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Maxime Brun

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Revue de stress #135

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La Gazette de la L1 : 23e journée

Faites entrer l’accusé

Après Nantes-PSG, l’affaire Tony Chapron a occupé le devant de la scène médiatique. Alors que l’arbitre passe ce jeudi devant la commission de discipline, il est utile d'étudier le contexte de cet incident rare.

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À l’évidence, Tony Chapron a transformé une chose anecdotique, peu répandue mais pas inhabituelle et a fortiori sans incidence (un joueur percute un arbitre et le fait tomber), en un micro-événement qui a déchaîné la toile et les plateaux. Il leur en faut de toute façon très peu, mais la rareté et l'incongruité de la situation ont logiquement entraîné une prolifération des commentaires. Après dix-sept années d’arbitrage, l’homme de quarante-cinq ans, policier dans le civil qui devait ranger son sifflet à la fin de la saison, va quitter plus tôt que prévu les terrains de football sur une mauvaise note. Assez humiliante pour lui, qui s'est toutefois excusé dès le lendemain, conscient de s’être trompé.

 

Nous n’allons pas défendre son attitude ici, car si sa réaction est humaine, elle n’en reste pas moins très contestable. Néanmoins, cet incident rare d’un arbitre croyant être agressé en plein match et qui, surtout, répond physiquement avant de sortir un carton rouge, nous semble significatif du climat de défiance qui règne à l’égard d’une profession de plus en plus isolée. Et attaquée sans commune mesure.

 

 

 

 

Le réarbitrage du soir

Si certains, comme Jean-Michel Aulas via Twitter, n’ont besoin d’aucun appui pour exprimer leur vision de l’arbitrage en L1, les médias, dont la caisse de résonnance est énorme, sont souvent d’une grande aide pour lancer des petites piques, créer des polémiques ou tancer ouvertement les détenteurs de l’autorité sur le pré. L’exercice permanent du réarbitrage a notamment permis à l’émission L’Équipe du soir d’ouvrir un débat sur le sujet après le match Marseille-Monaco du 28 janvier.

 

Si on peut raisonnablement penser que cette rencontre pouvait se décrypter uniquement grâce à des analyses centrées sur le jeu, ce n’est vraisemblablement pas l’avis des journalistes-polémistes de cette émission. Après une discussion générale de quinze minutes sur le résultat, le premier vrai débat éditorialisé a porté sur… un hors-jeu sifflé contre Jemerson, en deuxième période, avec la question suivante: "But refusé: Monaco peut-il se sentir lésé?"

 

La télévision, qui pousse tant qu’elle peut pour l’instauration d’un spectacle supplémentaire dans le football (l’arbitrage vidéo), met toute la lumière sur une décision arbitrale litigieuse et veut indiquer aux téléspectateurs, dans ce cas-ci via l’ordre des sujets abordés, que le fait le plus important de la soirée était la performance d'Antony Gautier et de ses assistants. Un angle également utilisé après Rennes-PSG deux jours plus tard, tellement récurrent qu'il vire à l’obsession.

 

 

Canal Menès Club

De son côté, le Canal Football Club laisse le champ libre aux remarques acérées du chroniqueur numéro un du show, Pierre Ménès. Le 14 janvier, avant le match Nantes-PSG, le sniper, dans une des saillies dont il a le secret, a révélé que ce qui le gênait le plus dans l’arbitrage vidéo, expérimenté en Coupe de la Ligue dans la semaine, c’était "les nuls" qui utilisaient cet outil et qu’il fallait dégager. La charge est grossière et gratuite, mais le consultant, en roue libre quand il s’agit de donner son avis sur une profession qu’il semble haïr, n’a pas besoin d’argumenter ou de faire preuve de mesure pour être entendu.

 

Très célèbre, bien plus que son collègue Dominique Armand qui se charge tous les dimanches de lui apporter une contradiction en générale précise, le consultant-phare de la chaîne cryptée a malheureusement une voix qui porte et qu’il met systématiquement au service du dézingage en règle des arbitres, perpétuellement soupçonnés d’incompétence. Menès laisse pourtant régulièrement entrevoir une connaissance approximative des règles, ce qui ne l'empêche pas de critiquer avec la suprême confiance de l’ignorant.

 

 

S'il pense que son avis fait office de loi, il n'introduit qui plus est jamais le concept d’interprétation arbitrale, ne pondérant pas des diatribes souvent très violentes. De quoi peindre une réalité en noir et blanc alors que les choses sont souvent grises, qui aide à façonner l'opinion et les codes des talk shows.

 

Pour preuve, sur le compte Twitter de l’émission 19h30 Sport, où Pierre Ménès n’intervient même pas, on soumettait le lendemain de la rencontre Nantes-PSG l’effarante question: "Peut-on pardonner à Tony Chapron?" La réponse étant "non", à 70%, avec des commentaires sous le tweet qui donnent mal à la tête. Une nouvelle preuve, une de plus, que la défiance envers les arbitres a envahi les têtes de nombreux fans de foot. M. Chapron est-il coupable d’un crime si grave pour qu’on puisse se demander si on est dans la capacité de lui pardonner, là où les médias ont relayé avec joie les vidéos du free-fighter Patrice Evra?

 

 

Jean-Michel Mauvaise Foi

Et puis il y a le cas Jean-Michel Aulas, dont le zèle sur l’arbitrage mérite un passage dédié. Doctorant en mauvaise foi, le président de l’OL a affirmé avec aplomb le 25 janvier dans L’Équipe d’Estelle: "Depuis dix ans, je pense que je n’ai jamais fait de remarques négatives sur nos arbitres." Il suffit pourtant de remonter au 4 décembre et un Montpellier-OM pour trouver la preuve du contraire.

 

 

Ce penalty, qualifié de "grossière erreur de l’arbitrage, pour ne pas dire plus", visait-il l'honnêteté de M. Schneider? Dans la même émission, un florilège des interventions de "JMA" en zone mixte comportait un nombre important de remarques sur les prestations des hommes en noir. Et encore, il n'incluait pas le célèbre: "À l’arrivée, c’est 20 millions d’écart (pour une non-qualification en Ligue des champions) à cause d’arbitres qui ne savent pas", prononcé après un nul 2-2 contre Valenciennes en 8 mai 2010.

 

Qui ne savent pas qu’il ne faut pas siffler de penalties contre l’OL en fin de match? Depuis des années maintenant, Aulas ménage le chaud et le froid envers le corps arbitral suivant que son club ait pu en tirer un avantage ou un désavantage. Une décision litigieuse, ou simplement dure à encaisser, fera presque systématiquement office d’un commentaire acerbe.

 

A contrario, une performance arbitrale allant dans le sens des intérêts de l’OL sera célébrée. Le 28 janvier, après Bordeaux-Lyon, M. Letexier a été déclaré "dans une situation psychologiquement fragile" par Docteur Aulas après avoir accordé aux Girondins un penalty contestable. Car, un mois plus tôt, il avait sifflé en faveur de l’OL, contre Toulouse, un coup de pied de réparation qui a fait polémique puisque Mariano Diaz a été soupçonné de simulation. Ce soir-là, Jean-Michel Aulas avait dit qu’il était un "excellent arbitre" sachant "résister" à la pression. Si le boss lyonnais n'est malheureusement pas le seul président à s’en prendre aux hommes en noir, son imposante stature donne un écho particulier à ses envolées douteuses, systématiquement relayées par des micros tendus en permanence.

 

 

Cible facile

Chaque week-end, les arbitres de Ligue 1 doivent donc composer avec l’ambiance délétère dans laquelle les plongent les mastodontes médiatiques du football français, relayés par des joueurs qui contestent leurs décisions sur le pré et des entraîneurs ou dirigeants qui le font en dehors. En décembre, lors de Montpellier-OM, c’est le club héraultais qui avait insulté les arbitres dans les coursives, alors que les décisions prises (un penalty concédé, un but refusé pour hors-jeu), étaient plus litigieuses qu'erronées. Des mots qui n'auront pas de conséquences, aucune sanction n’ayant été prise contre le club malgré l'existence d'images.

 

 

Lors de Nantes-PSG, Tony Chapron, qui a la réputation de ne pas se laisser faire, a cru une nouvelle fois qu’il n’était pas respecté, comme l’immense majorité de ses collègues. Comme souvent, mais cette fois-ci avec plus de véhémence, ce qui, on ne le répètera jamais assez, est répréhensible, il a répondu physiquement à ce qu’il a cru être un affront volontaire. Son geste n’est pas acceptable et il va en payer le prix fort. Mais il dit beaucoup de ce que les arbitres peuvent ressentir devant la piètre considération qu’ils reçoivent du monde du football.

 

En L1, les arbitres sont si peu considérés, si souvent contestés et critiqués, que l’un d’entre eux est dans la capacité de croire qu’un joueur peut l’attaquer physiquement en plein match. Évidemment entièrement responsable de ses actes, on peut néanmoins croire que Tony Chapron a également été conditionné par un contexte délétère, à même de favoriser une telle réaction. Et rien ne dit que les choses iront en s'améliorant…

 

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