce de son jeu de passes pour accomplir les tâches ingrates. Derrière lui, Jérôme Boateng a été un roc plus solide qu'attendu, impeccable dans ses anticipations et plein d'autorité jusqu'au bout de la prolongation, alors que son compère Mats Hümmels tirait sérieusement la langue.
 

En prolongation, justement, l'Allemagne sembla d'abord la plus atteinte physiquement, proie facile des contres menés par des attaquants adverses frais… Mais Lionel Messi n'était alors plus que l'ombre de l'accélérateur qui avait martyrisé Hümmels en première période sur quelques offensives tranchantes. Hormis une poignée d'éclairs, la Pulga – qui sera pourtant élu meilleur joueur de la compétition – est passée à côté de sa finale, dont on disait qu'il pourrait la faire basculer sur une action. L'Albiceleste a tout de même eu les occasions de l'emporter sur des attaques rapides ou des erreurs défensives allemandes. Le plan eut été parfait sans la maladresse de ses attaquants (dix tirs, aucun cadré).

 


 

De la chance dans le coaching

L'Argentine n'a pas livré bataille pour la possession, concentrant ses forces sur l'impact physique dans les duels et un quadrillage défensif efficace, avec une défense basse et regroupée sur laquelle la Nationalmannschaft a longtemps buté. Alejandro Sabella avait visé juste en titularisant Ezequiel Lavezzi à droite pour profiter des lacunes de Benedikt Höwedes, et Enzo Pérez à gauche pour contenir les montées de Philipp Lahm. Les entrées de Sergio Agüero (46e) et Rodrigo Palacio (78e), déjà étranges sur le moment, ont été bien moins heureuses.
 

Les plans de Joachim Löw ont, eux, été contrariés à plusieurs reprises. D'abord avec le forfait de dernière minute de Sami Khedira – excellent jusque-là –, qui a contraint le sélectionneur allemand à lancer l'inexpérimenté Christoph Kramer, vingt-trois ans et quatre sélections avant la rencontre, dans l'entrejeu. Puis avec le KO de ce même Kramer, qui sera d’ailleurs un mal pour un bien. Car l'entrée d'Andre Schürrle a apporté une percussion par le dribble bienvenue en attaque placée, ainsi qu'une présence supplémentaire face à la défense argentine. L'attaquant de Chelsea a été l’un des Allemands les plus dangereux (2 tirs, 2 "key passes" – passes menant à un tir). Il est l’auteur d’un centre piqué en bout de course d’une justesse exceptionnelle sur le but de la délivrance d'un autre entrant, Mario Götze.
 

Cette finale a certes parfois manqué de rythme et ses acteurs ont été avares en coups d'éclat. Mais par leur engagement – parfois à la limite – de tous les instants, l'imprévisibilité du scénario, le suspense dans un contexte tellement particulier (l’Argentine en position de gagner chez le rival brésilien, première finale de Messi, consécration du projet allemand...), les protagonistes l'ont rendue belle. Son vainqueur, impressionnant dès son entrée en lice face au Portugal (4-0) et plutôt régulier par la suite, trouve ici une récompense à la hauteur du projet mis en place depuis près de dix ans.

 

 

 

 

 

Vu du forum


=>> magnus - 21h24
Il veut pas se reconvertir en milieu défensif, l'arbitre Rizzoli? Il est sur toutes les trajectoires!
 

=>> Belmondo Bizarro - 21h49
Je trouve les Allemands beaucoup mieux depuis la rentrée de Schürrle. Quand Löw va faire entrer Götze pour Klose les Argentins vont s'en vouloir de pas avoir concrétisé leurs quelques occasions.
 

=>> magnus - 22h26
Après avoir brillamment imité Cyril Chapuis au match précédent, Aguero incarne aujourd'hui Cyril Rool. Pour vos cosplays de Ballons de Plomb, appelez El Kun.
 

=>> Full Metal Caennais - 22h44
Si ça se trouve c'est le réalisateur qui envoie ses gosses envahir le terrain pour pouvoir laisser sa liberté créative s'exprimer.
 

=>> Joey Tribbiani - 22h47
Aguero il est comme le H dans Higuain. Il sert à rien.


=>> magnus - 23h05
Ah il fait moins le malin Messi face à Gago, qui marche plus et mieux que lui!
 

=>> Freddy - 23h44
Je serais Ulli Hoeness, je profiterais de la soirée pour me faire la belle.
 

=>> Rolfes Reus - 00h04
Bon, pour accepter de faire un câlin à Merkel, Blatter et Valcke, il faut au moins une Coupe du monde à la clé.
 


Les titres auxquels vous avez échappé

“Teuton Macoute“
“Schürrle sur la tête de ta mère“
“L’Argentine tombe à Löw“
“Dévoué corps et Lahm“
“La médaille d’Argentine“
“La fin de Sabella venture”
“Germains, les lynx”
 

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