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Kevin Quigagne

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Top 10 : les presque internationaux

Faites entrer l'accusé : Omer Riza

Christophe Hondelatte a accepté de faire des piges pour les Cahiers du foot: il retrace le parcours criminel d'un tueur de surface turc.

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[bande-son Faites entrer l’accusé]
Hondelatte de dos, pointe du doigt la photo du coupable et commence son récit.

 

Omer Riza. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais ce tueur turc de zone de vérité, de calibre international a sévi de nombreuses années parmi l’élite du grand banditisme de surface avant de dégringoler vertigineusement et de tomber il y a peu.

 

Jeunesse passée dans la dure et impitoyable banlieue nord de Londres, où il se fait rapidement repérer par le capo local, Arsène Wenger, dit Arsène le Frog. Après une période initiatique où il doit faire ses preuves parmi la faune locale (mitraillage du But local, dynamitage de surfaces, etc. – il échappe même à quelques agressions et attentats des stoppeurs de gangs rivaux), il se fait un nom et est jugé apte au service parmi les durs. Il est le petit jeune qui monte dans le milieu et, à ce titre, est souvent la cible qui faut descendre.

 

 


Débuts avec Pat le dessoudeur

Riza intègre officiellement le "posse" local en 1998, le redoutable Gang des Gunners. En guise de rite d’initiation, il est envoyé dans les maternelles du coin avec pour mission de kidnapper tout suspect qui semble prometteur. Il reviendra avec deux garnements de six ans, jugés trop vieux par le capo. Il doit s’y reprendre à deux fois avant d’être adoubé. Une terrible épreuve qui le marquera.

Il s’accroche, veut montrer de quoi il est capable, et grimpe dans la hiérarchie des petites frappes porte-flingues. Il monte sur des coups à l’occasion, où il fait office d’artilleur. Certains dans le milieu parlent de lui comme successeur potentiel du caïd local, Ian Wright. Ce gang des Gunners est chevronné et d’envergure internationale. Il compte dans ses rangs la fine fleur de la pègre, tous inscrits au fichier européen du grand banditisme de surface: Vieira (dit Pat le dessoudeur), Anelka (Nico le muet), Bergkamp (Dennis le stratège), Kanu (Nunu l’asperge), Adams (Tony l’apéro), Petit (L’Écorcheur vif), Seaman (le Queutard au catogan), Overmars (le Grilleur ailé), Winterburn (le Boucher de Londres), Bould (le Coupe-jarret) ou encore Grimandi (Gillou l’Grimé).

 

En 1998, Interpopol signale Riza à Athènes où il participe à un hold-up en Ligue des champions. À Kiev, il est photographié sur un banc en compagnie d’autres membres du gang cachés sous des couvertures, on pense alors qu’il noue des contacts avec une notoire bande ukrainienne, le Gang des Postiches du Dynamo. Mais Arsène le Frog n’a plus confiance en Riza. Il est jugé fébrile et piètre tireur d’élite sur les grosses opérations. Riza sait armer son tir mais manque souvent sa cible.

 


[Changement de plan caméra. Travelling, au comptoir du bar de Faites entrer l’accusé. Dominique Rizet s’accoude au zinc en sirotant son Panaché]

 

CH : Dominique, parlez nous de ce Omer Riza, à l’époque.

DR : Et bien Christophe, Omer Riza est un jeune tueur de surface au sang chaud, un type athlétique et prometteur, très doué pour son âge et redouté car il sait déclencher les hostilités, mais très perso. Il a la gâchette trop facile et a tendance à dégoupiller très vite à l’approche de la cible adverse. Il se maîtrise mal et confond souvent vitesse et précipitation. Les psychologues de l’hôpital de la Pitié Salpétrin-Téléfootix qui l’ont examiné disent de lui qu’il présente le profil type du "narcissique psycho-rigide parano refoulé misanthrope à tendance schizo-dissociative dans les trente derniers mètres".

 

CH : Expliquez-nous ce charabia d’expert Dominique, on n’y comprend rien.

DR : C’est pourtant clair Christophe. "Narcissique" car Riza est excessivement perso et amortit souvent du nombril. "Psycho-rigide" car c’est un peu un chien fou inflexo-raide au point de ne pas savoir comment brosser ou enrouler. "Parano" car il pense toujours que c’est lui que le chef va engueuler. "Refoulé" car il se fait toujours contrer. "Schizo-dissociative" car il se prend souvent pour un autre au moment de commettre ses exactions. "Misanthrope" car il ne soucie nullement de son prochain, il allume et arrose sans discrimination, et les dommages collatéraux dans le public parmi les innocents sont souvent effroyables.

 

CH : Ses tendances "schizo-dissociatives", intéressant, pour qui se prend-il exactement?

DR : Et bien, il se prend pour trois personnes, selon les jours, et selon son degré de délire pathologico-psychotique. Selon le rapport d’expert que j’ai devant moi, il se prenait tantôt pour le grand caïd argentin Gaby le Rital, et tantôt pour une terreur de Londres surnommée Wrightie la Flambe. Et parfois aussi pour une troisième personne.

 

CH : Et qui est sa troisième personnalité?

DR : Là, Christophe, les experts consultés ne sont pas formels, mais ils ont entendu Omer Riza prononcer les noms de Bakayoko et Akinbiyi.

 

CH (éclatant de rire) : Cette dernière piste semble en effet coller aux faits et être la plus plausible. Rappelez-nous qui sont ces Bakayoko et Akinbiyi, des petites frappes de faubourg sans envergure?

DR : Ne riez pas Christophe, nos experts sont aussi consultants près la Cour d’Appel à tartes du 60 Bis Avenue d’Iéna. Pour ce qui est de Bakayoko et Akinbiyi, effectivement, ce sont des jambes cassées en déserrance mais le dossier est sensible et l’affaire est toujours en cours, donc je ne peux commenter.

 

CH : Oui, je vois, ils errent toujours. Au sujet de Riza, que décide alors de faire le capo Arsène le Frog?

DR : Et bien Christophe, Arsène le Frog décide que Riza est un électron libre devenu trop dangereux pour le gang. Il faut l’exfiltrer.

 

[Hondelatte remercie chaleureusement Rizet pour ces détails intrigants et poursuit son récit]

 

 

Nous sommes en 1999, Riza est envoyé en Hollande. Chez les Bataves, Riza monte en puissance et fait un carton. Il frappe trois fois dans le mille mais souffre très vite du mal du pays.
Après quelques mois en planque, il revient sur ses terres, l’East End de Jack l’éventreur et des Kray Brothers. Il fricote avec le West Ham fin 1999, où Harry Redknapp (dit "Harry l’anguille") le prend sous son aile. Mais Riza ne parvient pas à pénétrer dans les vestiaires du gang local, ses raids répétés échouant par manque de préparation. Condamné à la réserve à perpétuité, il profite d’une permission de réinsertion pour s’échapper de nouveau vers Barnet, pénitencier londonien de cinquième catégorie, où il signe quatre méfaits en dix sorties.

 


Fuite pour l'étranger

Peu après, il intègre le gang de Cambridge United. Il participe à de multiples holdups et commet pas moins de dix-sept braquages dans les grandes surfaces en 58 sorties, fusillant au passage une quantité innombrable de gardiens. Il a retrouvé son instinct de tueur et prouve à cette occasion qu’il sait déverrouiller les coffres-forts, dépouiller les gangs sans défense et piller les petits. Blessé à une jambe (une balle perdue), il disparaît de la circulation. Claude Leroy, dit “l’intello” et Hervé Renard, dit “Goupil futé” débarquent à Cambridge. Les deux multirécidivistes notoires et wanted dans le monde entier sont venus pour prendre le contrôle du trafic de rond central. Riza prépare sa fuite pour l’étranger.

 

En cavale et de nouveau recherché, Omer Riza fait le mort. Il est repéré à l’été 2003, il part pour la Turquie, son pays d’origine, où il a des contacts. On lui trouve un rôle de porte-flingue à Denizlispor, un gang ambitieux de 1ère catégorie qui vient de réussir quelques gros coups en Europe – Lorient, Prague, Lyon – avant de tomber à Porto les armes à la main, face au gang des Dragões du cacique local, José Mourinho (dit "The Special One").
A Denizlispor, Riza signe dix-huit effractions de surfaces en trente-neuf sorties, sans haine ni violence, pas une trace de sang ni blessure à son actif. Du travail de pro s’accordent à dire les hommes de la BAC locale (Brigade Anti Canonniers). Omer Riza ne va pas être facile à serrer.

 


Nouvelle évasion

En janvier 2006, se sentant grillé, il fuit pour Trabzonspor, puissante organisation dirigée par le terrible ex-capo du cartel local, Ali Yilmaz. Mais les choses se passent mal, il se retrouve en concurrence avec les terreurs du cru. Ses prouesses au Denizlispor font qu’il est devenu l’homme à abattre, bien trop repéré, au point de ne plus pouvoir se déplacer incognito. Surveillé de près par les stoppeurs adverses qui ne le lâchent pas d’une semelle, il peine à concrétiser ses plans destructeurs.
En janvier 2008, il s’embrouille sérieusement avec les pontes locaux. Il s’échappe et devient hors-la-loi, une fois de plus. On l’accuse d’évasion mais il clame son innocence et déclare qu’il n’a pas été payé pour ses services. La justice turque (la FFT) le condamne par contumace et il écope de quinze mois ferme.

 

Il part pour Shrewsbury en Angleterre, geôle de quatrième catégorie, mais est toujours recherché par la justice internationale qui bloque ses mouvements. Cependant, en avril 2009, il échappe aux sanctions européennes, grâce à son avocat Maître Bilger, qui embrouille le Tribunal d’Arbitration du Sport de Genève, les a tous à l’usure et obtient la relaxe de son client. C’est la fin du calvaire pour Riza. Sur son enfer turc, il déclare au Shropshire Star: "Après quinze mois de ce qu’on peut appeler une torture, j’étais ravi de pouvoir porter les couleurs de Shrewsbury."

Toutefois, l’artificier ne fait plus parler la poudre: sur quatorze coups à Shrewsbury et chez les Shots (Aldershot), il n’en réussit aucun. Il croupit aujourd’hui à Histon, mitard de sixième catégorie.

 

[Hondelatte se lève, enfile son blouson, éteint la lumière, remet son col et quitte son QG. générique de fin]

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