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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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J'ai failli voir Lens-PSG

Dans les cartons des Dé-Managers : #35

Spéciale fin de matches un peu folles cette semaine avec Naples et QPR dans les rôles des héros malheureux. Hommage également aux frappes de Wesley Sneijder, à Raheem Sterling, aux csc esthétiques et à Alvaro Arbeloa.

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

La folie du money-time, chapitre 1 : Inter-Naples

Comment expliquer que des fins de match puissent être le théâtre de nombreux buts, et ce des deux côtés du terrain? Les réponses semblent évidentes mais elles ont pu être confrontées à la réalité du jeu ce dimanche, puisque deux rencontres ont offert des scénarios à rebondissements. La première, Inter-Naples, s’est terminée sur le score de 2-2, avec quatre buts à partir de la 79e minute. À chaque fois, c’est le Napoli qui a pris l’avantage avant d’être rejoint.
 

 

 


 


L’ouverture du score provient d’une énorme erreur défensive. Sur une touche de Ghoulam, les défenseurs intéristes se gênent et permettent à Callejon, l’un des deux joueurs offensifs et le seul dans cette zone, de récupérer un ballon qui n’allait pas vers lui. Si le but arrive grâce au talent de Callejon, c’est l’erreur technique de Vidic, qui place une tête idiote, qui ouvre la porte. Forcément, l’Inter réagit en mettant beaucoup de rythme, les milieux prennent des libertés et, sur un corner, Guarin surgit dans le dos d’Inler pour marquer de près. Pas de surnombre mais la vivacité d’un joueur offensif qui arrive lancé.


Il reste alors un peu moins de dix minutes et, à domicile, les Intéristes savent qu’ils peuvent arracher la victoire. Plus personne ne pose le jeu, Kovacic, Guarin et Hernanes ne jouent plus que vers l'avant et comme le lien entre les milieux napolitains est desserré, il est aisé de percer tout droit, dans l’axe. La tactique n’existe plus vraiment et c’est à celui qui sera le plus frais, le plus lucide. Sauf que, plusieurs fois, les touches de balle sont mal maîtrisées et les contres immédiats. La différence ne vient pourtant pas sur ces phases.


Car la précipitation et la fatigue sont similaires pour les deux équipes et, forcément, les erreurs plus nombreuses. C’est un remplaçant, Mertens, qui réussit la passe parfaite, sur une action de jeu à vitesse “normale”. Callejon arrive lancé, Vidic couvre un éventuel hors-jeu et Ranocchia est battu en vivacité. L’Inter ne lâche évidemment pas, intensifie son jeu vers l’avant et trouve la solution sur une action… placée. Un centre dans la boîte de Dodô, une défense adverse passive et Hernanes, en deuxième rideau, qui marque aisément de la tête malgré un sous-nombre des attaquants.


Dans ce premier cas, ce n’est pas tant l’abandon d’un projet tactique qui met les équipes en danger que l’accélération du rythme et la participation offensive plus active de joueurs qui pourraient être plus sur la réserve. Aucun surnombre, c’est l’augmentation du rythme qui fragilise les défenses. Et si la fatigue joue forcément un peu sur la lucidité, les passes des deux derniers buts sont parfaites. Peu importe le moment du match, de telles actions peuvent aboutir. Mais les risques pris, inhérents à la temporalité, font que tout s’est décanté si tard.

 

Résumé du match
 

 

 

Chapitre 2 : QPR-Liverpool

À Londres, c’est à partir de la 87e que le freestyle a commencé. Il y avait alors 1-0 pour Liverpool face à QPR grâce à un csc de la légende de la spécialité, Richard Dunne. Le club local pousse pour égaliser et y parvient finalement grâce à Vargas, de la tête. Comme souvent dans pareil cas, c’est un coup de pied arrêté qui provoque l’affaire. Si celui-ci est dégagé, les joueurs présents aux avant-postes pour cette situation précise ne redescendent pas tous. Et José Enrique est pris dans son dos par le Chilien, entré peu avant et lancé par un une-deux.


QPR, là aussi poussé par son public et l’euphorie de l’égalisation, presse comme jamais. Et se fait prendre en contre quelques secondes après un corner, battu par le talent individuel de Coutinho et le soutien de ses partenaires, dont les appels mobilisent une défense dégarnie. 2-1, mais bientôt 2-2: engagement, attaque, corner, but. Liverpool, battu dans un face-à-face aérien, paye une erreur individuelle qui a plus de chance de survenir dans ce cas précis où l’adversaire met beaucoup de joueurs devant. La défense, plus en net surnombre, ne peut donc pas faire de prises à deux et dominer certaines zones de la surface.
 

 


 


Égalité, et tout le monde veut gagner. Liverpool a sa chance mais Balotelli se manque. Queens Park bénéficie ensuite d’un coup franc, dégagé, qui permet immédiatement de lancer Sterling en profondeur. Sa remise est poussée dans le but par Caulker, revenu défendre. Là encore, en une longue passe devant, on se retrouve dans une situation dangereuse, parfaitement exploitée.


La différence entre les deux rencontres est très nette: en Italie, il y a un mélange entre talent individuel et erreurs défensives, mais les blocs ne se dissloquent pas complètement. Les buts n’arrivent pas sur des contre-attaques et sont finalement assez imprévisibles. À l’inverse, en Angleterre, on est clairement dans un scénario de flou tactique, où la cage adverse agit comme un aimant. Il suffit de tenter un centre pour obtenir un corner, lequel peut profiter à l’adversaire en seulement une passe verticale tant le repli est inexistant. Sur ces deux cas (le constat pourrait être étendu mais c’est un autre sujet), on voit se dessiner des tendances: des Anglais plus physiques, volontaires et naïfs et des Italiens plus pragmatiques, techniques offensivement mais aux carences défensives criantes. Comme quoi, si les clichés ont souvent un fondement, les évolutions en rendent certains obsolètes.

 

Résumé du match

 

Christophe Kuchly
 

 

 

On a aimé


Les coups de canon de Wesley Sneijder, qui a décidé de faire gagner le derby à Galatasaray face au Fener (2-1) en allant baptiser les deux lucarnes.


La capacité de l’OM à gagner ses matches malgré des baisses physiques, qui témoigne d’une parfaite gestion des temps forts et faibles. Une qualité bien utile pour réussir dans un championnat tant il est difficile d’être au top chaque semaine. Et tant que Marseille évoluera avec une telle intensité en première période, elle n’aura pas souvent besoin de faire plus.


L’envie d’Eusebio Di Francesco de faire jouer Sassuolo face aux gros au lieu d’attendre derrière. Cela ne réussit pas toujours mais permet à Simone Zaza et les autres d’exploiter au mieux leurs qualités et a, ce week-end, débouché sur un excellent nul face à la Juventus (1-1).


Le but du triplé de Miguel Linares pour Oviedo inscrit depuis son propre camp et magnifié par le plongeon désespéré de Oscar Santiago, gardien de la réserve du Celta aussi absent que ses partenaires, battus 5-1.


La première heure de Lens-PSG, animée par des Parisiens inspirés – et pas excessivement embêtés par un bloc lensois fissuré – et des Lensois incisifs en contre. La dernière demi-heure n’a pas eu d’intérêt après les expulsions, mais ces matches de gala au Stade de France seront peut-être une bonne chose pour le jeu.


Le quadruplé de Sergio Agüero, qui met en lumière un avant-centre probablement sous-estimé, peut-être le meilleur en Europe actuellement avec Diego Costa. La qualité technique et la vitesse de ses enchaînements dans la surface sont impressionantes.


Le festival offensif lyonnais contre Montpellier (5-1). Le score final est légèrement flatteur, mais avec un duo de feux follets Alexandre Lacazette-Nabil Fekir, le retour en forme - que l’on espère durable - de Yoann Gourcuff et l’entrant Clinton N'Jie toujours décisif, l’OL a l’une des lignes offensives les plus attrayantes du championnat.


La prestation pleine de Gaël Kakuta avec le Rayo Vallecano, vainqueur (1-0) à Grenade. Le milieu offensif tricolore a réussi quatre dribbles et surtout offert une superbe passe décisive à Manucho. L’illustration de son adaptation réussie à la philosophie offensive de Paco Jemez.


 

 

On ne sait pas trop

 

Ils n’ont pas aidé leur équipe mais difficile de ne pas trouver une certaine qualité aux buts contre leur camp parfaits inscrits par Santiago Vergini contre Southampton (défaite de Sunderland 8-0) et Rafael Marques – et non Marquez – face au Milan (défaite 3-1 du Hellas Vérone). À un tel niveau, c’est presque de l’art.


 

 

On n'a pas aimé

 

L’ambiance assez détestable autour des coups de sifflets donnés lors du match Amiens-Boulogne (National), reposant sur l’étrange postulat que si un joueur adverse recommence à courir rapidement après avoir été fauché, il n’y avait pas matière à siffler faute.


Lucas Barrios, l’ombre du superbe attaquant qu’il était au Borussia Dortmund. Le Paraguayen aura certes besoin de temps pour retrouver forme et confiance, mais il n’a toujours pas marqué en sept titularisations. Surtout, il n’a cadré son premier tir que dimanche soir, à Lyon (5-1), manquant la cible sur ses neuf autres tentatives.


La confirmation des difficultés offensives de Lorient, où l’après-Gourcuff n’est pas seulement douloureux statistiquement mais aussi dans le jeu. Contre Saint-Étienne (0-1) au Moustoir, les Merlus n’ont tiré que trois fois au but et sont restés muets pour la septième fois de la saison. Outre le départ du druide breton, celui de la paire Aliadière-Aboubakar notamment a été tout aussi préjudiciable.

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

L’évolution de l’effectif du Real Madrid depuis dix ans. Seul Iker Casillas est toujours là, mais la grosse profondeur du banc merengue est une constante. (Cliquez sur l'image pour voir l'infographie dans son ensemble, ce qu'on vous conseille vivement).

 

 

 

 

Les déclas


Je m’entraînais à Melwood (le centre d’entraînement de Liverpool, ndlr), et Rafa [Benitez] vient me voir. «Arrière gauche». Gauche? Cela voulait dire marquer Messi. Je suis resté à le regarder, en attendant qu’il rigole. Cela devait être une blague, mais j’ai vu qu’il était totalement sérieux. J’ai pensé: «madre mia». L’idée était que je serais fort sur mon pied droit quand Messi repiquerait dans l’axe.

Alvaro Arbeloa, alors plus habitué à être défenseur central, se remémore sa première titularisation en Ligue des champions avec Liverpool, en 2007; au poste d’arrière gauche face au FC Barcelone. Il avait alors réussi à neutraliser Lionel Messi.


"Mon modèle de jeu, c’est que je dois trouver où est la faiblesse de mon adversaire et où est sa force. (...) Je préfère que mon équipe presse dans un bloc bas, mais si l’adversaire préfère construire de l’arrière et qu’il le fait de manière fantastique, cela lui donnerait une énorme stabilité dans son jeu. Dans ce cas, je vais presser haut. Liverpool, la saison passée, voulait jouer avec Suarez et Sterling dans le dos de la défense, et Steven Gerrard en sentinelle. Donc je mets Lampard sur Stevie G, je fais jouer mon bloc complètement bas. Je gagne. Et je suis critiqué parce que je joue comme ça. Donc je suis stupide. Je ne suis pas fondamentaliste. Et je pense que les gens, dans le football, deviennent un peu fondamentalistes."

Jose Mourinho, manager de Chelsea, nous donne une leçon de pragmatisme tactique.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

À dix-neuf ans, Raheem Sterling est le grand espoir du football anglais. Face à QPR ce week-end, il a une nouvelle fois impressionné par sa vivacité, sa technique mais aussi sa maturité tactique. . 

 

 

 

Le bonus titraille


La presse grecque est assez sceptique sur le travail de Claudio Ranieri à la tête de la sélection jusqu’à présent.

 

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Billy Beanen, pionnier de l’utilisation poussée de la data en baseball, évoque le développement de l’approche statistique dans le football et les différences avec son sport.


Arsenal a d’ailleurs récemment acheté une entreprise experte dans l’analyse statistique pour deux millions de livres.


Arsenal toujours, avec une interview d’Arsène Wenger, qui revient sur la saison des “Invincibles” d’Arsenal, sacrés champions d’Angleterre et invaincus en 2003-2004.


Jose Mourinho, lui, a discuté pendant une heure et demi avec Gary Neville, et c’est passionnant.


Alvaro Arbeloa retrouve lui l’Angleterre et Anfield, cinq ans après l’avoir quitté, pour un match de Ligue des champions avec le Real Madrid ce mercredi. Souvenirs.


Notation des attaquants de Premier League transférés cet été par rapport à leur rentabilité sur le terrain.


Lumière sur l’un des inspirateurs de Pep Guardiola, l’Argentin Ricardo La Volpe, partisan notamment de la construction depuis l’arrière.


Le blog d’analyses 11tegen11 s’est intéressé à la cohérence statistique des débuts de saison en Premier League, Bundesliga, Serie A et Liga.


Analyse tactique rétrospective de la demi-finale retour de Ligue des champions 1999, un match mythique entre la Juventus Turin et Manchester United (2-3).


Retour sur les sept mois passés par Paul Le Guen aux Glasgow Rangers et sur son incapacité à s’adapter au football écossais.


En 2001, Pep Guardiola signe à Brescia, une destination inattendue. Retour sur le transfert avec un article de l’époque.


 

  

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