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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Chute en tête du peloton

Dans les cartons des Dé-Managers : #44

Le vainqueur du Ballon d'Or et son dauphin, Marcelo Bielsa, Jérémie Bréchet, Gary Neville mais aussi Matias Kranevitter. Passé, présent et futur du football se donnent rendez-vous.

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Le Ballon d’Or ne vaut plus rien

Julien Momont (@JulienMomont) – Les débats étaient sympas, on s’est bien amusé, on a bien rigolé à essayer de se convaincre que Manuel Neuer pouvait remporter le Ballon d’Or. Mais maintenant, on peut arrêter de faire semblant, parce qu’il n’y a jamais eu l’ombre d’un doute. Les règles du scrutin sont désormais telles que le troisième couronnement de Cristiano Ronaldo était inéluctable. Le fruit d’un basculement décisif en 2010, avec le passage du trophée sous l’égide de la FIFA, quitte à en dénaturer complètement l’essence et s’engager à contre-sens d’une histoire soixantenaire.
 

 


 


Alors oui, l’attaquant portugais a marqué plus que quiconque. Il a affolé les compteurs en 2014 et il les affolera encore en 2015. Mais cela ne suffit pas (encore) à en faire l’égal, dans l’histoire du football, de Marco van Basten, Michel Platini et Johan Cruyff, qu’il a rejoints au nombre de sacres. Le temps qui passe embellit les souvenirs, mais ces derniers étaient bien plus qu’une simple addition de chiffres. Ils dégagaient et incarnaient bien autre chose.


Oui, Cristiano Ronaldo avait les meilleures statistiques en 2014. Mais les chiffres ne sont jamais porteurs de vérité absolue et doivent être pondérés. Le Portugais est passé au travers de la compétition majeure de l’année et n’a toujours rien gagné avec sa sélection. Surtout, en 2014, il n’a marqué aucun but décisif dans un match déterminant pour un titre. Ni en finale de la Coupe du Roi, ni en finale du Mondial des clubs. Il a certes inscrit un doublé en demi-finale retour de Ligue des Champions, à Munich, mais le score cumulé était alors déjà de 3-0. En finale contre l’Atlético (4-1), ses simagrées après son penalty sans enjeu, au bout de la prolongation, avaient fait sourire les moins virulents.


Nous ne sommes peut-être que des utopistes romantiques et idéalistes, mais ce Ballon d’Or pouvait être celui des hommes “de l’ombre”, si l’on peut dire, alors qu’ils ont tant brillé. Le chef d’orchestre du Real Luka Modric. Angel Di Maria, tellement plus déterminant que Cristiano Ronaldo dans le triomphe du Real en Ligue des Champions et autrement plus en vue au Mondial. Arjen Robben, aussi, qui a porté sur ses épaules l’attaque oranje et n’a jamais été aussi fort qu’en 2014. Mais, et ce n’est un secret pour personne, le Ballon d’Or ne reviendra jamais plus à ceux dont l’apport est avant tout collectif, plus difficile à capter par les analystes parce qu’il est bien moins quantifiable numériquement. On avait de toute façon fait une croix sur le sacre d’un Allemand. Au moins, Wesley Sneijder ne sera plus seul à pouvoir déplorer l’inanité du palmarès des années de Coupe du monde.


Dans un an, la mascarade recommencera. Quelques outsiders ressortiront encore du lot pour contrarier la suprématie du duel – tellement lucratif et tellement ancré dans les esprits qu’il vampirise tout le reste – entre Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Mais si rien ne change d’ici là, on ne sera encore pas dupe. Le Ballon d’Or n’a jamais été le trophée parfait, mais aujourd’hui, il ne veut vraiment plus rien dire.
 

 

 

 

Lionel Messi, le surdoué redevenu ailier

Raphaël Cosmidis – Il paraît sans doute peu opportun d’en remettre une couche sur Lionel Messi alors que l’Argentin est monté une huitième fois de suite sur le podium du Ballon d’Or. La Pulga a pourtant vécu une année 2014 moins glorieuse que les précédentes, une année incomplète qui nous a presque fait croire à un véritable déclin.
 

 


 


Moins inhumain qu’entre 2010 et 2012, le quadruple Ballon d’Or n’est pourtant pas près de rejoindre la normalité. Après une Coupe du Monde disputée en tant que meneur de jeu dans une équipe qui n’était pas construite pour jouer, Messi est revenu au Barça dans l’axe, derrière Neymar et Luis Suarez, deux joueurs qu’il a servis avec bonheur au début de la saison. Depuis, Luis Enrique, fragilisé par les défaites et les performances fades, a légèrement modifié ses plans et aligné son meilleur joueur souvent sur l’aile droite, une zone que les adversaires du Barça aimaient ignorer ces derniers mois. Au Parc des Princes, le PSG avait volontairement poussé les Catalans à surexploiter les espaces offerts à un Dani Alves bien trop seul.


Ex-meilleur faux numéro 9 du monde, Messi est devenu le meilleur numéro 10 du monde quand l’Argentine et le Barça en ont eu besoin. Ces dernières semaines, il a rappelé qu’il pouvait très bien remonter dans le temps et ressusciter la largeur du FC Barcelone. Ce week-end, contre l’Atlético Madrid, le natif de Rosario a fait voler en éclats les plans de Diego Simeone. Jésus Gamez a vécu un cauchemar alors que Diego Godin et José Maria Gimenez, occupés par Neymar et Luis Suarez, ne pouvaient pas couper les percées diagonales de Messi.


Au final, une passe décisive, un but, douze (!!!) dribbles réussis et un match écrasé de sa conduite de balle. On n’avait pas vu la star barcelonaise être aussi dominatrice depuis la victoire 4-3 au Bernabéu en mars 2014. Dimanche soir, dans un Camp Nou enfin séduit, Messi est redevenu le meilleur ailier droit du monde. De quoi redonner de l’espoir au Barça, qui a ainsi réappris à utiliser les flancs, secteur de son jeu porté disparu depuis la régression de Dani Alves. Messi n’est pas toujours le meilleur joueur du monde, mais il reste le plus talentueux.
 

 

 

 

On a aimé


Alexandre Lacazette est dans une autre dimension. Il plane, survole ce championnat tel un condor. Attention, inondation de statistiques (mais elles sont impressionnantes): quatre doublés d’affilée, huit buts sur ses onze derniers tirs, impliqué dans 54% des buts de la meilleure attaque de Ligue 1 (43 buts), dix-neuf buts en vingt journées, une première pour un attaquant français en Ligue 1 depuis plus de quarante ans... Et il n’y a pas que les réalisations: dimanche, lui l’avant-centre a réussi 82 % de ses passes contre Toulouse. Impressionnant.


Parmi les révélations européennes de la saison, le Brésilien Felipe Anderson s’affirme semaine après semaine. Dernière scène de représentation: le derby romain (2-2), où le milieu offensif laziale de vingt-et-un ans n’a pas seulement marqué et été passeur décisif, il a aussi été un poison intenable, à droite comme à gauche. Malheureusement pour la Lazio, en face, il y avait Totti...


Le jeu long de Sergio Ramos en Coupe du Roi face à l’Atlético Madrid. Les changements d’aile précis de l’Espagnol ont été capitaux en première période pour fuir le pressing des Matelassiers. L’ancien Sévillan n’a néanmoins pas pu empêcher la défaite du Real Madrid (2-0).


La discipline Simeonesque de Southampton à Old Trafford (0-1). Disposés en 4-4-1-1 slash 4-4-2, les joueurs de Ronald Koeman ont parfaitement coulissé, restant compacts et choisissant d’abandonner un peu de liberté à Antonio Valencia et ses centres aux paraboles non maîtrisées. Résultat, presque aucune occasion pour les Red Devils avant la 80ème minute. Entre temps, Dusan Tadic avait fait la différence, d’un pied gauche qui ne laisse pas indifférent.


 

 

On ne sait pas trop

 

L’entrée de Marouane Fellaini contre Southampton, à vingt minutes de la fin. Si le jeu des Mancuniens est devenu stéréotypé, les fixations du Belge près de la surface des Saints ont libéré l’expression et les déplacements de Juan Mata. L’international espagnol a eu plusieurs fois la possibilité d’égaliser, à bout portant ou autour des seize mètres. À noter au passage la qualité de centre de Daley Blind sur l’aile gauche, après avoir passé le plus clair du match en défense centrale.


 

 

On n'a pas aimé

 

On vante assez souvent les mérites tactiques de Marcelo Bielsa pour pouvoir admettre que l’entraîneur argentin n’a pas su faire basculer le déplacement à Montpellier (2-1) en la faveur de son équipe. Son 3-3-3-1 a été étouffé et avec lui la pierre angulaire Gianelli Imbula, et ce ne sont pas les premières lacunes affichées de ce système cette saison. Et en cours de match, El Loco n’a pas su faire les ajustements nécessaires.


Comment le PSG a-t-il pu laisser échapper le match à Bastia (4-2), dix-neuvième de Ligue 1 au coup d’envoi? Incapables d’enrayer la remontée bastiaise, impuissants et sans révolte une fois menés, les Parisiens ont sombré, effaçant bien rapidement les bonnes résolutions de rigueur et de détermination clamées pour 2015. En plus d’être toujours aussi poussif et fade offensivement, Paris n’offre même plus la garantie de savoir préserver un score. Inquiétant.


L’AC Milan a au moins l’excuse d’avoir été à dix pendant la deuxième période de sa rencontre face au Torino (1-1). C’est bien la seule chose qui pourra vaguement les excuser d’avoir été complètement dominés par les partenaires du bon vieux Alexander Farnerud.


L’expérience Jésus Gamez latéral gauche ratée de Diego Simeone face au Barça (1-3). En plaçant un droitier face à Messi, l’entraîneur argentin a tenté d’empêcher les courses de son compatriote vers l’intérieur. Mais l’écart de niveau était trop grand entre les deux joueurs et le quadruple Ballon d’Or a fait ce qu’il voulait du ballon et des espaces. Dire que Filipe Luis est sur le point de se marier avec le banc de Chelsea pendant ce temps...

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

Y-a-t-il une corrélation entre la distance parcourue par match et le résultat? Réponse en stats avec la phase de poules de la Ligue des champions 2013/2014. Les équipes en orange se sont qualifiées, pas les autres. (Cliquez sur l'image pour y voir quelque chose)

 

 

 

 

Les déclas


[Jérôme Leroy] est un mec à part. Il est capable de ne pas avoir envie de jouer comme de faire des choses extraordinaires. En finale de Coupe de France (2007), le coach veut le sortir : «Jérôme, tu fais n’importe quoi, je te sors !» Et l’autre: «Non, je sors pas.» Il se lève et il va sur le terrain. Et il donne la passe décisive pour l’égalisation. Je n’ai pas joué avec Pagis, mais ce sont des mecs qui manquent aujourd’hui. En plus, ce sont des mecs qui assument. Qui assument leur façon de jouer et qui vont au bout de leurs idées. Aujourd’hui, quand les joueurs sortent de la formation, ils sont souvent trop scolaires. Ils ont formés et formatés. Ils ne vont pas plus loin que ce qu’on leur a appris. Alors que ces mecs-là, ils sentent le football, ils sont créatifs. Et c’est eux qui font que les gens aiment le football. Ils jouent comme des gamins qui vont sur un terrain pour tenter des trucs. C’est ce que fait Ibrahimovic."

Jérémie Bréchet, amateur de ces joueurs en voie de disparition.


"Huub Stevens, c’est un peu comme Felix Magath, le style tyran. Quand un mec touchait le ballon de la main à l’entraînement, même s’il allait sortir, BIM: cinquante pompes pour tout le monde! Ça faisait parfois des séances à deux cents pompes. On gagne tout de suite le Trophée des champions mais on fait une mauvaise saison. Stevens se fait donc virer en janvier. C’est son adjoint, Dwight Lodeweges, qui reprend. On fait une deuxième partie plus ou moins bien, on finira quand même troisièmes, mais en quatre mois avec lui, j’ai appris plus qu’en neuf ans en France. Lui, je l’aurais suivi partout. Il est parti au Japon après, je l’ai un peu perdu de vue. Je sais qu’il est à Heerenveen maintenant. Mais cet entraîneur-là, il m’a fait rêver. Il n’a pas une grande cote, ce n’est pas un entraîneur avec une grosse poigne. Mais tactiquement, il est énorme."

Jérémie Bréchet toujours, dans une super interview au Libéro Lyon.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

Cela remonte à quelques semaines mais reste d'actualité: Gary Neville, analysant la rencontre entre Liverpool et Arsenal et les faiblesses des deux équipes, pointe les différences avec une formation comme l'Atlético Madird. Et parvient à la conclusion – qu'on peut trouver sévère – que la Premier League a pris du retard sur les autres championnats dans plusieurs domaines.

 

 

 

 

L'anecdote


Matias Kranevitter. Ça sonne allemand donc c’est forcément argentin. C’est surtout le nom de la dernière pépite de River Plate, 21 ans, milieu défensif promis à un grand avenir. Marcelo Gallardo, le coach des Millionarios, a une petite idée sur comment le former. Le joueur a en effet révélé que l’ancien meneur de jeu de Monaco lui montrait des vidéos de Busquets et de Pirlo, deux modèles du poste. “Le premier pour le placement, le pressing vers l'avant et les sorties défensives sur les côtés. Le second pour la lecture du jeu, la première relance et la frappe”, explique ainsi Kranevitter. Il rejoint ainsi Sergi Samper, jeune pousse du Barça, parmi les étudiants du Busquets.

(Merci à Faute Tactique et Markus Kaufmann pour la citation)

 

 

 

 

Les bonus


Honneur d'abord au Ballon d’Or 2014 avec une superbe animation de magnifiques dessins, au réalisme stupéfiant. Également au programme, un excellent documentaire de NBC sur la “Southampton Way”, pour tout comprendre de la réussite des Saints.

 

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Harry Kane (Tottenham) est l’une des révélations de la saison en Premier League. Analyse du jeu du nouvel espoir du foot anglais.


Le site A Football Report a compilé les meilleurs articles, photos et vidéos foot de 2014, répartis en différentes catégories. Bonne régalade.


Le nouveau Javier Saviola est déjà là. Il joue à Villarreal, et s’appelle Luciano Vietto. Présentation par l’excellent Markus Kaufmann.


Ça date de la fin d’année mais on ne s’est pas vus depuis et on ne peut vraiment pas passer à côté: très belle interview de Tata Martino (pour les hispanophones).


Ça date encore plus, puisque cela remonte à 2011, mais cette interview d’Andre Villas-Boas qui expose ses principes tactiques avant ses débuts en Premier League est ressortie récemment et vaut le coup d’oeil.


Analyse ultra-poussée du jeu de position prôné par Pep Guardiola.


Revoyons les bases, avec le catenaccio expliqué.


 

 

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