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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Comment perdre un titre

Dans les Cartons : Guingamp, Nantes-Juventus 96 et le pressing de Dortmund

Voyage dans toutes les dimensions cette semaine, dans l'espace, dans le temps et entre les langues, de 1996 à 2015, du Matmut Atlantique au Camp Nou (ascension trop rapide pour le coeur) et du soccer au fussball, où Josuha Guilavogui souffre un petit peu. 

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Pas très marrant, cet En Avant Guingamp

Raphaël Cosmidis  – "Au secours." Par ce tweet, publié quelques minutes avant la mi-temps, Stéphane Kohler, journaliste à L'Équipe, résuma parfaitement la première période offerte par Bordeaux et Guingamp, dimanche. Le diagnostic des Girondins, déjà fait la semaine dernière, révélait une équipe aux manques profonds et nombreux. Défaits par Bastia en milieu de semaine, les Aquitains ont relevé la tête en battant l'En Avant Guingamp, une équipe peut-être également déprimante.

 

Si Jocelyn Gourvennec avait donné un visage réjouissant à sa formation l'an dernier, multipliant les bonnes performances face aux gros en Ligue 1 et surprenant ses adversaires en Ligue Europa, le jeu du club breton est bien plus délité cette saison. L'EAG n'était pas l'apôtre du "Joga Bonito" la saison passée, mais il savait ce qu'il voulait le faire et le faisait bien, avec un certain enthousiasme et une vraie confiance en ses capacités, la forme de Christophe Mandanne et Claudio Beauvue aidant. Guingamp défendait souvent mais Guingamp allait vite en contre. Guingamp ressortait les ballons. 

 

 

 

 

La prestation face à Bordeaux, exécutée plus sans ballon qu'avec (40% de possession pour les Armoricains), a montré un Guingamp peu respectueux du cuir et prêt à jouer sans la moindre ambition offensive. À la pause, l'EAG avait réussi 56% de ses passes et tenté un seul tir. Interviewé par Gaëtan Huard, Christophe Kerbrat, défenseur central, apparaissait satisfait. "On a très bien défendu." N'y a-t-il pas mieux à faire que défendre face à ce Bordeaux-là?

 

Le mercato, qui a saigné l'attaque guingampaise, explique en partie ces difficultés, cette retenue. L'EAG n'a inscrit que seize buts cette saison, moins d'un par match. Seuls Lille, Troyes et Nantes (pire attaque du championnat la saison passée) ont fait pire. La recherche d'un nouvel équilibre est visible chez Gourvennec: habitué au 4-4-2, Guingamp a démarré en 4-3-3 dimanche, avec Dembélé en pointe, un nouvel attaquant de plus dans un effectif qui a perdu vingt-huit buts à l'intersaison. 

 

Pour autant, la régression guingampaise fait mal à la Ligue 1. On a bien du mal à trouver des équipes savoureuses cette saison (hors PSG, pas toujours emballant et de toute façon dans son propre championnat). Alors que le Marseille de Bielsa, le Lyon de Lacazette et Fékir, Monaco et Caen (post-trêve) avaient animé l'exercice 2014/15 par leur jeu, seul le dernier subsiste, rejoint par Nice. Et avec toutes ces formations en galère, on a parfois l'impression de vivre l'édition du championnat de France la plus faible depuis quelques temps. 

 

 

 

 

Le match rétro : Nantes-Juventus 1996

Julien Momont – On poursuit notre voyage temporel avec l’une des plus belles victoires inutiles de l’histoire du football français. Le FC Nantes millésime 1995/96 n’était pas aussi abouti que son prédécesseur champion de France la saison plus tôt. Christian Karembeu et Patrice Loko étaient pourtant les seuls titulaires partis, remplacés par respectivement par Bruno Carotti et le Polonais Roman Kosecki. Mais les choses n’étaient plus tout à fait les mêmes, la septième place finale en D1 en témoigne.

 

 

 

Mais la magie canarie a toutefois connu un sursaut européen, jusqu’en demi-finale de la Ligue des champions, face à la championne d’Italie en titre, la Juventus Turin de Marcello Lippi. Le match aller dans le Piémont bascule après l’expulsion de Bruno Carotti en fin de première période, et la défaite 2-0 des Nantais les oblige à un exploit du même ordre que celui de Bordeaux contre l’AC Milan un mois plus tôt, en Coupe de l’UEFA.

 

Le problème, c’est que la Juventus est une machine défensive implacable. Le marquage individuel quasi tout terrain prôné par Marcello Lippi, magnifié par la rigueur et l’activité du trio Di Livio-Conte-Deschamps au milieu, est un étau asphyxiant pour n’importe quel adversaire. Même la fluidité collective nantaise n’y résiste pas, enrayée par la pression permanente sur le porteur du ballon. Cela donne un match brouillon, où les pertes de balle succèdent aux passes ratées et aux arrêts de jeu. Seul Jafet N’Doram éclaire la nuit de ses déviations lumineuses. Le reste de l’équipe de Jean-Claude Suaudeau, les latéraux Jean-Marc Chanelet et Christophe Pignol notamment, n’est pas suffisamment armé techniquement pour faire le poids.

 

 

Pourtant, grâce à un corner (Ferri) puis une récupération haute (N’Doram), Nantes fait au moins jeu égal au tableau d’affichage, répondant à un coup franc indirect (Vialli) et à un contre éclair (Paulo Sousa) d’une Juve ultra-conservatrice. L’activité et l’explosivité de Makelele donnent de l’air au milieu, et Benoît Cauet profite de l’une des seules brèches du match dans l’entrejeu turinois pour mettre sur orbite le jeune Franck Renou. Une victoire de prestige inutile, puisqu’il fallait s’imposer par trois buts d’écart pour passer. Une victoire tout de même, face au futur champion d’Europe. Quelque chose nous dit qu’avec Karembeu et Loko, l’histoire aurait été différente...

 

 

 

 

En vrac

We need to talk about Philippe. Rennes est certes, comme toutes les équipes de Ligue 1, proche des meilleures places. Mais on ne peut s’empêcher d’avoir un énorme sentiment de gâchis quand on voit les armes dont dispose cette équipe. Gros point de crispation: Juan Fernando Quintero. Philippe Montanier, qui l’a titularisé trois fois, lui préfère des joueurs dont le volume de jeu correspond plus à l’idée de solidité qu’il cherche à obtenir. Le problème, c’est que Doucouré et les autres sont à des années lumière en termes de talent offensif et que Quintero, qui aurait pu viser beaucoup plus haut que Rennes, symbolise malgré lui l’incapacité de la Ligue 1 à intégrer certains joueurs de son profil. Montanier, comme tous les entraîneurs, recherche l’équilibre. On peut regretter que cela se fasse sans le joueur le plus déséquilibrant…

 

À ce propos, les fuites du stop mis par Vincent Labrune à l’agent de Riyad Mahrez doivent être remises dans leur contexte: à l’époque, Marseille était dans une bien meilleure position que maintenant et rien ne dit que l’Algérien se serait aussi bien adapté à la Ligue 1 qu’à la Premier League. Cela n’excuse évidemment pas le ton hautain du président marseillais.

 

On a retrouvé une belle connexion entre Roberto Soldado et Cédric Bakambu, le second marquant les deux buts de Villarreal contre le Rayo Vallecano (2-1). Le Rayo, lui, est comme d’habitude moins bonne défense de Liga.

 

En cherchant depuis quand Doria avait été écarté de Grenade pour excès de vitesse sur l’autoroute de la bourde, on a retrouvé la trace de Neuton, défenseur brésilien blond qui n’a pas joué une minute de championnat cette saison. Et on constate tristement l’évolution de sa carrière. Acheté par l’Udinese en 2011, il ne joue presque pas et est prêté à Watford l’année suivante, sans beaucoup plus de réussite, puis à Chapecoense, où il est remplaçant, et maintenant à Grenade. Le point commun entre l’Udinese, Watford et Grenade: le propriétaire, Giampaolo Pozzo. Dont la stratégie "acheter pas cher revendre cher", remplie de succès depuis des années, se fait à un volume trop gros pour ne pas connaître quelques ratés qu’on tente vainement de relancer dans tous les environnements possibles.

 

 

 

 

Focus : Portland

Entraîneur : Caleb Porter.
Classement : Champion de MLS.
Dispositif préférentiel : 4-2-3-1.
Possession : 49,7% (9e).
Passes réussies : 78,3% (7e).
Duels aériens gagnés : 14,9 (10e).
Tirs concédés par match : 11,7 (9e).
Tacles par match : 18,6 (9e).
Interceptions par match : 17,8 (16e).
Fautes par match : 13 (9e).
Buts dans le jeu : 33 (7e).
Tirs par match : 14 (2e).
Tirs cadrés par match : 5 (4e).
Dribbles par match : 8,7 (2e).
Fautes subies par match : 13,3 (1er).
Joueur clé : Darlington Nagbe (milieu de terrain) ; 5 buts, 4 passes décisives, 43,5 passes par match, 88,7% de passes réussies, 1,5 tir par match, 1,9 passe clé par match, 2,8 dribbles par match, 1,2 tacle par match, 2,7 fautes subies par match.
(Statistiques WhoScored).

 

 

 

 

L'instantané tactique de la semaine

Christophe Kuchly – Le pressing du Borussia Dortmund n’a pas disparu en même temps que Jürgen Klopp est parti. Certes, Thomas Tuchel aime avoir la balle, mais il s’agit d’une philosophie quand l’équipe est en possession du ballon. Quand elle ne l’a plus, lors de la phase de transition, elle va de l’avant. Et si l’adversaire fait les mauvais choix, sa désorganisation inhérente au moment le met directement en posture délicate face à des Borussen restés hauts.

 

 

On est ici quelques secondes avant l’ouverture du score face à Wolfsbourg (victoire 2-1). Plutôt que de faire une transversale vers l’autre latéral, Vieirinha, Ricardo Rodriguez joue dans l’espace libre à destination de Josuha Guilavogui, qui redescend et se retrouve donc dos au jeu. Obligé de ralentir sa course une fois à proximité du ballon, il s’apprête à subir le jaillissement d’Henrikh Mkhitaryan, lancé au sprint. Une situation vécue assez souvent par un joueur comme Sergio Busquets, moins par l'international tricolore.

 

Malheureusement pour lui, il n’a pas beaucoup de solutions. La seule de ce cinq contre quatre, c’est Naldo qui la pointe du doigt: aller vers l’autre côté, ce qui aurait pu être fait de suite. Car le Brésilien est serré de près par Marco Reus et l’autre central, Timm Klose, par Pierre-Emerick Aubameyang. Pire, les deux attaquants sont déjà tournés vers le but sans être hors-jeu. Privé de temps, Guilavogui ne va pas assez vite pour faire sa passe et le ballon est poussé par l’Arménien. Dans la foulée, Reus conclue facilement le deux contre zéro.

 

 

 

 

Les déclas

"Ce n’est pas différent (de l’an dernier). Le classement dit que c’est différent, mais ça ne l’est pas. Si vous cherchez (ce qui ne va pas), vous allez trouver. Vous pouvez vous asseoir après un match et trouver un million de choses. Je préfèrerais dire ‘Résultat de merde, passons à autre chose’. J’ai eu des entraîneurs qui sur-analysent les choses, mais il n’y a rien là. Certains vont voir qu’on a concédé trop de buts sur coups de pied arrêtés, donc ils nous feront travailler vingt corners. Cela ne fait rien. En fait, ça fait même l’inverse. Cela souligne certaines choses et rend les gens inquiets. Dont le manager (Mourinho) dit juste 'allez, on s’y met'. La qualité est là, tout est là."
John Terry, dans un entretien avec son ancien coéquipier en sélection, Jamie Carragher.

 

"Je me souviens de la réunion d’équipe avant de partir pour le stade ce jour-là. On a écouté le manager et j’étais tellement grisé par ce qu’il avait dit – l’atmosphère, l’émotion, le sentiment – que j’en suis sorti en voulant que le match commence tout de suite. (...) Il est vraiment exceptionnel à écouter. Il a quelque chose de spontané. On ne peut pas l’imaginer assis dans un bureau à préparer une causerie. Il prend les choses comme elles viennent et c’est très sincère. À cent pour cent. La manière dont il se décrit comme ‘normal’ est vraie. Il n’y a pas d’ego mais une abondance de charisme et une aura. Il pense vraiment ce qu’il dit. Il peut être votre pote, mais pas votre meilleur pote. Il ne sortira pas prendre une pinte avec vous après un match, mais il vous appellera dans son bureau pour discuter s’il y en a besoin."
Adam Lallana confirme que Jürgen Klopp est un meneur d’hommes d’exception.

 

"Il faut comprendre que le système à Barcelone est différent de celui de Séville ou de tout autre club. La possession y est vraiment importante, ils regardent toujours votre première touche de balle, et il faut apprécier ce style de jeu parce qu’ils sont les meilleurs joueurs du monde. Normalement, Barcelone domine les matches, donc que pouvez-vous faire? On se sent vraiment chanceux. On a une bonne compréhension à travers toute l’équipe. Si on attaque du côté gauche, on doit rentrer à l’intérieur, et si on attaque à droite, on doit couvrir Leo (Messi). On doit travailler ensemble."
Ivan Rakitic, dont l’adaptation rapide au FC Barcelone a même impressionné Xavi.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

Petite leçon du récupération du ballon face au FC Barcelone par Valence, en quatre minutes à peine.

 

 

 

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

Si le 3-6-1 est votre grand passion, voilà de quoi vous satisfaire. Pour les autres, vous saurez au moins comment ce système peut être (bien) utilisé.

 

Les chiffres le confirment: Jürgen Klopp a déjà sacrément renforcé Liverpool sur le plan défensif. 

 

Angers est la deuxième meilleure défense de Ligue 1. Voilà pourquoi.

 

Des chiffres, toujours. Les analyses y vont chacun leur tour de nouveaux moyens de mesure. Cette fois, on étudie la précision du jeu au pied des gardiens

 

Le Ballon d’Or porte préjudice au football, et personne ne peut mieux porter cet argument que Jonathan Wilson

 

John Terry a beau dire que rien n’a changé par rapport à la saison dernière (voir les Déclas), Chelsea semble à court d’idées

 

Après quelques hésitations, l’Atlético revient au style de jeu qui a fait son succès avec Diego Simeone. 

 

Analyse tactique, graphique et statistique du séduisant projet de jeu niçois.

 

 

 

 

 

 

 

 

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> déconnerie

Ode à Raymond

Dans les cartons des Dé-Managers


Les Dé-Managers
2016-05-17

Dans les Cartons : bilan tactique, Italie-Yougoslavie 68, Rayo, Boateng

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Les Dé-Managers
2016-05-10

Dans les Cartons : Guardiola, Espagne-URSS 1964 et la France U17

Quel bilan tirer des trois saisons de Guardiola au Bayern? C'était comment, quand l'Espagne et l'URSS s'affrontaient en 1964? Et y a-t-il des pépites en équipe de France U17? Tant de questions auxquelles on tente de répondre cette semaine. 


Les Dé-Managers
2016-05-03

Dans les cartons : la Premier League, URSS-Yougoslavie 1960 et Aston Villa

Claudio est champion et c'est de bon augure pour la Premier League, d'autant plus qu'Aston Villa va descendre. Sinon, on revient cinquante-six ans en arrière pour un match très particulier, et on s'intéresse au sous-marin jaune. 


>> tous les épisodes de la série "Dans les cartons des Dé-Managers"

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