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Christophe Kuchly


Dé-Manager aussi connu sous le nom de Radek Bejbl. Écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Revue de stress #113

Est-ce la fin des transferts stupides ?

Nous ne sommes que mi-juillet mais, déjà, plusieurs mouvements agitent le mercato. Et une tendance se dégage: pour l'instant, au-delà de rumeurs qui intéressent surtout ceux qui les propagent, il n'y a pas beaucoup de transferts incompréhensibles.

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Pour l'instant, les chiffres du site transfermarkt (qui, en principe fiables, feront ici référence) comptabilisent vingt-cinq transferts à 20 millions d'euros ou plus. On y trouve un seul joueur de plus de vingt-six ans: Juan Cuadrado, vingt-neuf printemps, prêté à la Juventus par Chelsea avec une clause de 20 millions activée par le club italien. Qui pourrait très bien le revendre, sa valeur marchande étant désormais supérieure. Un peu partout, l'argent est d'abord investi sur les jeunes, avec une idée: pouvoir retomber sur ses pieds financièrement. Et personne ne fait n'importe quoi.

 

 

Calme Premier League

Les riches d'hier ne le sont plus, ou ne le montrent plus. La Chine, qui avait un temps remplacé la Russie, a été forcée de fermer les vannes, l'obligation de payer deux fois le prix d'un transfert – l'argent investi doit s'accompagner d'un versement de la même somme dans un fonds d'État pour le développement du football chinois – ayant refroidi pas mal de monde. Qui peut désormais renflouer les clubs en surpayant des joueurs moyens? Et bien pas grand-monde. Les Britanniques, rendus riches par les droits télé de la Premier League, sont pour l'instant calmes. La rareté des joueurs locaux de top niveau, qui fait mécaniquement augmenter leur valeur – comme celle des Tricolores en Top 14 de rugby par exemple – n'a en effet pas (encore?) incité les clubs à faire des folies.

 

 

 

Les mouvements internes concernent ainsi seulement Romelu Lukaku à Manchester United (depuis Everton pour 84 millions), Michael Keane et Jordan Pickford à Everton (depuis Burnley et Sunderland pour 28 chacun), et Nathan Aké qui rejoint Bournemouth en provenance de Chelsea pour 22. Et les autres transferts de plus de 20 millions ne sont que pour des titulaires indiscutables de clubs auteurs d'un beau parcours européen la saison dernière (Alexandre Lacazette à Arsenal, Bernardo Silva et Ederson à City, Mohamed Salah à Liverpool, Davy Klaassen à Everton, Victor Lindelöf à United et Antonio Rüdiger à Chelsea). Tous franchissent là un petit palier mais devraient obtenir un temps de jeu conséquent. A priori, rien d'illogique. Et même les paris risqués, comme la venue de Roque Mesa à Swansea, sont cohérents. L'adaptation de l'un des meilleurs milieux de Liga à l'Angleterre peut inquiéter, mais permettrait aux Gallois de renouer avec leur identité joueuse.

 

 

Meilleure synergie 

Où sont passés les quatre transferts en dix-huit mois du défenseur Christopher Samba, vingt-sept ans au moment du premier, pour une valeur totale de cinquante millions? Ou ce départ de Giannelli Imbula pour Stoke City plus cher que le prix mis par Porto six mois plus tôt, alors que le joueur alternait entre matches ratés et passés sur le banc – voire en tribune? Les Football Leaks, et la plus grande attention portée aux transferts, ont pu en effrayer quelques uns, même si les flux financiers restent opaques. La différence tient peut-être surtout dans la professionnalisation toujours plus grande du football, avec la multiplication de directeurs sportifs de qualité.

 

Cette semaine, l'entraineur napolitain Maurizio Sarri a avoué ne pas connaître sa recrue Adam Ounas, pas plus que Lucien Favre ne disait être familier du jeu de Mounir Obbadi, arrivé en janvier. Les deux joueurs correspondent pourtant au profil recherché par leur équipe à ce poste, et Obbadi avait d'ailleurs réussi à intégrer la rotation niçoise rapidement après son arrivée. L'important n'est ici pas que le coach ait spécifiquement validé le joueur – qui imagine Sarri regarder les matches de Bordeaux? – mais que tout le monde soit sur la même longueur d'onde. Et, surtout, que les choix soient faits sur des critères sportifs.

 

 

L'exemple madrilène

La plus grande trace de changement est évidemment à chercher du côté du Real Madrid. Florentino Perez et ses Galactiques, au bilan sportif plus que décevant, ont longtemps symbolisé les dérives d'une politique plus tournée vers le marketing que le sportif. Après la fin des dépenses uniquement tournées vers l'attaque puis l'arrêt de ce qui ressemblait à des paris de soirée arrosée (Gravesen, Faubert…), Madrid est aujourd'hui une référence dans le recrutement de jeunes joueurs. Marco Asensio, dernier symbole de ces paris à moindre coût qui n'en sont pas vraiment, a été suivi cet été par Theo Hernandez, en attendant Dani Ceballos. Deux gamins qui sont déjà parmi les meilleurs de Liga à leur poste, mais sont pourtant abordables financièrement.

 

 

Bien sûr, la Maison Blanche n'a pas urgemment besoin de nouvelles pièces, pas plus que le Bayern par exemple. Mais, si l'accumulation de joueurs fera des malheureux, les choix sont cohérents. Perfectible au milieu et sur les ailes, le club allemand a ainsi ramené James Rodriguez, Serge Gnabry, Corentin Tolisso et Sebastian Rudy. De la même manière, l'AC Milan, également très actif, a comblé ses manques en prenant un élément confirmé par poste: André Silva devant, Hakan Calhanoglu au milieu, Franck Kessié à la récupération, les latéraux Andrea Conti à droite et Ricardo Rodriguez à gauche, et enfin le central Mateo Musacchio.

 

 

Stratégies dissidentes

C'est donc avec une certaine émotion qu'on repense à cette signature de David N'Gog à Liverpool ou Alexander Büttner à Manchester, joueurs venus densifier l'effectif, sans qu'on sache bien si leur club d'accueil croyait en leur potentiel. Ou même à Jesé qui, contrairement à un Grzegorz Krychowiak sur la lancée de deux excellentes saisons et au profil apportant d'autres options au PSG, n'avait rien montré de particulièrement bon depuis sa grave blessure. Toutes ces signatures incompréhensibles sur le moment, qui nourrissent les fantasmes tant on se dit que le critère sportif n'a pas pu être sérieusement pris en compte. Les Keirrison ou Henrique, joueurs fantômes d'un FC Barcelone pour lequel ils ne jouèrent pas la moindre seconde…

 

En 2017, les moyens techniques et humains à la disposition des grands clubs sont tels que les sorties de route sont rares. Outre les prises de risques à moindre coût (au premiers rangs desquels figurent les prêts), tout à fait compréhensibles, les ratés viennent le plus souvent des entités qui vivent par la revente de jeunes qu'ils ont fait exploser. Une stratégie de gros incarnée par Luis Campos à Monaco puis à Lille, qui peut vite être rentable grâce à un ou deux joueurs, mais ne se fait pas sans déchet. Ivan Cavaleiro, Borja Lopez, Vagner Love, Lacina Traoré… Les conséquences sont amorties et leur légende ne survit que grâce aux compilations YouTube et aux témoignages des chanceux ayant vu Traoré partir dans des chevauchées solitaires.

 

Les agents continuent malheureusement à prendre des décisions qui ne sont favorables qu'à eux, à l'image de Jorge Mendes envoyant Ruben Neves de Porto à Wolverhampton. À défaut de pouvoir faire autre chose que soupirer, les suiveurs commencent au moins à comprendre les tenants et aboutissants derrière ce qui semble à première vue illogique. Même s'il y a toujours des gens qui ne sont pas à leur place, l'incompétence se voit de plus en plus vite et explique de moins en moins de choses.

 

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