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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


Du même auteur

Dans les Cartons des Dé-Managers : #63
Le bilan de la saison

Prédictions avérées ou non, championnats plus ou moins prévisibles, Séville, MSN, l'OM, Caen, Chelsea, les Milan, Rennes, Luis Enrique, Allegri, Joaquin, la Roumanie (!), Pablo Aimar...ça défile aussi vite qu'à une after entre White Walkers. 

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Nos prédictions tactiques se sont-elles réalisées?

Julien Momont – En septembre dernier, nous avions tenté le jeu des prédictions tactiques pour la saison à venir sur le blog. Pour la dernière livraison des Cartons de l'exercice 2014/2015, il est temps de confronter prévisions et réalité.

 

On espérait d'abord que la Ligue 1 serait variée tactiquement, sans en être totalement convaincu. Force est de constater qu'au moins en terme de systèmes, la saison a été animée. Le principal artisan est évidemment Marcelo Bielsa, qui a suscité moults débats sur son alternance entre 4-2-3-1 et 3-3-3-1 en fonction du nombre d'attaquants adverses. Mais dans son sillage, on a aussi vu Willy Sagnol, autre novice en L1, multiplier les adaptations tactiques, entre 4-2-3-1, 4-3-3, 5-3-2 et enfin 4-4-2 en losange. Ce dernier système a d'ailleurs été un recours pour nombre d'entraîneurs, au-delà des habitués lillois et lyonnais: il a permis de faire briller Javier Pastore dans une évolution du 4-3-3 de Laurent Blanc, il a été la solution de Dominique Arribagé pour redresser le Téfécé, et la clé du succès nantais face à l'OM à la Beaujoire (1-0). Sans viser à l'exhaustivité, on saluera aussi l'adaptabilité de Christophe Galtier, qui a su jongler efficacement entre 4-3-3, 4-2-3-1 et 5-3-2.

 

 

 

 

On était en revanche un peu plus sûr que la défense à trois gagnerait du terrain en Europe, ce qui n'a pas vraiment été le cas. La Juventus Turin s'en est détournée, en tout cas en tant qu'option première; Alain Casanova l'a emportée dans ses valises après avoir quitté le banc du Téfécé; Louis van Gaal y a renoncé après des résultats catastrophiques en début de saison. Le plus souvent, les défenses à trois ont été la résultantes de choix conjoncturels plus que d'une véritable conviction idéologique à long terme. La faute, peut-être, à la difficulté de trouver le bon équilibre entre défense et attaque.

 

Parmi nos autres prédictions, le déclin du tiki-taka s'est confirmé, en tout cas dans sa version stérile et stéréotypée. Le Barça a ainsi réussi sa transition vers un jeu beaucoup plus vertical, qui permet à son trio offensif de se régaler dans les espaces. L'heure est à la variété, à l'adaptabilité, incarnée par la Juventus Turin. Le jeu de possession n'est pas mort pour autant: les cinq champions des "grands" championnats dépassent 55% de possession moyenne, les trois équipes les plus dominatrices (Paris 63,5%, Bayern 70,2%, Barcelone 69,7%) ont toutes été sacrées. Car elles restent très efficaces lorsque leur possession ne ronronne pas.

 

À part ça, le 4-4-2 reste bien le système de base défensivement pour nombre d'équipes, les deux lignes de quatre ayant fait leur preuve en termes de solidité et de quadrillage du terrain. Pep Guardiola a, lui, bien tenté quelques expérimentations loufoques, comme attendu (Rafinha défenseur central gauche au Camp Nou, sérieusement?), mais il a été freiné par les blessures, notamment celles de son couteau suisse (mais Autrichien) David Alaba. On n'est sûrement pas au bout de nos surprises...

 

 

Messi 2015

Raphaël Cosmidis – Dans vingt ans, quand on dira que “c’était mieux avant”, on le dit déjà de toute façon, que nous évoquera le football de 2015? Le creusement des écarts économiques entre les clubs? Le triplé du PSG? La corruption de la FIFA? La danse insouciante de Sepp Blatter, genre de Michel Drucker démoniaque?

 

On aime ici se concentrer sur le jeu, cette chose qui résiste le mieux à la corruption, la seule que les footballeurs et les entraîneurs contrôlent encore et n’ont pas abandonnée à des instances incompétentes et dépravées. Alors 2015 nous évoquera sans doute la saison de la Juventus, les râteaux de Marco Verratti et les inspirations argentines d’un Dimitri Payet jamais aussi grand. On se souviendra de l’épopée miniature de Guingamp, comme quoi jouer la Ligue Europa n’interdit pas les résultats en championnat (Séville l’a prouvé également).

 

 

 

 

Mais 2015 n’est à aucun de ceux-là. On dit souvent que le football appartient aux grands joueurs. Et le football connaît peut-être actuellement le plus grand joueur de son histoire. Les plus âgés diront que Pelé et Maradona, c’était quelque chose, que les tacles étaient plus sévères, qu’il fallait survivre autant que jouer. Les plus jeunes répliqueront que le sport s’est professionalisé, qu’il est devenu plus ardu d’être différent, supérieur. Ils diront qu’on n’a jamais vu aussi fort que Lionel Messi.

 

Son année 2014, gâchée par les blessures et les traces laissées par des blessures plus anciennes, s’était révélée plus que satisfaisante, sa Coupe du monde mésestimée. S’il ne méritait sans doute pas le titre de meilleur joueur du tournoi, il a bien porté l’Argentine pendant un mois, comme Maradona l’avait fait avant lui. Et à un coup de patte d’Higuain près...

 

Mais Messi a véritablement retrouvé la vie, la grande, en 2015. En se réconciliant avec l’aile droite, en s’associant avec Luis Suarez et Ivan Rakitic, en combinant avec Daniel Alves comme au commencement de l’ère Guardiola. Le dévissage de Boateng, l’évanouissement de cinq Basques, et puis ces passes qui survolent toute la largeur du terrain pour atterrir pile dans la course d’un partenaire, seul face au gardien... Messi a réappris à tout faire mieux que tout le monde cette saison. Et quel que soit le résultat de la finale de la Ligue des champions, il nous sauve du débat autour du Ballon d’Or. Le meilleur joueur de la planète, c’est lui. De tous les temps? On verra ça dans vingt ans...

 

 

 

 

On a aimé

 

La fougue, l'intensité mais aussi la maîtrise affichée par les jeunes Lyonnais tout au long de la saison. S'ils ont bêtement perdu quelques points (contre Nice, notamment) qui ont finalement dissipé leurs rêves de titre, ils ont affiché une impressionnante constance dans la performance, ainsi que quelques mouvements offensifs de classe. On espère revoir le duo Lacazette-Fekir en Ligue des champions la saison prochaine.

 

La deuxième partie de saison emballante de Caen. Terriblement malchanceux et, il est vrai, pas totalement au niveau pendant la première partie de la saison, les Normands se sont sauvés par le jeu, portés par la résurrection de Julien Féret, l'activité de N'Golo Kanté et la vitesse de leurs flèches sur les côtés. L'audace a payé, et on espère que les Troyens de Jean-Marc Furlan en seront à leur tour récompensé la saison prochaine.

 

Le trio Messi-Suarez-Neymar, évidemment. Qu'il est loin le temps où l'on s'interrogeait sur la faculté des trois à s'entendre, sur le déséquilibre défensif potentiellement causé par leir association, sur le niveau même de premier nommé, en ces pages. L'heure est au mea culpa. La MSN, une fois les automatismes en place, a été redoutable d'altruisme, d'intelligence et de qualité technique, forcément. Le tout sans empêcher le Barça de finir deuxième meilleure défense d'Europe – au nombre de buts encaissés, en tout cas.

 

On aurait pu mettre en "On n'a pas aimé" l'acharnement de certains consultants contre Marcelo Bielsa, mais on préfère insister sur le positif: l'OM a régalé, cette saison. Tout n'a pas été parfait, certaines décisions de l'Argentin sont effectivement contestables, mais impossible de nier l'évidence: il a apporté un allant offensif terriblement séduisant à Marseille. En valeur intrinsèque, on peut penser que les Olympiens finissent à leur place (4e), mais la performance est d'autant plus appréciable à l'issue d'une saison pleine de panache. Mais bon, on ne peut pas empêcher certains de préférer l'OM version Élie Baup...

 

Voir Séville aller une nouvelle fois au bout en Ligue Europa grâce à un effectif bien construit et un projet de jeu cohérent. Les Sevillans n'ont peut-être pas pratiqué le plus beau football du pays mais ils ont su mettre sur le côté les éléments doués mais qui ne collaient pas parfaitement à la philosophie. On a donc beaucoup plus vu Aleix Vidal que Gerard Deulofeu, et assisté, entre autres, à l'épanouissement de Vitolo.

 

Deuxième du championnat, vainqueur de la Coupe et auteur d'un beau parcours européen, Wolfsbourg a réussi une saison marquante, porté par son meneur: Kevin de Bruyne. Buteur mais surtout passeur, il a permis à son équipe de ne jamais baisser le pied alors que, depuis janvier, seul Bas Dost est à même d'occuper le poste de numéro 9 de manière crédible. Les Loups n'ont pas beaucoup plus centré que les autres, mais ils l'ont mieux fait et avait un bonhomme capable de bonifier les ballons.

 

 

 

 

On n'a pas aimé

 

La qualité de jeu très médiocre du Stade rennais. Philippe Montanier a pourtant eu les moyens de mettre en place l'effectif qu'il souhaitait, et il dispose d'ailleurs de plusieurs bons joueurs de ballon (Pedro Henrique, Toivonen, Ntep, Prcic, André…). Le technicien breton n'est cependant pas parvenu à mettre en place un jeu collectif de qualité et s'est rabattu vers une approche minimaliste: on donne le ballon à Ntep, et on ferme derrière.

 

Le changement de visage de Chelsea entre la première et la seconde partie de la saison. Très emballants d'abord, portés par les inspirations de Fabregas, les accélération d'Hazard et l'efficacité de Diego Costa, les Blues ont ensuite été plus gestionnaires, plus rigides, moins brillants. Ils ont réussi à gagner des deux façons, dans la plus pure tradition des équipes de José Mourinho, mais on a quand même pris beaucoup plus de plaisir à regarder la première version jouer.

 

Les deux Milan, embourbés dans leur médiocrité, sans style de jeu et sans idées. L'Inter, mieux fourni et avec un coach expérimenté à sa tête, semble tout de même être en avance sur son concurrent, qui rêve d'Ancelotti et d'Ibrahimovic mais dont le meilleur joueur s'appelle Jérémy Ménez.

 

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

Quel est l'écart entre les prédictions du CIES et le classement final de la Ligue 1? La réponse: le championnat de France reste le plus imprévisible parmi les cinq grands championnats européens. (Cliquez dessus pour y voir quelque chose). Et il existe les mêmes tableaux pour le reste de l'Europe.

 

 

 

 

 

 

Les déclas

 

"On a toujours tendance à enjoliver les choses du passé. Il n'y a pas deux équipes identiques. Le travail d'un entraîneur est d'obtenir le meilleur des joueurs. En plus de ça, à Barcelone nous voulons le faire de manière attractive, parce que nos supporters ont l'habitude de regarder du bon football et vous pouvez jouer du bon football de plein de manières. Nous avons besoin du ballon et nous voulons l'avoir. Mais cela ne signifie pas que l'on sera toujours capable de l'avoir – il y a des adversaires en face, les joueurs ne sont pas toujours dans un bon jour, les entraîneurs font des erreurs. Les choses changent constamment et c'est un sport très compliqué. Il y a un terrain immense, onze joueurs qui sont censés avoir la même identité et les mêmes idées. C'est très difficile de faire les choses collectivement."

Luis Enrique, dans une interview pour le site de l'UEFA.

 

"Marquer Messi en individuel est impossible, il faut travailler autour. (...) Il ne faut pas faire de choses exagérées, nous devons jouer un match bien compact. Contre le Barça actuel, il faut de la patience et de la force mentale."

L’entraîneur de la Juventus Turin Massimiliano Allegri, dont les propos en conférence de presse ont été relayés par le quotidien catalan Sport.

 

"Emery passait tellement de vidéos que j'étais à court de pop-corn. Le football est une obsession chez lui, c'est presque pathologique. C'est un des meilleurs coachs que j'ai connus. J'ai travaillé trois ans avec lui, je ne pouvais pas en encaisser un quatrième."

Joaquin sur l'entraîneur de Séville, double vainqueur de la Ligue Europa, dans des propos recueillis par le Guardian.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

 

Dans l'analyse de la finale de l'Europa League, on avait évoqué l'apport important d'Ever Banega. Le voici illustré en vidéo.

 

 

 

 

L'anecdote

 

L'histoire nous vient de Roumanie. Ce week-end, l'Universitatea Craiova recevait le CFR Cluj. Tout se déroule à merveille pour les locaux en seconde période, leur attaquant jordanien Thaer Bawab ouvre le score, Baluta fait ensuite le break et Bawab s'offre enfin un doublé. Son entraîneur se précipite alors et le sort dans la foulée. La raison? Il aurait perdu un pari de 1.000 euros avec son attaquant s'il avait atteint les dix buts cette saison. Le compteur de Bawab est donc resté bloqué à neuf...

 

 

 

 

Le bonus

 

Juste pour le plaisir, le retour de Pablo Aimar à River Plate, quatorze ans et quatre clubs (dont un bref passage en Inde) après son départ, et toujours la même tête d'enfant. River l'a emporté 2-0 sur Rosario Central.

 

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

 

Analyse, chiffres à l'appui, du déclin d'Iker Casillas.

 

Soccer Populaire fait le bilan de la saison de Russian Premier League.

 

Les statistiques, ça permet de définir le style typique de l'équipe d'un pays. Et de chercher qui s'en rapproche à l'étranger.

 

Plongée dans la philosophie de formation de l'AZ Alkmaar.

 

Analyse de l'étouffant Bayer Leverkusen de Roger Schmidt.

 

Alan Pardew pourrait-il prétendre au titre de meilleur entraîneur de Premier League? Analyse statistique.

 

 

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