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Julien Assuncao

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Islande, mode d'emploi

L’Islande va essayer d'imiter l’exploit du Pays de Galles en se qualifiant pour les demi-finales. Qu'est-ce qui caractérise cette équipe islandaise si atypique? Données saillantes et points forts. 

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Outsider et "belle histoire" de cet Euro, l'Islande se prête autant aux clichés qu'elle les dément dans son jeu – fait de quelques paradoxes, notamment offensifs…

 

 

 


L’Islande tire peu mais pas n’importe comment

L’Islande n’est pas une équipe qui fait le jeu et enchaîne les longues phases de possession. Ce n’est pas non plus une équipe qui va dominer les statistiques de tirs, domaine dans lequel elle présente des similitudes avec l’Irlande du Nord: ce sont les équipes qui réalisent le moins de tirs par match (5,7 pour l’Irlande du Nord et 7,7 pour l’Islande) et en concèdent le plus (20,3 pour les deux). Ainsi, dans un match de l’Islande, seulement 27,4% des tirs sont islandais, et les Scandinaves ne cadrent que 32,1% de leurs tentatives.

 

L'Islande se distingue surtout par ses 17,4% de tirs convertis: c’est la meilleure équipe de la compétition dans ce domaine. Un résultat qui n’est pas le fruit du hasard puisque 5 de ses 23 tirs lors de la phase de groupes, soit 21,7%, ont été des occasions nettes. Pour comparaison, la France en a obtenu autant, mais avec 50 tirs. Défensivement, avec 1,3 occasion nette concédée par match, l’Islande se trouve dans la moyenne, entre la France et la Belgique.

 

On peut aller un peu plus loin en se penchant sur l'indice des Expected Goals, qui s’intéresse à la qualité des occasions (concept expliqué ici): il estime les performances de l’Islande à 1,27 but marqués et 1,49 but encaissés par match selon les occasions obtenues/concédées. Une estimation proche des résultats effectifs, même si les Islandais semblent avoir eu un peu de réussite en défense. 

 

Ce qui confirme aussi que l’Islande est avant tout atypique et passionnante pour son jeu offensif. En plus d'un pourcentage très élevé d’occasions nettes, elle est la sélection qui présente de loin le plus d’Expected Goals par tir: elle culmine à 0,16 (c’est-à-dire qu'elle est censée convertir 16% de ses tirs) alors que l’Espagne, l’Allemagne ou la Croatie suivent à 0,11.

 

 

Autre élément qui va dans le même sens: la distance de déclenchement des tirs islandais (hors têtes) est la plus courte, avec 22,8 mètres en moyenne: très peu de tirs lointains chez les islandais.

 

 


Faible possession et longs ballons

Comme pour les tirs, l’Islande est dominée en volume de passes. Elle affiche désormais le plus faible pourcentage de possession du tournoi, juste devant l'Irlande du Nord, et seuls les matches de l'Espagne et de l'Allemagne ont vu plus de passes.

 

Le pourcentage de passes réussies, bloqué à 61,5%, est significatif d'un jeu rapide vers l’avant. L'Islande est en tête du classement du plus grand pourcentage de passes vers l'avant: 61,8%. Ses passes vers la surface (41,3 mètres en moyenne), vers le tiers offensif (41,9 mètres) ou depuis le tiers défensif (36,9 mètres) sont également les plus longues.

 

 

À cause de sa faible possession, l’Islande n’a pas un volume très important de passes vers les zones dangereuses du terrain: seules l'Albanie et l'Irlande du Nord jouent moins de passes dangereuses par match et l'Islande est la sélection qui en concède le plus [1].

 

En revanche, si l'on divise le nombre de passes complétées par le nombre de passes vers la surface, l’Islande se retrouve avec le deuxième meilleur ratio offensif: il lui faut 26,4 passes réussies en moyenne pour se retrouver dans la surface adverse alors que ses adversaires ont besoin de 40,3 passes réussies en moyenne.

 

Autre statistique indiquant le danger quand les Islandais entrent dans le camp adverse: ils sont l’équipe la moins "patiente" du tournoi avec 39,2% de leurs passes à l’intérieur du tiers défensif adverse qui sont dirigées vers la surface. Les islandais ne cherchent pas à faire tourner le ballon devant, mais à être pénétrants. Et ils y arrivent avec le 7e meilleur pourcentage de réussite des passes vers la surface (36,2%).

 

 

Axial et attiré par la surface: un jeu offensif rodé

Contrairement à ce que suggère sa préférence pour le jeu long, l’Islande ne se contente pas de balancer n’importe comment. C’est une équipe qui préfère éviter les côtés et se concentre sur l’axe du terrain, ce qui permet de trouver de meilleures positions de tir. C’est aussi l’équipe la plus centrale sur les passes vers le tiers offensif et elle est 8e en nombre de passes de l'extérieur vers l'intérieur de la surface dans le camp adverse.

 

Il est donc logique que l’Islande soit de loin l'équipe qui utilise le moins les centres pour atteindre la surface: seul 21,7% de ses passes en direction de la surface viennent de centres alors que la Croatie ou le Portugal pointent à plus de 50%.

 

 

Point intéressant, il n’y a que l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne qui réussissent plus de passes à l'intérieur de la surface adverse que les Islandais (3,3 par match). Ceux-ci présentent le meilleur pourcentage de réussite sur ces passes (52,6%). Les Islandais n’hésitent pas à faire la passe supplémentaire qui leur permettra d’être en meilleure position pour marquer: 7 de leurs 31 tirs et 3 de leurs 6 buts viennent de ce type de situations – le meilleur ratio des équipes engagées dans la compétition.

 

L’autre particularité du jeu offensif islandais, particulièrement remarquée, réside dans l'utilisation des longues touches pour apporter du danger: 70,6% des touches dans le tiers offensif sont jouées vers l'avant et en direction de la surface. Personne ne se mesure aux vikings dans ce domaine: la Croatie suit avec 44,0%, l’Italie avec 36,4%.

 

 

 

Sigthorsson-Bödvarsson, du poids sur le jeu

Sigthorsson sera un des joueurs les plus importants pour l’Islande: pas forcément pour ses tirs (seulement 3 depuis le début du tournoi), mais parce que le Nantais est le joueur le plus ciblé sur les relances islandaises et c’est lui qui a disputé le plus de duels aériens (18,7 par 90 minutes) avec un bon taux de réussite (54%).

 

C’est d’ailleurs un joueur majeur pour l’Islande quand il s’agit de progresser sur le terrain: sur les passes depuis l’extérieur vers l’intérieur du tiers offensif, il domine ses coéquipiers avec 1,7 passe donnée et 5,2 passes reçues par 90 minutes. Derrière lui, on retrouve son compère d’attaque Bödvarsson avec 6,3 passes reçues. On mesure l’importance de cette paire offensive dans le jeu de l’Islande.

 

 

Sigthorsson est aussi le joueur islandais délivrant le plus de passes vers les zones dangereuses (2,4 par 90 minutes, derrière lui personne ne dépasse 1,0): il est plus utilisé au départ des actions qu’à leur conclusion.

 

 

Comment jouer l'Islande ?

Si les Bleus veuillent se faciliter le match, ils devront donc réussir à couper les transmissions vers les deux attaquants islandais. Il sera intéressant de suivre comment les hommes de Didier Deschamps vont réagir quand ils seront recherchés dans les airs.

 

La France devra bien protéger sa surface contre une équipe incroyablement réaliste une fois qu’elle y est entrée: les Tricolores ont été plutôt efficaces dans ce domaine, pour l’instant, avec 110,9 passes réussies nécessaires à l’adversaire pour pénétrer dans sa surface, meilleur ratio de l’Euro.

 

Dernier élément, l’Islande est la 2e équipe qui va le moins chercher son adversaire haut, derrière l'Albanie contre laquelle la France avait réussi 91,5% de ses passes depuis son tiers défensif. On espère donc que les défenseurs français, en particulier Umtiti qui devrait être aligné, oseront prendre plus de risques que précédemment pour déstabiliser le bloc islandais…

 


[1] C'est un peu mieux si l'on filtre uniquement sur les passes vers la surface mais l'Islande reste dans le bas de classement, offensivement (18e avec 6,0 par match) ou défensivement (20e avec 13,7 par match).
 

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