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Les Cahiers, numéro 42

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Nice-Valenciennes sans arbitre

Équateur gate

L'équipe de France est bien entrée dans sa préparation. Mais y aura-t-il des gagnants à la tombola de Grenoble? • La matière plus que la manièreLes garsLes observations en vracLe match de TF1Gros plans sales
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France-Équateur : 2-0
Grenoble, Stade des Alpes, 27 mai 2008.
Buts : Gomis (59e et 86e).

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La matière plus que la manière

Les matches de préparation sont des exercices, mais rarement des exercices de style. Échauffement pour les uns, décrassage pour les autres et vrai test pour les derniers: avec des enjeux et des états de forme aussi divers, il est difficile de voir une équipe ou d'en avoir une impression d'ensemble. Alors il reste les "compartiments du jeu" à observer et surtout, pour l'heure, les dernières spéculations sur la liste à émettre.
Si par hypothèse certains choix de Domenech n'étaient pas encore arrêtés, ce match parfois insipide a peut-être quand même fait bouger les lignes. Difficile d'ignorer l'effet Gomis, qui se place – et de quelle manière – sur une trajectoire aussi favorable que celle de ses deux buts. S'il entend retenir quatre attaquants, comment le sélectionneur pourra-t-il résister à l'envie de préférer le héros du soir, dont le doublé constitue une sorte de signe du destin, à Djibril Cissé?

Équipe prototype
La rencontre a été un peu trop confuse pour y lire de vrais enseignements tactiques, sinon au travers de la différence entre les deux périodes. La première a été marquée par la recherche d'attaques placées gâchées par des pertes de balle, puis par de vaines ouvertures en profondeur. Le premier tir cadré, lointain et de Nasri, ne survient qu'à la demi-heure de jeu, avant que deux têtes de Cissé et une d'Anelka ne tiennent lieu d'occasions.
Peu de temps après la reprise, les Bleus ont assuré une emprise vite concrétisée par une première tentative trop croisée de Gomis, alors que les Équatoriens baissaient en régime, laissant ensuite les Tricolores assurer... le résultat. C'est d'ailleurs après un regain tardif des hommes de Sixto Vizuete qu'ils doubleront la marque. Domenech pouvait reconnaître dans cette équipe le profil de celle qu'il a programmée pour la phase finale: une arrière-garde solide, une récupération efficace et des accélérations fatales. L'esprit est là, reste à lui donner corps.


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Contrairement aux apparences, Gomis a peut-être tiré le bon numéro.


Les gars

Frey n'a pas eu de problème de projecteur, et il s'est parfaitement interposé sur le tir de Castillo, seul dans l'axe à seize mètres (45e+1). Mandanda a effectué un relais sans histoire.

Sans beaucoup de vivacité (mais cela n'a jamais été sa caractéristique principale), Sagnol a compensé par de bons placements et une assurance bienvenue. Plutôt rassurant pour un joueur qui a si peu joué cette saison. Le constat est du même ordre pour Thuram. Si l'axe a parfois été mis en difficulté lors de son association avec Escudé (dans les arrêts de jeu de la première mi-temps, Castillo s'enfonce en pleine surface), le Barcelonais est l'auteur d'un spectaculaire double sauvetage devant Tenorio (38e) et il a retrouvé du tranchant après la pause.
Abidal a joué sur le mode économie d'énergie en première période, avant de se recentrer avec un certain brio. Pas sûr que l'opération soit si bonne pour lui: alors qu'il aura du mal à détrôner Gallas, il apparaît menacé par Evra à gauche – intéressant hier soir malgré une perte de balle voyante et quelques mise en échec par ses vis-à-vis.

Diarra et Diarra n'ont pas franchement réussi leurs imitations de Makelele et Vieira, poussées à la caricature avec un Lassana très agité et un Alou pas très rayonnant, qui s'est surtout signalé par une faute grossière suivie d'un carton (34e). Flamini a apporté plus de dynamisme et une meilleure animation du flanc droit.

Le trio de TF1 en a tellement dit sur Ben Arfa qu'on n'a presque plus envie d'en ajouter. Des éclairs (centre pour Cissé – 39e, décalage et frappe violente du gauche, 77e) et du gâchis, avec des pertes de balle écervelées. Le pari de l'emmener à l'Euro paraît beaucoup plus risqué que celui de Ribéry en 2006.
Plus discret mais plus productif, Nasri a alterné entre inspirations et petits ratages. Mais il donne au jeu une tout autre cohérence que son successeur présumé à Marseille. Et sa maturité devrait faire la différence.

Gomis a joué exactement comme à Saint-Étienne, avec la même aisance et sa même réussite récente: un arrachage de balle après un contrôle délicat suivi d'une frappe sans rémission. Un ciseau spectaculaire. De la puissance et de la précision: sur cette seule prestation, on pourrait dire que le néo-international a réussi tout ce qui a manqué à Cissé. Le Marseillais n'a eu besoin que de dix-huit minutes pour commencer à engueuler ses partenaires. Son fait de match est cette tête plongeante sur un centre parfait de Ben Arfa, qu'il place sur le gardien (39e). Endossant le rôle d'animateur de l'attaque et se procurant quelques occasions (tête au-dessus – 44e, tir trop croisé, 80e), Anelka a peut-être été le meilleur titulaire, réussissant à donner du liant aux lignes et délivrant un centre impeccable pour le doublé de Gomis.

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Les observations en vrac

• Une tentative de ola après vingt minutes de jeu, des sifflets à la mi-temps: ce ne sont pas des stades qu'il faut construire, c'est des publics.
• Regardons la vérité en face: Sagnol a quatre kilos a perdre.
• Pour les matheux: sachant que Djibril Cissé a peut-être vieilli de deux ans en quatre-vingt dix minutes, de combien d'années Lamine Ndiaye, sélectionneur sénégalais, a t-il bien pu vieillir en seulement quarante-cinq minutes de Bafé Gomis sous le maillot de l'équipe de France?
• Après l'épopée de 2002, la suspension de 2004, la fracture de 2006 et le trentième homme de 2008, que va bien pouvoir inventer Djibril Cissé en 2010 pour enfoncer définitivement José Touré au classement du plus grand scoumounard de l'histoire des Bleus?
• L'Euro va être long sans Thierry Gilardi... Bon, l'éternité lui semblera encore plus longue.
• David Astorga doit rêver la nuit d'une interview imaginaire de Raymond Domenech lui répondant à la mi-temps d'un match: "Ah oui, vous avez raison! Je n'avais pas envisagé la chose sous cet angle. À la réflexion, rien n'a marché comme prévu en première mi-temps. L'adversité n'est pourtant pas terrible, mais elle m'a complètement surpris dans tous les secteurs du jeu pendant les quarante-cinq premières minutes de jeu. Je ne sais pas du tout comment on va se tirer de ce merdier".
• À bientôt soixante ans, il est grand temps que quelqu'un explique enfin à Arsène Wenger que dans la conjonction "parce que", le "que" n'est pas facultatif.
• Comme quoi, c'est intéressant d'avoir un joueur capable de jouer en pivot et de décocher des frappes instantanées.
Thuram revient à deux à l’heure sur un attaquant équatorien, juste pour pouvoir se mettre en valeur et sauver sur sa ligne après l’avoir laissé filer. Ça doit être ça qu’on appelle l’expérience.
• On sait que tu ne dors pas à cette heure-ci, Raymond. Coucou.



rayb_trio_tf1.jpgLe match de TF1

Peut-être dans le souci de limiter le temps de parole de son nouveau binôme, Jean-Michel Larqué a été assez guilleret à Grenoble. On lui doit même un amusant "Il y a avait  un dent de trop à son râteau, Anelka". Son classique coup de cœur / coup de sang a désigné Tenorio et Ben Arfa, le premier étant remplacé poste pour poste par Bafetimbi Gomis en seconde période.

JML nous a également fait une mini-Abidal. Comme à son habitude, il a voulu montrer qu'il pouvait annoncer la qualité d'un coup de pied arrête au moment de la frappe, mais le corner de Ben Arfa est parti au troisième poteau: "C'est bien frappé... C'est trop long... Hatem, on n'a pas le droit de se tromper comme ça". À qui le dis-tu?


La salsa du Raymond
Arsène Wenger : "On joue au rythme de Quito, là".
 
Le bal des débutants
Christian Jeanpierre : "On entend 'Allez les Bleus' alors que la France joue en rouge".
 
Les bactéries un peu faiblardes
Arsène Wenger : "C'est là que ça ne transperce pas les maillots jaunes".
 
Le coupeur de joints
Christian Jeanpierre : "Allez, un dernier pétard pour Nasri!"

Le mauvais sort
Arsène Wenger : "[Tenorio] il va finir dans le championnat français".

Le joueur laissé au repos
Jean-Michel Larqué : "Ça se joue à vingt centimètres pour Mandanda".

L'obligation de prendre les moutons les uns après les autres sans se poser de questions
David Astorga (à B. Gomis) : "Et cette nuit, comment ça va se passer pour vous?"



page_equipe_cisse.jpgGros plans sales

Mardi matin, la page deux de L'Équipe s'ornait d'une photo grand format, visiblement recadrée pour que le lecteur n'en perde pas une miette, censée illustrer un article sur les préparations des Bleus depuis dix ans. Elle représente Djibril Cissé contre la chine en 2006, le visage tordu de douleur et la jambe pliée en deux au moment de sa fracture tibia-péroné. Choquante, l'image l'est à plus d'un titre.
Appliquant une autre forme de voyeurisme à peine moins scabreuse, la réalisation de TF1 n'a, pour sa part, pas réfréné longtemps l'envie de montrer le visage de Cissé après le doublé de Gomis. Djibril, chouchou des médias.



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