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Falcao : « Je suis un combattant »

Invité : Líbero – De retour à Monaco, l'attaquant colombien a marqué pour son premier match officiel de l'année, mercredi. L'occasion de se replonger dans une interview d'il y a un an et demi pour en apprendre davantage sur lui.

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Titre original: "Soy un luchador", publié dans la revue Líbero #11, hiver 2014-2015.
Texte: Lorena González
Photos : John Peters
Traduction: Rémi Belot

 

*     *     *

 

Quels sont vos premiers souvenirs de football?
Le Mondial 94 a beaucoup marqué les Colombiens, c’est le premier que j’ai pu suivre et surtout ça m’a permis de mesurer l’ampleur d’une telle compétition. Nous avons tous été affectés par la mort d’Escobar [1]… Tout cela a marqué un avant et un après. Cela a coïncidé avec une époque de grande violence dans notre pays, et cela a démontré le niveau de folie dans lequel nous vivions alors. Pour autant, moi je vivais avec ma famille au Venezuela, mais nous avions quand même des informations, la famille nous appelait pour nous raconter… d’autant que c’est un pays voisin, et que nous nous sentions proches de tout cela. D’une certaine manière, les Colombiens se sont quasiment habitués à vivre ainsi. Après 94, les choses se sont progressivement apaisées.

 

(…)

 

Comment s’est passée votre enfance?
J’ai toujours vécu à droite ou à gauche, depuis tout petit j’ai toujours été un étranger là où j’étais, le nouveau du collège…Tout cela a finalement été une phase de préparation pour tout ce que j’allais découvrir par la suite. Je le ressentais déjà au travers de la vie de mon père [2] qui vivait ce que je souhaitais moi-même vivre un jour. C’était une forme de préparation à ce que j’allais découvrir en Argentine, en Espagne… Et m’adapter plus vite.

 

 

Comment vit un enfant de treize ans qui débute en 2e division colombienne, avec des joueurs deux fois plus âgés que lui?
Il y avait une règle qui disait que seul un joueur de moins de seize ans pouvait évoluer en équipe première, et donc mon but était d’être celui-là. J’ai joué peu de temps, mais j’en ai profité. Je pensais surtout au fait d’essayer d’en profiter un maximum, plus qu’au match lui-même, et au fait que j’évoluais avec des types plus grands que moi et déjà professionnels.

 

Vous saviez, ou vous sentiez, que vous alliez vivre du football?
J’étais convaincu de vouloir être professionnel, mais on n’a jamais la certitude de réussir, j’en ai croisé beaucoup qui avaient plus de talent que moi, mais qui sont restés sur le bord de la route. En la matière, le travail et la persévérance sont plus importants que le seul talent. Je savais très clairement ce que je souhaitais, peut-être que d’autres étaient moins convaincus que moi et n’ont pas réussi à atteindre leur objectif.

 

Et River Plate est arrivé… [3]?
Cela a été une période très dure. Au début j’étais très content, car l’un de mes objectifs était de jouer en Argentine. Mais le chemin n’a jamais été facile, j’ai traversé beaucoup de moments compliqués, beaucoup de situations dans lesquelles je n’étais pas à l’aise, j’ai dû vivre pendant quatre ans dans une résidence avec 80 personnes, je ne pouvais pas faire ce que je voulais, je devais respecter de nombreuses règles, les horaires, le régime alimentaire avec peu de marge de manœuvre… Mais c’est un effort que j’ai décidé de faire pour accomplir mon rêve, et je pense que ces années ont valu la peine, même si j’ai perdu beaucoup de moments propre à cet âge-là.

 

Et concernant cette maudite blessure de 2006? (une rupture des ligaments croisés du genou droit)
Cela a été la plus difficile, la plus dure à vivre. Par chance, mes parents vivaient avec moi en Argentine, et ça m’a facilité les choses, même si l’incertitude planait toujours sur la façon dont ça allait se résoudre. J’étais jeune, je prenais cela de façon optimiste, toujours dans l’idée d’aller de l’avant. J’ai beaucoup travaillé, ça m’a coûté beaucoup pour revenir, m’habituer… cela a été très compliqué, pas seulement en raison de la durée de la blessure, mais parce que cela m’a demandé beaucoup de temps pour me sentir à nouveau à l’aise avec le ballon. Je ne me sentais pas en harmonie avec moi-même, comme si quelque chose en moi avait changé, d’un point de vue physique. Il m’a fallu quasiment un an et demi pour revenir à mon niveau normal.

 

Quand il arrive quelque chose comme ça, on ne perd pas la foi?
Si, bien sûr. On commence à se demander le pourquoi du comment. Dans la vie tout ne se passe pas toujours bien, et c’est dans ces moments-là qu’on s’interroge sur sa foi. Je me demandais pourquoi ça m’était tombé dessus. Mais j’ai appris que ce genre d’épreuves est faites pour corriger et améliorer des choses dans ta vie. C’est un enjeu personnel de découvrir laquelle. Au final, j’ai toujours trouvé la réponse. D’un point de vue spirituel, j’ai le sentiment d’une relation avec Dieu qui n’existe qu’entre lui et moi, et qui m’oriente pour savoir comment je dois m’améliorer et me renforcer. Ce que des gens extérieurs ont pu percevoir comme quelque chose de négatif était en fait pour moi quelque chose de salvateur.

 

 

« Ça me fait rire quand les gens se demandent pourquoi je ne suis pas allé là, ou pourquoi je ne suis pas resté ici, comme si un footballeur pouvait décider de l’endroit où il travaille. »

 

 

Chacun d’entre nous a quelque chose de spécial. Qu’est-ce qui vous différencie des autres?
Ma persévérance, ma foi, savoir que les choses vont finir par arriver. C’est mon point fort. Je m’appuie sur la présence de Dieu, ma foi en Jésus Christ m’aide à ne pas renoncer en de multiples occasions. Quand je ne vois pas d’issue, il me rappelle que la voie apparaîtra au moment opportun.

 

(…)

 

Falcao, « l’espoir de la Colombie » pour beaucoup de gens…. C’est une responsabilité ou une pression pour vous?
Cela dépend. Parfois cela a pu me mettre la pression mais à d’autres je n’y ai pas prêté attention. J’aime me sentir important dans les projets auxquels je participe, cela signifie que ce que je fais est utile pour ceux avec qui je travaille. Je pense toujours à ce que je peux réaliser dans le football, mais ma personnalité n’est pas différente entre celui que je suis dans le football et en dehors du football. J’essaye d’être celui que j’ai toujours été. Il y aura toujours des critiques, mais si elles sont respectueuses, il faut les accepter, même si elles sont négatives. Si la critique est juste elle ne peut pas te blesser.

 

À quoi avez-vous renoncé pour cette vie-là?
À avoir une vie normale comme celle de n’importe quel citoyen. J’aimerais pouvoir aller faire du shopping à Bogota comme n’importe qui, marcher dans la rue, aller à la plage, des choses que je ne peux pas faire…

 

Vous admirez quelqu’un en particulier?
Je n’admire personne en particulier, parce que nous faisons tous des erreurs à un moment ou un autre. Il faut admirer des faits, des actes, par l’ensemble d’une personne car nul n’est parfait. Je préfère me concentrer sur une qualité en particulier.

 

 

Monaco, une vitrine du luxe… vous vous sentiez à l’aise là-bas?
Au début j’étais impressionné. Ensuite je me suis habitué, et je ne vais pas juger des personnes qui ont autant d’argent et s’offrent une telle vie de luxe. Je ne suis personne pour juger ainsi. On y voit des choses extravagantes mais cela semble normal pour ceux qui ont autant. Quant à moi, j’ai beaucoup travaillé pour pouvoir profiter de ce que j’ai, je peux m’acheter la voiture dont j’ai toujours rêvé, les vêtements…

 

Où avez-vous été le plus heureux?
J’en ai profité partout. À chaque étape de ma vie j’ai essayé de le faire, jusqu’à ce que je me sente accompli dans le cadre de ma profession. Sans doute que les plus beaux moments de ma carrière ont été en Europe, aussi bien à Porto qu’à l’Atlético de Madrid. Je me sens très fier de ce que j’ai accompli là-bas.

 

Vous saviez que l’Atlético ne serait qu’un club de passage?
Je savais que ce serait difficile de rester en raison du projet sportif et de la situation économique que le club traversait alors. On entendait partout que le club comptait me vendre en fin de saison donc forcément je m’en rendais compte. Dès les premiers mois je savais que je ne resterais pas au club très longtemps.

 

Le footballeur est maître de son destin?
Non, pas du tout. Parfois ça me fait rire quand les gens se demandent pourquoi je ne suis pas allé là, ou pourquoi je ne suis pas resté ici, comme si un footballeur pouvait décider de l’endroit où il travaille. Et moi je disais aux journalistes: pourquoi vous ne travaillez pas pour CNN ou ESPN? C’est la même chose dans le football. C’est très rare d’avoir le choix d’aller à un endroit plutôt qu’à un autre. J’ai vécu tant de fois des situations dans lesquelles je n’ai pas pu choisir la destination que je souhaitais. Je voulais jouer quelque part et au bout du compte je me retrouvais ailleurs.

 

(…)

 

C’est quoi un but pour vous?
C’est l’expression la plus belle du football, la joie. C’est ce que l’on peut ressentir de plus fort, il n’y a pas de mot. Une excitation inexplicable.

 

La vie?
Un don de Dieu.

 

La Colombie?
La passion.

 

Et Radamel Falcao?
Un combattant.

 

[1] Andrés Escobar, un footballeur colombien assassiné à Medellin après avoir marqué un but contre son camp qui a éliminé la Colombie de la Coupe du monde 1994.
[2] Défenseur central en 1e division colombienne et vénézuelienne.
[3] Premier club de Falcao, où il est arrivé à l’âge de seize ans.

 

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