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Simon Hart

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Moyes, l'homme de la renaissance

Invité : When Saturday Comes – Successeur d'Alex Ferguson à United, David Moyes est l'entraîneur qui a su rendre à Everton sa fierté en donnant un esprit à son équipe, avec des moyens hélas limités...

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La dernière livraison de
When Saturday Comes pour les lecteurs des Cahiers est issu du numéro de juillet. Titre original: Restoration man. Traduction: Toto le zéro.


* * *

 

Rares sont les entraîneurs à pouvoir vivre le genre d’adieux auxquels David Moyes a eu droit à l’issue de la rencontre à domicile contre West Ham United, le 12 mai dernier: il faut remonter à 1961 et Johnny Carey pour que le dernier match de la saison à Goodison Park, l’enceinte des Toffees, soit l’occasion de saluer le départ de l’entraîneur. Ce jour-là, les supporteurs avaient conspué John Moores, le président du club qui venait de renvoyer le technicien Irlandais car l’équipe avait fini le championnat seulement cinquième. Une toute autre époque, et cinq décennies plus tard, David Moyes n’a pu obtenir mieux que la quatrième place, mais il a indéniablement mérité cet émouvant départ.
 

 

David Moyes Everton

 


Dix années à l'ancienne

Ses tribulations dans le Merseyside ont certes déjà fait l’objet de nombreux débats, mais sa plus grande réussite est d’avoir redonné à Everton sa fierté. En mars 2002, juste après le renvoi de Walter Smith, l’un des principaux commentateurs sportifs de Radio 5 Live avait jugé qu’Everton était une ancienne gloire qui n’était plus taillée pour le haut niveau. Le constat a néanmoins été presque immédiatement balayé par l’énergie, le dynamisme et l’ambition ardente déployés par l’Ecossais: en 2002/03, sa première saison complète au club, ce dernier a enregistré une affluence moyenne supérieure à 38.000 spectateurs – une première depuis 1977/78 – portés par un regain d’optimisme.
 

Le nouveau venu a été une sorte de sauveur, qui à une autre époque, aurait pu diriger un effectif collectionnant les titres. Il aura finalement bâti l’une des six meilleures équipes d’Angleterre avec un budget de milieu de tableau. Il a surtout apporté une nécessaire stabilité après une période durant laquelle le club perdait trop rapidement ses bons joueurs, à l’instar de Gary Speed en 1998 ou, à l’été 2000, lorsque Walter Smith perdit tout son milieu de terrain. Avec David Moyes, les joueurs ont semblé retrouver le plaisir de joueur à Everton: au moment de son départ, les Toffees comptaient l’effectif sous contrat le plus ancien des principaux championnats européens. Un groupe véritablement soudé, à l’image de Tim Cahill, venu spécialement des États-Unis pour les adieux de l’entraîneur.
 

Fait réjouissant, les joueurs n'ont pas affiché l’égo surdimensionné et le comportement scabreux communément associés aux footballeurs millionnaires d’aujourd’hui. Cette approche "à l’ancienne" a directement résulté du management de David Moyes, qui coupait les pauses rafraîchissements aux séances d’entraînement, signe pour lui de relâchement des joueurs. L’effectif a d’ailleurs pratiqué un jeu de plus en plus plaisant, même si les joueurs ont souvent été raillés pour leur excès de perfectionnisme.
 


Un entraîneur peu soutenu

L’homme n’était pas sans détracteurs, l’absence de trophées et de victoires sur le terrain du soi-disant Big Four amenant certains à accuser Everton de se décomposer lors des grands matches. La critique peut sembler sévère car le club a battu Liverpool et Manchester United avant d’atteindre la finale de la FA Cup en 2009, pour laquelle David Moyes a été contraint de se passer de Jagielka, Arteta et Yakubu, blessés. Toutefois, la défaite 2-1 en demi-finale contre Liverpool en 2012 et la déroute 3-0 en quart contre Wigan cette année ont montré un certain manque de sang-froid, alors que l’équipe avait eu toute ses chances (lire aussi le bilan de la saison sur Teenage Kicks). "Nous ne gagnerons jamais quoi que ce soit avec lui", a déclaré un ancien capitaine d’Everton vainqueur de la FA CUP avec les Toffees, juste après la débâcle contre Wigan – qui remportera le trophée, offrant ainsi une carte de visite à son entraîneur Roberto Martinez auprès de la direction d’Everton.
 

David Moyes aurait dû bénéficier d’un véritable soutien de la part du président Bill Kenwright et de son comité. Son sens aigu des affaires (Cahill, Arteta et Pienaar ont coûté moins de trois millions de livres chacun) permet de penser qu’il aurait connu une plus grande réussite avec un budget de transfert simplement moyen. Il sera donc intéressant de voir ce qu’il va accomplir avec de grosses ressources et un effectif riche à Old Trafford. Même s’il a régulièrement été suggéré dans la presse que David Moyes méritait un poste dans un club plus prestigieux, les médias ont surtout eu tendance à défendre Bill Kenwright, alors que ce sont avant tout les négligences de son mandat qui ont pénalisé le technicien. Invoquer la gestion désastreuse de Venky’s, le propriétaire indien des Blackburn Rovers, n’est pas un argument valable au regard des deux échecs de déménagement du stade et de l’absence d’investissement en treize ans.
 

Everton n’est d’ailleurs plus le propriétaire du seul testament concret des années Moyes, le superbe centre de formation de Finch Farm, qu’il louera désormais à la ville de Liverpool. De plus, la récente controverse concernant le nouvel emblème du club (visuellement influencé par les partenaires commerciaux) a démontré que celui-ci était volontiers disposé à se vendre contre des clopinettes. Les mauvaises langues diront que la devise du club "Nil Satis Nisi Optimum" (Seul le meilleur est satisfaisant) a depuis longtemps perdu toute sa pertinence pour Everton. Toutefois, le triomphe de celui qui va succéder à Fergie est d’avoir su en raviver la signification. Seul le temps dira si Roberto Martinez, qui hérite d’un groupe restreint mais talentueux, saura y rester fidèle.

 

 

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