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Pierre Martini

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Les Bleus en finissent avec 2002

Fernandez déjà sur la corde raide

Le PSG est-il reparti en chasse-neige sur sa mauvaise pente hivernale, au risque de ne jamais décrocher sa troisième étoile, ou bien Luis Fernandez mettra-t-il à terre la horde de mécréants qui lui veulent du mal? Alea jacta est (les aléas font jacter).
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Est-ce donc l'heure de la crise saisonnière pour le PSG? Ce qui était au départ une figure de style ou un gag devient un vrai rituel. Comme il est difficile de croire à une malédiction (le Camp des loges n'a pas été bâti sur un ancien cimetière indien), et alors que les effectifs et les staffs ont été renouvelés de fond en comble sur plusieurs saisons, comment expliquer la récurrence de ce phénomène? Est-ce la croyance en cette malédiction qui la fait devenir réalité, s'insinuant dans les esprits des joueurs comme un virus auquel ils succombent, victime d'une prophétie auto-réalisatrice? (1) Il y a effectivement quelques similitudes de saison en saison, comme ces "matches-référence" qui marquent en fait le début du déclin, à l'image de deux PSG-OM de suite soldés par une victoire mais suivis d'un patinage pas très artistique. D'autres facteurs peuvent expliquer cette subite fragilisation à l'approche des frimas, comme cette non moins mystérieuse force d'attraction que représenterait la capitale, avec ses innombrables lieux de luxure et de débauche qui détournent les joueurs de leur hygiène de sportifs (ce qui expliquerait aussi les succès de Guingamp, Sochaux ou Auxerre). Mais laissons de côté l'ésotérisme pour ne s'intéresser qu'à cette saison.

Fernandez peut se montrer ironique en salle de presse envers la foule des lendemains de crise, mais il évolue désormais dans une ambiance délétère et doit de nouveau faire face à des procès personnels, ce qui ne va pas arranger sa paranoïa. Tout le pool Amaury semble en effet fondre sur lui comme la misère sur les pauvres gens (2), de L'Equipe à L'Equipe TV en passant surtout par Le Parisien, l'affaire prenant le tour d'une guerre ouverte entre le quotidien et l'entraîneur. Le journal s'en donne ainsi à cœur joie, reprenant à la faveur d'une mauvaise série une mise en cause commencée très tôt dans la saison (voir Le PSG peut-il survivre à Vivendi et à Fernandez?). Il y a des journalistes qui ne sont jamais autant dans leur élément que lorsque les situations tournent au saumâtre. Cette fois, c'est l'angle "tension avec Ronaldinho" qui est privilégié pour discréditer le coach, s'appuyant sur l'image d'un Fernandez qui semble effectivement avoir des difficultés relationnelles avec les stars, et dont on peut se demander s'il a les qualités pour diriger un club comme le PSG (voir Fernandez, incompréhensible ou incompris?). Dans le numéro de dimanche, le Brésilien était annoncé comme partant dès le mercato, après avoir quitté le terrain "au bord des larmes" devant tant "d'incompréhension". Notez bien qu'auparavant, les mêmes journalistes avaient pris soin de distiller l'information selon laquelle Ronaldinho appréciait les charmes nocturnes de Paris (il peut être utile de se reporter à la leçon 10 de notre Académie de journalisme sportif, sur le racolage). Le quotidien francilien devrait cependant rester prudent, car comme l'a dit le principal intéressé, c'est à la fin de la foire que l'on compte les bœufs (en fait, il a dit "c'est à la fin du bal qu'on paye les musiciens"), et compte tenu des incertitudes que recèle le classement actuel, un redressement est loin d'être exclu. Ce n'est pas grave, on séparera le bon grain de l'ivraie après avoir moulu le tout. Toutefois, manières mises à part, ces procès ne sont pas infondés, et c'est bien là le drame du PSG. L'illisibilité des choix de Fernandez est croissante, le rythme infernal de ses changements tactiques et de ses expérimentations ne faiblissant toujours pas. Pire, vendredi soir contre Nantes, l'équipe a une nouvelle fois montré sa profonde incapacité à faire la différence et son manque général de ressources aussi bien morales que tactiques ou individuelles. Voilà qui n'augure rien de bon pour la suite du championnat, alors qu'une troupe de Diafoirus va diagnostiquer la crise, guetter les faux-pas, insinuer le doute et stimuler les ressentiments.

Le visage du bonheur. A l'arrière plan, un supporter atterré a préféré rester anonyme
Si la saison passée, le Luis présentait des symptômes franchement inquiétants quant à son équilibre mental, son stage dans les tribunes avait apparemment restitué un homme apaisé, prompt à donner des signes de sagesse. Las, c'est le moment que choisi Le Parisien pour sortir opportunément "l'affaire, portée à notre connaissance ce week-end, [qui] remonte au PSG-Sochaux (1-1) du 9 novembre", au terme duquel Guy Lacombe et Luis Fernandez seraient allés au bord de l'altercation, front contre front (ce qui a valu ce bon mot du président doubiste Jean-Claude Plessis: "Luis est plus fort de la tête que de l'intérieur de la tête"). Atteint d'un syndrome de persécution médiatique, Fernandez est peut-être en voie de lemerrisation. Il ne se réfugie cependant pas dans le mutisme, épuisant une incroyable série d'excuses ces derniers temps, stigmatisant par exemple ces visiteurs qui refusent le jeu au Parc des princes. Après avoir eu "honte" pour Sochaux, il a pu éprouver le même sentiment face à une équipe nantaise déterminée à faire un résultat. Maintenant, bien qu'arrivé à Paris il y a presque deux ans, il évoque désormais le "temps" qu'il faut aux équipes pour se construire. Ça ressemble à un dernier remblais érigé en hâte, et qui ne résistera pas longtemps si la digue doit rompre. L'entraîneur parisien avait manifestement toutes les cartes en main pour jouer le titre dès cette saison, ou tout du moins présenter un projet sportif clair (comme le réussit Perrin à Marseille, avec des résultats pourtant irréguliers, mais conformes au potentiel de son groupe). Et il ne pourra longtemps faire abstraction du contexte politico-économique qui entoure l'avenir du club, dont il compromettrait gravement l'avenir en cas d'échec. Vivendi's watching you, too. Allons, la route est encore longue, et même abondamment bombardée, elle peut encore réserver des surprises. Cela donnerait de l'intérêt au parcours du PSG, parce que le suspens d'une rediffusion des saisons précédentes serait parfaitement nul. (1) Exemple (grossier) de prophétie auto-réalisatrice, assertion qui induit des comportements à même de la rendre réelle: "si tu travailles mal à l'école, tu finiras en prison", dit-on à l'enfant qui s'en convaincra et finira mal (le concept de self-fulfilling prophecy est dû au sociologue américain Robert K. Merton, il a été abondamment réemployé par des disciplines et des courants intellectuels très différents). (2) "Misère, misère, c'est toujours sur les pauvres gens / Que tu t'acharnes obstinément / L'argent, ne fait pas le bonheur des pauvres etc." (Coluche).
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