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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Des nouvelles de Xavi

Dans les Cartons : Dortmund, défenses en zone, toros et Atlético

On a l'impression de se répéter mais les grandes équipes sont celles qui répétent la même chose chaque semaine. Alors on en parle. Sans oublier la défense en zone du FC Lorient et les démarrages de dragster de Kingsley Coman. 

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Pep & Thomas

Raphaël Cosmidis – En début de saison, on avait enchaîné les textes à propos du Borussia Dortmund, et on s’était carrément extasié. On la voyait comme la meilleure équipe du continent. Le Bayern Munich et le FC Barcelone s’éveillaient encore. Reste qu’à deux mois de la fin de la saison 2015/16, le BVB fait toujours partie des meilleures équipes d’Europe.

 

 

 

 

Jeudi soir, opposée à Tottenham en huitièmes de finale de Ligue Europa (victoire 3-0), la formation de Thomas Tuchel a démontré, une fois de plus, toutes ses qualités, et tout le travail, monumental, réalisé par son coach depuis son arrivée l’été dernier. Successeur de Jürgen Klopp, Tuchel a su changer le BVB, le faire grandir dans le jeu, sans perdre les vertus du passé. Dortmund peut aller toujours aussi vite en contre-attaque. Mais c’est quand ils ont le ballon sur attaque placée que les Marsupiaux se sont réinventés. Là où Dortmund peinait avec Klopp, il brille sous Tuchel.

 

Tuchel, passé par Mayence avant d’arriver en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est un immense fan de Pep Guardiola. Cadet du catalan de trois ans, sa vision du foot a été grandement influencée par le Barça époque 2008-2012. “Son passage au Barça m’a imprégné comme spectateur et j’ai beaucoup appris”, avouait Tuchel en octobre dernier. Pas étonnant, dès lors, qu’émane de son équipe un parfum terriblement barcelonais. Le milieu défensif qui redescend entre les centraux, les latéraux qui s’occupent de la largeur, beaucoup de joueurs entre les lignes et des combinaisons supersoniques dans les petits espaces: Dortmund est l’équipe la plus guardiolesque à ne pas être dirigée par Pep Guardiola.

 

Par bonheur, Tuchel a hérité de joueurs capables d’exprimer sa pensée footballistique: Mats Hummels est un fabuleux relanceur; Julian Weigl a bu dans le biberon de Sergio Busquets; Ilkay Gundogan est un genre de Xavi moustachu; Henrikh Mkhitaryan fait tout pour être renommé Andrés Iniesta. L’occupation de l’espace voulue par Tuchel permet à ces talents-là de s’exprimer dans les meilleures conditions. En reculant, Weigl donne du temps à Hummels, qui peut ainsi atteindre des joueurs entre les lignes. Reus, Aubameyang, Kagawa, Castro et Mkhitaryan ont pour mission de conclure dans les trente derniers mètres, en multipliant les appuis-remises, en jouant court à l’extrême pour exploiter leur supériorité technique.

 

Tandis qu’au Bayern Munich, les décalages se créent souvent sur les ailes, à Dortmund, le ballon atteint les flancs une fois le décalage déjà fait. Les joueurs offensifs du Borussia sont si doués et ont développé une telle compréhension qu’ils n’ont parfois même plus besoin de passer par les côtés. Le troisième but face à Tottenham est arrivé après vingt-et-une transmissions, mais surtout après une passe laser de Weigl et un jeu à trois parfaitement chorégraphié entre Aubameyang, Castro et Reus. En une intersaison et aucune recrue de marque, Thomas Tuchel a bouleversé le Borussia Dortmund, qui retrouvera la Ligue des champions la saison prochaine. En attendant, il y a une Ligue Europa à gagner, et qui sait, un Bayern Munich à rattraper en Bundesliga. Cinq points séparent deux équipes dont les entraîneurs sont si proches.

 

 

 

 

Pédago : défendre en zone

Julien Momont – Si vous avez lu “Comment regarder un match de foot?”, et plus particulièrement la partie “Ne pas avoir le ballon”, d’abord on vous en remercie, et ce qui suit aura peut-être un air de déjà-vu, mais c’est l’illustration concrète des éléments développés sur la question de la défense en zone. En trois jours, deux clubs français ont ainsi illustré deux des nombreuses nuances que l’on peut retrouver dans ce que l’on appelle “défendre en zone” – et qui se distingue, évidemment, du marquage individuel à la Guy Roux ou Marcelo Bielsa.

 

Le Paris Saint-Germain, d’abord. À Londres, contre Chelsea (2-1), les hommes de Laurent Blanc ont, en défense placée, adopté une approche dans laquelle l’adversaire direct comptait beaucoup dans le placement. On a ainsi vu Lucas rester souvent très excentré côté gauche, à proximité de Cesar Azpilicueta, même quand le ballon était à l’opposée, ne coulissant donc pas vers le centre pour conserver des distances égales avec ses milieux de terrain. De même, Blaise Matuidi et Adrien Rabiot étaient pratiquement en marquage individuel sur Cesc Fabregas et Obi Mikel, tout en gardant une notion de zone – le 4-3-3 parisien s’imbriquait de toute façon bien sur le 4-2-3-1 des Blues. Cela a ainsi ouvert des espaces dans le bloc du PSG, qui perdait assez facilement sa structure en défense placée, chose que Willian et Hazard ont tenté d’exploiter mais pas toujours avec succès. On notera toutefois que les quatre défenseurs parisiens sont plutôt dans une approche de zone quasi intégrale pour conserver leur alignement, de quoi nuancer encore un peu plus les choses.

 

 

Samedi, au Moustoir, dans la plus pure tradition tactique de Christian Gourcuff, Lorient a appliqué d’autres préceptes, ceux de la zone intégrale. Dans cette approche, l’adversaire direct ne compte pas, c’est le ballon seul qui détermine le placement défensif. Quand il est situé sur un côté, les joueurs à l’opposée resserrent dans l’axe pour conserver des distances fixes. Il y a, évidemment, toujours une notion de vigilance par rapport à l’adversaire laissé libre dans le dos, c’est pourquoi les distances entre les joueurs, définies plus ou moins strictement en fonction des entraîneurs, doivent permettre de rester dans ce que Guy Lacombe, en charge de la formation des coachs français, appelle la “distance d’intervention”. Concrètement, le temps que l’OM renverse le jeu par un long ballon, le latéral ou l’ailier lorientais avait le temps d’être proche du Marseillais à la retombée. Là où Lucas et Di Maria avaient d’ailleurs la mission, à Chelsea, de suivre Azpilicueta et Kenedy, Cabot et Barthelmé devaient eux conserver leur place dans le bloc défensif, laissant Gassama et Guerreiro intervenir en cas de montées de Manquillo (puis Isla) et Mendy (puis Manquillo). On retrouve cette même approche de zone intégrale à l’Atlético Madrid de Diego Simeone.

 

 

 

 

 

 

En vrac

Las Palmas, qui avait failli prendre des points au Barça (1-2), a fait pareil contre le Real. Une très belle prestation, avec plus d’occasions, de tirs et de possession, mais une défaite 2-1 sur deux coups de pieds arrêtés malgré un très bon Momo côté gauche. Vu ce qu’elle produit, cette équipe mérite vraiment de se maintenir dans l’élite.

 

En Liga toujours, on conseille à tout le monde de se débrouiller pour revoir Séville-Villarreal (4-2), sommet de jeu et l'un des matches de l'année entre deux des favoris pour la victoire en Ligue Europa… et tout simplement deux formations parmi les plus fortes du moment.

 

Kingsley Coman n’a pas simplement réussi trois passes décisives face au Werder (victoire 5-0 du Bayern), il a créé les actions à partir de rien. À l’arrêt, près de la ligne de touche et à trente mètres du but, il accélère pour se donner de l’espace et centre parfaitement pour Thiago au point de penalty pour le premier but. Sur le deuxième, c’est lancé et en vitesse qu’il dépose son défenseur et, une fois dans la surface, trouve Müller. Enfin, le cinquième, à nouveau signé Thiago, part d’un face à face gagné par Coman d’un dribble, le Français donnant un caviar à terre à son partenaire. Un vrai carnage sur le côté droit, avec une impressionnante vitesse d’appuis.

 

Pendant ce temps, côté gauche du Bayern, Franck Ribéry et David Alaba retrouvent leur complémentarité, tant dans leurs échanges balle au pied que dans leurs déplacements coordonnés. Le Français reste généralement le plus excentré, collé à la ligne de touche, tandis que l’Autrichien se place à hauteur de Xabi Alonso, légèrement à l’intérieur. Mais quand Ribéry repique, Alaba s’engouffre dans son dos, compensant pour maintenir la largeur. Une option de plus pour Pep Guardiola, qui peut bien s’amuser dans les couloirs avec Robbery, Coman, Douglas Costa voire Götze.

 

La prestation de la charnière centrale marseillaise à Lorient (1-1) a été affolante d’approximation, entre des placements presque toujours baroques, offrant des boulevards à Majeed Waris dans la profondeur, un marquage aussi intermittent que l’implication de Nicolas Nkoulou et Karim Rekik était sur courant alternatif. Heureusement, il y avait encore un grand Steve Mandanda – dont il faudrait d’ailleurs songer à ériger une statute dans la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde –, mais le portier international paraît de plus en plus exaspéré, et on le comprend.

 

Les après-match de Ligue des champions de la semaine dernière ont été assez étranges, entre une Zinédine Zidane qui estimait que sa défense avait bien fait son boulot contre la Roma puisqu’elle n’avait pas encaissé de but (victoire 2-0) – occultant donc les boulevards laissés en contre à Mohamed Salah et les autres – et des Parisiens très satisfaits d’une maîtrise jugée totale contre Chelsea, mais que l’on n’a plutôt trouvée que très partielle, pour notre part, notamment dans l’entrejeu. Certains parviennent à être brillants dans leurs analyses à chaud – coucou Yoann Gourcuff –, mais cette fois, on est resté un peu interloqué.

 

 

 

Focus : Stoke City

Entraîneur : Mark Hughes.
Système préférentiel : 4-2-3-1.
Classement : 9e de Premier League.
Possession de balle : 50,3% (10e).
Passes réussies : 79,6% (8e).
Passes courtes par match : 380 (10e).
Longs ballons par match : 63 (17e).
Duels aériens gagnés par match : 15,7 (13e).
Centres par match : 19 (17e).
Tacles par match : 18,5 (15e).
Buts sur coups de pied arrêtés (hors penaltys) : 4 (20e).
Cartons : 38 jaunes, 4 rouges (3e le moins sanctionné).
Joueur clé : Marko Arnautovic (attaquant côté gauche) : 10 buts, 4 passes décisives, 2 tirs par match, 1,4 occasion créée par match, 1,4 dribble par match, 80,5% de passes réussies.
(Statistiques WhoScored).

 

 

 

 

 

 

 

L'instantané tactique de la semaine

C. K. – Le pédago étant très costaud, on va ici faire dans le très basique avec... le jeu long. Via une équipe qui le maîtrise à la perfection: l’Atlético Madrid. On joue ici les dix dernières minutes et les Colchoneros mènent tranquillement 2-0 face à une équipe de La Corogne pas au mieux en ce moment puisqu’elle attend une victoire depuis mi-décembre. A priori, il n’y a pas de raison d’attaquer pour marquer à nouveau, surtout quand on n'encaisse quasiment jamais et qu’on est dans un championnat qui ne se joue pas à la différence de buts. Mais il y a des actions trop belles pour être ignorées.

 

 

Gabi, qui fait rouler le ballon au sol avant de tirer un coup franc dans son camp, voit Angel Correa prêt à plonger dans le dos de la défense. Celle-ci, positionnée très haut, ne peut virtuellement pas intervenir face à un attaquant rapide et frais. Le capitaine de l’Atlético doit faire vite: il ne prend pas d’élan et dépose, droit devant, le ballon dans la course de Correa, qui a dosé son timing pour ne pas partir hors-jeu. L’attaquant est suffisamment loin du gardien adverse pour se permettre un contrôle un peu long et gagne son face à face.

 

 

 

 

Les déclas

Pour bien attaquer au centre, il faut des joueurs démarqués sur les côtés et pour bien attaquer sur les côtés, il faut bien jouer dans les zones centrales. Les deux sont nécessaires. Tu peux jouer sur les ailes, en fonction du placement des joueurs extérieurs. Mais aussi au centre. Parfois, les ailiers de l’équipe adverse suivent nos latéraux ou ils poursuivent nos ailiers, comme l’a fait Darmstadt. Notre espace pour attaquer était donc dans l’axe. Mais il faut bien occuper les positions, appliquer un bon pressing et interpréter correctement où se situent les espaces. Par exemple, si le milieu central de l’adversaire reste toujours en position, et qu’il la garde quoi qu’il arrive, qu’il ne bouge pas vers l’avant, comme la Juventus l’a fait à Turin, il y a peu d’espaces entre les lignes. Mais si le milieu axial adverse monte vers des positions avancées et presse notre milieu défensif, peut-être que sa position initiale restera inoccupée et qu’un joueur du Bayern pourra se déplacer autour de cette zone pour attaquer par là. Cela dépend toujours des mouvements de l’autre équipe. Ensuite, il faut lire où sont les espaces, et jouer et attaquer dans ces espaces.

Leçon de jeu de position par Pep Guardiola (via @GuardiolaTweets).

 

Qu’est-ce que défendre? Cela veut dire que personne ne dribble ou n’attaque? Mon dieu, le football serait chiant, non? Vous pouvez vous préparer à uniquement défendre mais si le joueur vous dribble quand même… quoi, vous pensez être le seul joueur rapide? Si vous défendez, vous n’attaquez pas et si vous attaquez, vous ne défendez pas? Quel est le but du football? Gagner. Et pour gagner vous devez marquer plus que l’adversaire. Le vainqueur n’est pas simplement l’équipe qui défend de manière incroyable, si vous défendez bien mais ne marquez pas, c’est inutile.

Daniel Alves, au Guardian.

 

"Les entraînements sont insuffisants. En France, il est de coutume de ne rien faire dans les deux jours qui précèdent et qui suivent une rencontre. Il reste alors peu de temps pour s’entraîner de manière fonctionnelle. Il est difficile de convaincre les joueurs de changer leurs habitudes. Cela tient plus à la culture sportive d’un pays qu’à la prétendue fainéantise des joueurs. Au début des années 2000, la France était devant, avec entre autres le centre de Clairefontaine, mais tout cela a changé au cours de la dernière décennie. J’ai cependant rendu visite à la FFF fin décembre et j’ai été impressionné par leur plan. Je pense que la France est à l’aube d’une génération en or."

Jan van Winckel, l'ancien adjoint de Marcelo Bielsa, dans une interview à L'Équipe qu'on conseille vivement.

 

 

 

La vidéo de la semaine

Vous avez vu les toros du Bayern, impressionnants de vitesse? Ils ont de réelles fonctions dans le perfectionnement du jeu de position. Décryptage (avec des annotations dans un espagnol intuitif). 

 

 

 

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

Johan Cruyff est un prophète, et ses disciples sont éparpillés un peu partout dans le monde.

 

Comment Thomas Tuchel a continué à construire sur les fondations posées par Jürgen Klopp.

 

Le débat sur la meilleure position de Toni Kroos fait rage (oui, à ce point). Ici, on le préfère comme sentinelle.

 

Un article pour tout comprendre de l’organisation défensive brillante de l’Atlético Madrid.

 

Mais au fait, comment on crée un projet de jeu?

 

Parce que l’analyse tactique n’est pas le domaine réservé des blogueurs, le site officiel de la Juve a publié une analyse tactique détaillée du huitième de finale aller contre le Bayern.

 

 

 

 

 

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