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Jacques Besnard

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«Surtout pas envie de prendre une rouste»

Rencontre avec Éric Gaillard, entraîneur de Quimperlé, qui explique comment on peut s'y prendre pour battre un club de Ligue 1 avec un boulanger, un prof ou un vendeur de moquettes dans son équipe...

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Samedi 28 décembre 2013, 11 heures 15, Guidel-Plage, paisible et jolie station balnéaire du sud-Morbihan à quelques kilomètres de Lorient. Après quinze minutes d'attente devant Le Roof, notre lieu de rendez-vous supposé, Éric Gaillard, mon ancien coach pendant trois ans entre quinze et dix-huit ans aux Goélands de Larmor-Plage (on ne se moque pas) se fait attendre lorsque mon téléphone retentit. "Jacquot, je suis en train de t'attendre dans le bar depuis 15 minutes. Ça sent le râteau là..." Penaud, je le rejoins à l'intérieur un peu la queue entre les jambes comme lorsque j'oubliais mon short ou ma paire de protège-tibias après le lycée. "T'as pas changé", plaisante-il. Lui non plus n'a pas changé Rico. Les tempes sont bien sûr un petit peu plus grisonnantes, il a désormais quarante ans, mais je retrouve d'emblée les mêmes intonations, certains de ses mots qui nous transfiguraient, nous jeunes petits branleurs qui pensions avoir tout vu.


De l'eau a coulé sous les ponts bretons depuis cet âge d'or. Rico, lui, a rapidement pris du galon pour atteindre l'apogée de sa jeune carrière d'entraîneur avec son club familial de Quimperlé: un 32e de finale de Coupe de France contre une Ligue 1. Alors à quoi ça peut se jouer un beau parcours en coupe et une victoire contre des pros?

 


Photo : Clément Le Calvé / usmontagnarde.fr


De la qualité et de la chance

Depuis cette année Éric a donc pris en main les rênes de l'équipe de Quimperlé en DSE soit la septième division française, tout juste descendue de DH. On est loin des Zlatan, des Falcao et des Verrati mais cela commence à jouer. Trois entraînements par semaine, des mecs qui n'enquillent pas dix whisky-coca quatre heures avant de chausser les crampons, certains gars qui ont fait des centres de formation. "Ils ont raté l'étape du haut niveau mais il y a de vrais bons joueurs", confirme-t-il. "Mais pour faire un parcours en coupe il faut avoir un peu de chance. Si tu prends un gros dès les premiers tours c'est compliqué." Le parcours du FC Quimperlé n'a pourtant rien d'une promenade de santé. Sept matches dont cinq à l'extérieur et des rencontres souvent accrochées. Contre Vignoc, au tour précédent, un club évoluant une division en dessous, les Finistériens ont été sauvés par leur gardien Bruno De Quelen qui avait arrêté un penalty juste avant la mi-temps. Ils ont ensuite dû s'arracher pour l'emporter en prolongations (3-0). "On n'a pas eu beaucoup de matches faciles. On a souvent été mené, mais on a réussi à revenir. On a battu des équipes au-dessus comme La Montagnarde, habituée à faire des résultats en coupe et qui a des joueurs de qualité, notamment Rahmane Barry ancien international sénégalais passé par Lorient et Marseille."
 


De la solidité défensive

Pour étudier l'équipe corse, Éric a pu compter sur l'aide du FC Lorient et plus précisément de Sylvain Ripoll. L'adjoint de Christian Gourcuff lui a fourni des montages et des vidéos. "Ça peut t'aider mais je crois qu'il faut que l'on soit surtout concentrés sur ce que l'on veut faire." À une semaine de la rencontre, Éric n'avait pas encore établi définitivement son schéma tactique. En championnat, ses poulains jouent généralement en 4-2-3-1. "Est-ce que je vais la changer? Je ne sais pas, je dois en discuter avec mes joueurs. S'ils n'adhèrent pas, cela ne sert à rien." Une chose est sûre, il faudra être solide pour ne pas sombrer dans le premier quart d'heure. Le coach quimperlois, avait déjà réalisé un exploit avec notre ancien club (DSR) en sortant la GSI Pontivy (CFA). "On avait été super solide. Il y avait eu très peu d'occasion mais on en avait mis une et on avait gagné 1-0." Cette tactique peut-elle marcher contre les corses? L'équipe ajaccienne a beau être médiocre en ligue 1, elle reste une équipe pro... "Tu prends l'effectif un par un c'est du lourd. Ochoa, Ricardo Faty, Eduardo, Cavalli, Benjamin André, Bonnard, Hengbart... On a surtout pas envie prendre une rouste. Tant qu'il n'y aura qu'un but d'écart, ça ira. Il ne faut surtout pas qu'on fasse le match avant."
 


Un club sain

Un des facteurs primordiaux, quelle que soit l'aventure sportive et humaine, reste l'esprit des joueurs mais aussi et surtout des dirigeants. Depuis huit ans, Éric a connu pas mal de désillusions. Et à en croire sa mauvaise expérience avec notre ancien club, le monde du foot amateur n'est pas forcément plus sympa que le monde professionnel. À la tête des jeunes pendant quatre ans, Éric avait ainsi fait monter l'équipe senior de deux divisions avant de se faire licencier du jour au lendemain par ses deux ex-présidents. "C'était de la malhonnêteté, j'ai été dégoûté. J'avais donné neuf ans de ma vie à ce club. Les deux équipes sont montées cette année-là, on avait fait deux beaux parcours en coupe. Je suis maintenant moins naïf. C'était mon club. J'ai vraiment pris une grosse claque." Depuis, il privilégie la valeur humaine des joueurs à leur talent. "Les mentalités ont évolué, les gars sont de plus en plus individualistes. S'ils ne jouent pas, ils vont très rapidement changer de club. À Quimperlé, les joueurs sont attachés à leur club."


Une bonne gestion des fêtes pour être frais

Comme les pros, Le FC Quimperlé a repris l'entraînement le 27 décembre. Pas simple pour des joueurs qui doivent composer avec leur taff, le repas chez le beau-frère ou belle-maman. Qui dit fêtes de fin d'année, dit aussi bien évidemment, picole et bouffe grasse. Pour éviter de voir ses joueurs finir une cravate sur la tête avec une tâche de gros rouge sur la chemise, le club a organisé une petite bouffe avec les dirigeants, femmes et enfants le 31 décembre pour fêter le réveillon. Éric avait d'ailleurs prévu une séance matinale le 1er janvier... "Ceux qui avaient autre chose de prévu peuvent y aller mais je ne pense pas qu'il fasse n'importe quoi. Sinon le 5 janvier c'est mort. S'ils ne sont pas motivés en ce moment, ils ne le seront jamais." À la reprise, les dix-huit joueurs étaient bien présents à l'entraînement. Une condition d'autant plus importante que les joueurs ont enchaîné dix-sept matches depuis fin août.
 


Un stade plein

Enfin, dernière condition pour espérer créer la surprise, c'est bien sûr l'ambiance du stade dans lequel son équipe va évoluer. Éric, ancien joueur passé par le centre de formation de l'En Avant Guingamp, avait joué le SCO d'Angers alors en Ligue 2 en 2000 lorsqu'il évoluait au CEP Lorient dans un stade du Moustoir quasi-vide. Ce week-end, le Stade Brestois accueille en plus le Paris-Saint-Germain, Vannes située à quelques encablures reçoit Monaco [1]. "Comment veux-tu remplir le Moustoir?", interroge-t-il. "Cela m'a servi de leçon pour cette fois-ci. On a directement souhaité jouer dans notre stade petit mais qui sera plein". Le club attend, en effet, 4.000 personnes au stade Jean-Charter qui sera bouillant malgré les inondations qui ont touché la région pendant la période des fêtes et qui ont bien failli compromettre la tenue de cette rencontre. Quel que soit le résultat, la fête sera de toute façon belle pour le club breton qui a d’ores et déjà empoché 35.000 euros grâce à la coupe. Un joli pactole quand on sait que le budget annuel de la structure est d'environ 150.000 euros. Cette épopée a également permis à Éric de croire à nouveau aux belles valeurs du football. "Elle m'a aussi permis de prouver, malgré tout, que je ne suis pas si nul que ça..." Elle nous a donné la possibilité de nous retrouver une heure autour d'un café, et à moi de le remercier pour ces belles années.

 

[1] Article écrit avant les annulations dues aux intempéries.

 

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