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Le replay - épisode 21

FC Porto, colheita 2010-2011

Le foot est un sport qui se joue à onze contre onze, et c’est le FC Porto qui gagne à la fin (dicton populaire portugais de la fin du XXe siècle).
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Nos lointains cousins un peu débiles des Cahiers du Catch n’ont pas oublié que leurs premières amours sont le football et les discussions de supporters où la mauvaise foi est toujours de mise. Ils reviennent pour nous sur la fantastique saison du FC Porto. Et sur les déboires de l’ennemi intime, le SL Benfica.

 * * *

"Exceptionnel", "historique", "légendaire", les superlatifs manquent au moment d’évoquer la saison hors du commun d’un FC Porto dirigé de main de maitre par son jeune entraineur surdoué, le remarquable André Villas-Boas. Supertaça Cândido Oliveira (l’équivalent du Trophée des Champions français), Championnat, Ligue Europa et Coupe du Portugal, les Dragons ont tout gagné ou presque, puisque ne manque à leur palmarès 2010/2011 que l’insignifiante et peu mature Coupe de la Ligue, laissée en pâture comme un vieil os à ronger à l’éternel rival, le malheureux SL Benfica. Retour sur une saison en tous points extraordinaire, jouissive et prometteuse de lendemains qui chantent.


Le meilleur Porto de tous les temps?


Si comparaison n’est pas raison, la tentation est grande de mesurer le talent de cette cuvée si spéciale à l’aune de ce que les glorieux anciens du club du nord du Portugal ont réalisé en leur temps. C’est tout du moins le petit jeu auquel les commentateurs spécialisés (comprendre les quelque dix millions d’habitants du pays) se prêtent depuis quelques semaines avec plus ou moins de bonheur, dans les tribunes des journaux sportifs, lors des nombreux "On refait le match" locaux ou plus généralement, au comptoir de tous les cafés portugais. C’est d’ailleurs le président du FC Porto en personne, le contesté et truculent Jorge Nuno Pinto da Costa, qui a ouvert les hostilités en affirmant que cette équipe était au moins du niveau de celle de 1987, pourtant sacrée championne d’Europe à Vienne par la grâce du talon de Madjer, et vainqueur de la Supercoupe d’Europe et de la Coupe Intercontinentale dans la foulée.

Suggérer que le groupe d’André Villas-Boas pourrait bien être supérieur à celui d’Artur Jorge est loin d’être anodin lorsque l’on sait à quel point cette équipe est devenue un véritable mythe dans l’histoire du FCP après avoir remporté, et de quelle façon, le tout premier titre international du club. Ce faisant, le président place également, de façon implicite, les jeunes héros de 2011 au-dessus du groupe qu’emmena le charismatique José Mourinho aka "le meilleur entraîneur du monde" (du moins au Portugal) sur le chemin du sacre européen, confirmant au passage que les conditions du départ de l’actuel coach du Real Madrid sont restées en travers de la gorge de Pinto da Costa, aussi surement qu’une arête de bacalhau sournoise.


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Depuis quelques semaines, on l’appelle le Special Two.


L'année des records

Ces éloges dithyrambiques pourraient paraitre excessifs pour un observateur extérieur peu au fait des réalités d’un championnat portugais vivant au rythme des rivalités qui opposent ses "trois grands" (variante locale du Big Four anglais et qui concerne le FC Porto, le SL Benfica et le SC Sporting). Ils sont pourtant assez facilement justifiables, car au-delà des titres glanés cette année, le FC Porto a survolé son championnat, battu bien des records et offert de surcroît à ses supporters ce qu’ils aiment le plus au monde après la victoire de leur équipe: l’humiliation du grand rival lisboète, le SL Benfica.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: meilleure attaque (73 buts marqués en trente matches) et meilleure défense (16 buts encaissés), aucune défaite en championnat (trois matches nuls seulement), ce qui n'était plus arrivé depuis 1973 et a fort peu de chances de se reproduire à l’avenir; les deux premières places du classement des buteurs (Hulk avec 23 buts contre 16 pour Falcao), 21 points d’avance sur le deuxième, le déliquescent SL Benfica, autre record national, et 36 sur le troisième, le moribond SC Sporting; Radamel Falcao, le Colombien volant, sacré meilleur buteur de l’histoire de la Coupe de l’UEFA / Ligue Europa avec 17 buts, détrônant au passage Jurgen Klinsmann; André Villas-Boas plus jeune entraineur à décrocher un titre européen (à seulement trente-trois ans), le tout en se payant le luxe de passer dix buts au Spartak Moscou et sept à Villarreal… n’en jetez plus, la coupe est pleine!


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Eleven guys, one Cup.



Les humiliations du rival

Et puis, il y a toutes les cerises sur le gâteau d’une année exceptionnelle, des cerises aussi rouges que le maillot de l’éternel adversaire honni, ridiculisé à de si nombreuses reprises tout au long de la saison pour le plus grand plaisir de toutes celles et ceux qui vouent au SLB une haine aussi irrationnelle que tenace (c'est-à-dire une bonne moitié du pays). Car si la saison qui vient de s’achever avait commencé de la meilleure des façons pour nos héros (victoire 2-0 contre le Benfica lors de la Supertaça Cândido Oliveira le 7 août 2010), rien ne laissait présager que le FC Porto serait à ce point supérieur au précédent vainqueur de la Liga portugaise, pourtant "pré-sacré champion" et affublé du qualificatif pompeux de "détenteur du plus beau jeu" par la quasi-totalité de la presse sportive et des dirigeants benfiquistas, et ce avant même que ne débutent les hostilités 2010/2011.

Las, les Bleus et Blanc n’auront eu de cesse de contester cette hégémonie autoproclamée, infligeant même camouflet sur camouflet au club abhorré, et plongeant dans la désolation la petite moitié du pays supportant encore le club peinant à évoluer au Estádio da Luz. Car de lutte, il n’y eut point ou presque et les derniers rêves du Benfica de réaliser le "bi" (deux championnats de suite) s’envolèrent définitivement un soir de novembre 2010, lorsqu’à l’occasion de la dixième journée de la Liga, un Hulk intenable fit l’amour à toute la défense benfiquista et fut le grand artisan de l’humiliant et incontestable 5-0 infligé au rival exécré. La messe était dite: même s’il restait encore vingt journées et soixante points en jeu, l’adversaire était psychologiquement sur les rotules et ne se relèverait jamais. Nous ne le savions pas encore, mais cette déroute n’était que la première d’une longue liste d’avanies pour l’équipe entraînée par Jorge Jesus.


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Encore une agression sexuelle impunie: "Oui, je confirme. Hulk m’a fait l’amour toute la nuit, sans mon consentement. Je n’ai pas eu le courage de porter plainte et je me suis enfui à Chelsea."


Éteins la lumière, montre moi ton côté sombre

Au moment de désigner ce que fut l’épisode le plus avilissant pour le Benfica cette année, dans le cadre de sa guéguerre contre le FC Porto, le doute nous ronge tant les vexations furent nombreuses et rythmèrent cette saison maudite du SL Benfica. Que choisir? Le titre mathématiquement acquis par Porto au Estádio da Luz à l’issue de la 25e journée et d’un 2-1 infligé au SLB? Avouons que célébrer le gain du championnat dans le stade de son rival donne à la fête une saveur toute particulière (l’auteure y était et en témoigne), d’autant plus qu’elle fut l’occasion pour le concurrent défait de démontrer toute l’étendue de son fair-play légendaire.

Flash-back: nous sommes le dimanche 3 avril, au Estádio da Luz, aux alentours de 22 heures. Le FC Porto vient de s’imposer face au Benfica grâce à deux buts de son prodige brésilien, le bien-nommé Hulk, et ne peut désormais plus être rattrapé au classement. Les joueurs de Porto font la fête sur la pelouse et commencent à célébrer leur victoire comme il se doit, lorsque la direction du SLB fait éteindre la lumière dans le stade, au mépris de la sécurité des supporters et des policiers mobilisés pour l’occasion, et ordonne d’allumer le système d’arrosage automatique de la pelouse… Ce qui n’empêchera pas l’équipe d’André Villas-Boas de poursuivre les festivités, bien au contraire. Interrogé à ce propos, c’est avec classe, hauteur et dignité que réagit l’entraineur du club abattu: "Je ne suis pas électricien", affirme-t-il maladroitement. Le mal était fait: le lendemain matin, une bonne moitié du pays en rigolait encore tandis que l’autre moitié pleurait de honte.


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On a mal interprété les responsables du stade. Le FMI pointant le bout de son nez, l’heure était déjà aux économies d’énergie.


L’histoire ? Un éternel recommencement


À l’instar du FC Barcelone et du Real Madrid, les deux éternels rivaux portugais se sont beaucoup affrontés cette saison, puisqu’à leurs deux matches réglementaires de championnat, il faut ajouter la Supertaça Cândido Oliveira ainsi que les deux rencontres comptant pour les demi-finales de la Coupe du Portugal. Un calendrier bancal et certainement sorti d’un cerveau malade prévoyait que le match retour devait se tenir le 20 avril, alors que l’aller datait déjà du 2 février. Et pour tout le monde, la messe était dite: contre toute attente, le SL Benfica s’était imposé 2-0 au Dragão, l’antre de son adversaire, et même les plus optimistes n’imaginaient pas que le FC Porto puisse s’imposer par deux buts d’écart en marquant au moins trois fois – d’autant plus que se profilait à l’horizon une importantissime demi-finale aller contre Villarreal, à peine une semaine plus tard. La cause était donc entendue pour presque tout le monde, sauf pour André Villas-Boas qui aligna ce soir-là son équipe type et confia à son président que son équipe allait abattre une fois de plus, sur son terrain, le concurrent détesté. Il suffit d’une accélération de Porto en deuxième mi-temps pour crucifier Jesus et son Benfica en pleine déréliction. En quinze minutes, l’affaire était pliée et les trois buts marqués (Moutinho, Hulk et Falcao).

Les pleurs des enfants, les hurlements de femmes hystériques et tous les "caralho" du monde n’y firent rien, pas plus que le but d’Oscar Cardozo à dix minutes de la fin. Le peuple benfiquista nageait en plein cauchemar. Les joueurs du FC Porto, eux, profitaient de l’occasion pour faire une fois de plus la teuf sur la pelouse de leur adversaire. Sans coupure de courant ni arrosage automatique, mais c’était sympa quand même.


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"Jesus crucifié", j’ai pas tout compris mais je crois qu’ils se foutent de ma gueule…


Annus Fantasticus

Voilà qui préparait à merveille la demi-finale contre Villarreal... La suite, vous la connaissez. Le FC Porto s’imposa sans trembler face à Villarreal dont on louait la qualité de jeu mais qui explosa en vol dès le match aller en s’inclinant lourdement (5-1). Un quadruplé de l’insaisissable Falcao et un but de Freddy Guarin plus tard, le sous-marin jaune avait sombré corps et âme et le FC Porto tenait enfin sa finale de Ligue Europa, sept ans après son triomphe de Gelsenkirchen. La finale fut loin d’être la formalité annoncée, la faute à un FC Porto un peu emprunté et à un Sporting Braga redoutablement bien organisé. Il aurait d’ailleurs été surement plus simple pour l’équipe d’André Villas-Boas d’affronter le SLB en finale (et plus excitant aussi, car la perspective de priver de titre européen le rival abominé n’avait pas de prix), mais il était écrit que 2011 serait une véritable annus horribilis pour les benfiquistas.

Leurs rêves de finale et de titre européen s’envolèrent à Braga, victorieux 1-0 au match retour après s’être incliné 2-1 au match aller. Sur le sujet, les supporters du FC Porto sont néanmoins partagés entre la joie de voir le Benfica tomber sous les coups de boutoir d’une équipe portugaise ne faisant pas partie des trois "grands" (ne mésestimez pas ce que cela représente, aucun Benfiquista ou presque n’envisageait la défaite et certains d’entre eux avaient déjà en poche leur réservation pour Dublin, avant même que le match aller ne se joue), et le bonheur qu’aurait signifié une nouvelle victoire du Porto contre le Benfica, mais en finale de Ligue Europa cette fois-ci.


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Club de foot désespéré recherche aigle déprimé et suicidaire qui s’est enfui de son domicile un soir de défaite. Pas de récompense, les caisses sont vides.


Une affaire de prestige national


Une fois la Ligue Europe en poche, les artisans de ce nouveau triomphe européen n’eurent guère le loisir de se reposer sur leurs lauriers fraîchement acquis, puisque quatre jours à peine séparaient cette conquête continentale du tout dernier match de la saison: la finale de la Coupe du Portugal contre le Vitória de Guimarães. Malgré la fatigue accumulée, un double enjeu préservait la motivation pour cette ultime confrontation de la saison. En effet, en cas de victoire, ce nouveau titre ne serait pas un titre comme les autres puisqu’il permettrait au club de Pinto da Costa de réaliser un exploit que personne n’aurait pu prévoir il y a de cela une vingtaine d’années: dépasser le mythique Benfica, le "Glorioso" (le "glorieux", humble et passéiste surnom du SLB), l’autoproclamé "plus grand club du monde" en nombre de trophées conquis.

Et en ce bel après-midi ensoleillé, le groupe entrainé par Villas-Boas ne fit pas les choses à moitié, écrasant littéralement son infortuné adversaire qui repartit avec six buts dans la musette… Guimarães s’écroula finalement et logiquement sous les coups de boutoir d’Hulk et du très jeune Colombien (dix-huit ans) au visage de poupon et ô combien talentueux, James (prononcez Rrrrramesse) Rodriguez, auteur d’un triplé annonciateur de lendemains qui chantent. 6-2, le score est sévère mais reflète parfaitement la domination sans partage exercée par les Bleu et Blanc cette saison.

Bouquet final d’un feu d’artifice commencé le 7 août 2010 avec la victoire contre le SLB à l’occasion de la Supertaça Cândido Oliveira, le FC Porto est désormais le club le plus titré de l’histoire du foot portugais (69 titres contre 68 pour le SL Benfica), malgré la mauvaise foi de certains Benfiquistas qui se sont opportunément souvenus du gain d'une certaine Taça Latina en 1950 pour tenter de retarder une échéance jugée infâmante. N’en déplaise aux mauvais coucheurs en maillot rouge, le FC Porto est bel et bien au sommet de l’Histoire du football au pays de Camões, Fernando Pessoa et Cristiano Ronaldo.


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Camões? Fernando Pessoa? Non, je vois pas. Ils jouent dans quel club?

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