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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Et si Marquinhos avait marqué ?

Dans les cartons des Dé-Managers : #23

Cette semaine, tout le monde va de l'avant: les milieux de la Fiorentina, la Roma, le bloc de l'Atlético, Shinji Kagawa... Pendant ce temps, Marcelo Bielsa constate l'agitation depuis les tribunes.

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Fiorentina : projections sur grand écran

Christophe Kuchly (@CKuchly) – Toujours avoir un plan B, voire un plan C. C’est peut-être le résumé de la semaine écoulée, qui a vu Chelsea et le Bayern changer de tactique en cours de match avec succès, et l’Atlético remplacer parfaitement Arda Turan et Diego Costa, deux pions essentiels, par des joueurs au rôle différent. Pour la Fiorentina, l’adaptation n’était pas prévue. Avec Giuseppe Rossi et Mario Gomez, la Viola disposait de deux buteurs reconnus, avec pour seule inconnue leur capacité à jouer ensemble. Leurs blessures respectives ont rapidement rendu la question obsolète.
 

 


 


Puisqu’il faut bien continuer à avancer malgré tout, Vincenzo Montella s’est adapté. Il a aussi recruté Alessandro Matri, mais l’attaquant italien est très loin du niveau de ses compères. D’un système à deux pointes en début de saison, la Fiorentina est passée à zéro lors de plusieurs rencontres, notamment ce week-end contre l’Hellas Vérone. Plutôt que de faux numéro 9 – qui revient à faire jouer un buteur en position en milieu offensif –, on peut parler de numéro 9 fantôme. Pas de dézonage d’un Messi ou Totti qui resterait malgré tout le référent offensif, le système tactique est construit pour absorber l’absence de pointe fixe avec des permutations incessantes.


Dimanche, Juan Cuadrado, Josip Ilicic et Ryder Matos ont tour à tour fait des passages dans l’axe sur les phases offensives, sans qu’aucun ne s’y stabilise. Majoritairement en faveur de la Fio, la maîtrise de la possession a permis aux latéraux Nedad Tomovic et Manuel Pasqual d’évoluer très haut. Dans l’axe, outre les deux défenseurs centraux, seul le récupérateur David Pizarro est resté en position. Car si les trois de devant ont échangé leurs places à l’envi, ce sont les deux milieux pistons qui ont fait basculer la partie.


Les projections d’Alberto Aquilani et la disponibilité de Borja Valero, ont complètement fissuré une défense de l’Hellas obligée de ne pas jouer trop bas une fois rappelée à l’ordre par deux ou trois missiles lointains très dangereux. L’Espagnol, réel meneur de jeu de l’équipe, offre le premier but à Cuadrado, en pointe sur la feuille de match, mais sixième joueur le plus avancé au moment de jouer son une-deux. Aquilani permet ensuite à son équipe de passer devant en arrivant en deuxième rideau sur un centre au cordeau (en étant également sixième pion sur l’échiquier quelques secondes plus tôt) puis, sur un ballon en profondeur, réussit une tête qui termine dans les pieds de Borja pour le troisième but. C’est enfin lui qui sert Matri, lequel obtient un penalty, avant de clôturer la marque en poussant au fond un ballon qui traîne. Un match plein, et une parfaite démonstration de ce qu’entendent les coaches quand ils soulignent: “l’important n’est pas le système, mais l’animation.”
 

 

 

La saison incroyable de la Roma

Raphaël Cosmidis (@rcosmidis) – Ce week-end, en battant l’Atalanta Bergame, la Roma de Rudi Garcia a égalé le record de victoires du club sur une saison: 24. Les Giallorossi viennent par ailleurs d’atteindre le nombre de buts inscrits lors de la saison 2000/01 (68), celle du dernier titre de champion de la Louve.


Sous la direction de Fabio Capello, il avait suffi de 75 points aux Romains pour être sacrés, devant la Juventus Turin. Les mêmes Turinois qui, cette saison, empêchent les joueurs de Rudi Garcia d’être aussi bien récompensés. La Roma compte déjà 79 points. Elle est la deuxième meilleure attaque et la meilleure défense d’Italie. Après autant de journées (33) et avec autant de points, elle serait leader en Angleterre, première ex-aequo en France, à trois unités du leader en Liga.
 

 


 


Mais en 2014, les Turinois semblent irrattrapables. C’est la troisième saison d’Antonio Conte à la tête de la Juve et le troisième titre consécutif se profile à l’horizon. Le chantier réalisé par Rudi Garcia – la mise en place du 4-3-3, la renaissance de Gervinho et Maicon, la progression de Destro, le réveil de De Rossi – et la longévité de Totti ramèneront certainement la Ligue des champions à Rome, mais une telle première campagne aurait mérité une fête encore plus grande. Répéter une performance si impressionnante sera en effet compliqué, même avec les ressources offertes par la participation à la Coupe d’Europe.
 

 

 

On a aimé


L’intensité du Borussia Dortmund face au Real Madrid. Malgré les absences, les Borussen ont maintenu les Espagnols sous une pression permanente, via un pressing haut et un rythme soutenu de circulation du ballon. La preuve que le goût d'inachevé de la saison des hommes de Jürgen Klopp vient assurément plus de l'accumulation de blessures que de l'érosion de la méthode du technicien allemand.


L’innovation de Pep Guardiola face à Manchester United. On peut, certes, affirmer que son idée de placer Philipp Lahm et David Alaba en véritables milieux axiaux en phase offensive pour faire un 2-3-5 a eu un succès très limité, notamment parce qu'elle a privé de fausses pistes les ailiers Robben et Ribéry via des dédoublements. Mais cette invention tactique permanente – au risque d'être excessive –- est passionnante à suivre.


Le renversement de situation de Valence contre Bâle. Comme le Borussia, les Espagnols sont rentrés dans leur adversaire sans trop se préoccuper du reste. Cela a marché à merveille, notamment grâce au talent de Paco Alcacer face au but. À seulement vingt ans, le jeune attaquant démontre d’étonnantes capacités de déplacement et de finition pour son âge. Comme Jesé et Gerard Deulofeu, avec qui il partageait l’attaque lors de l’Euro U19 remporté en 2012, il confirme déjà au plus haut niveau.


Le quadruplé plus que parfait de l’Équatorien Daniel Angulo: madjer, extérieur du droit en lucarne, plat du pied gauche et tête sur corner pour la touche finale. Malheureusement pour lui et son équipe de l’Independiente Del Valle, victorieuse 5-4 de l’Union Espanola, un but d’Ignacio Piatti (oui oui, celui de Saint-Étienne) à la 89e dans le match entre San Lorenzo et Botafogo (3-0) les élimine de la Copa Libertadores.


Luca Toni, toujours aussi horrible à affronter pour une défense. Peu importe le nombre d’adversaires face à lui, il arrivera toujours à incliner sa tête de manière à toucher le ballon et l’orienter vers le but. Même si on ne peut pas parler d’association au sens direct, le fait de l’aligner aux côtés d’un formidable détonateur comme Juan Manuel Iturbe permet à l’Hellas de maximiser ses chances de marquer grâce à deux joueurs qui ont peu d’équivalents dans leur rôle.


 

 

On n'a pas aimé

 

La frilosité parisienne à Stamford Bridge. Laurent Blanc avait annoncé vouloir rester fidèle à sa philosophie, mais sans Ibrahimovic et compte tenu de son avance de deux buts, le PSG a adopté une approche conservatrice, avec un bloc défensif volontairement bas – les replacements systématiques de Cavani derrière le rond central en furent la preuve – pour jouer les contres. Au risque de s'exposer aux phases arrêtées et au jeu simpliste mais parfois efficace de fins de matchs atactiques.


L’énième péripétie d’Adriano, Sisyphe du XXIe siècle (la formule est de @Zoneeuro1). Auteur du seul but de l’Atlético Paranaense en Copa Libertadores face à The Strongest en milieu de semaine, son premier depuis deux ans, il a vu son contrat cassé deux jours plus tard. C’est le risque quand on décide de ne s’entraîner qu’à la carte. Encore plus quand on a le malheur d’être filmé en boîte de nuit la veille.


Le manque de mouvement et d’idées d’Arsenal face à Wigan. Même l’a priori positif que l’on pourrait avoir en repensant aux belles phases du début de saison ne suffit plus à cacher ce qui est chaque semaine plus criant: cette équipe ne propose plus rien… ou si peu.

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

La localisation des interceptions (à gauche) et des tacles réussis (à droite) par l’Atlético Madrid face à Barcelone. Des récupérations très hautes, qui témoignent de l’excellente disposition du bloc, surtout lors d’un premier quart d’heure au pressing de fou furieux. (Via Squawka/cliquez sur l'image pour agrandir).

 

 

 

Les déclas


Je regarde le signe astrologique des joueurs que je veux recruter car les caractéristiques et personnalités sont similaires. On regarde comment tirer le meilleur d’eux-mêmes.” Diego Simeone, bac+5 option Raymond Domenech.


“[Sur ses joueurs préférés] Baresi, car il comprenait tout avec une énorme simplicité. Dans sa hiérarchie, il n’avait aucune peur de résoudre une situation. L’équipe jouait au rythme qu’il souhaitait. Et Busquets car il lit tout. Des joueurs comme Busquets ou Xabi Alonso, au milieu du terrain, ont la capacité de lire tout le jeu.” Diego Simeone toujours. Et on comprend mieux pourquoi l’Atlético a autant harcelé les deux joueurs lors des dernières rencontres, avec succès puisque c’est tout l’édifice adverse qui a vacillé.


Je ne suis pas Tito, moi je t’arracherai la tête.” German Burgos, ancien gardien de la sélection argentine et adjoint de Diego Simeone, à José Mourinho fin 2012 lors du derby madrilène. De belles retrouvailles en perspective donc lors des demi-finales de Ligue des champions entre Chelsea et l’Atlético.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

Shinji Kagawa n’a pas perdu son talent en quittant Dortmund. La preuve avec ce résumé de sa prestation face au Bayern, qui met bien en évidence ses qualités techniques et de lecture du jeu.

 

 

 

L'allégorie de la semaine


Marcelo Bielsa a profité d'un fabuleux spectacle vendredi soir (Ézéchiel 37:3, Production Footballallegorie).

 

 

 

L'anecdote


Quel est le point commun entre Pavel Nedved et José Mourinho? Le manque d’imagination ou la volonté de créer une lignée, au choix. Toujours est-il que Pavel et sa femme Ivana ont nommé leurs deux enfants… Pavel et Ivana. Même chose pour José, José Mario pour être précis et Matilde Mourinho. L’idée est intéressante mais le duo reste assez loin du maître en la matière, George Foreman. L’ancien boxeur a six fils: George Jr, George III, George IV, George V et George VI. Pour la forme, il a aussi baptisé l’une de ses filles Georgetta. Tant qu’à faire...

 

 

 

La revue de presse (presque) anglophone

 

Face à Manchester United, Philipp Lahm et David Alaba ont joué comme des milieux axiaux en phase offensive. Analyse et mise en perspective par Michael Cox.


Après quelques mois d’adaptation, Christian Eriksen commence à briller avec Tottenham.


Comment intégrer le nombre de minutes jouées dans les statistiques des meilleurs buteurs? Exemple graphique.


Arjen Robben fait (presque) toujours le même dribble. Mais s’il marche aussi souvent, c’est qu’il profite de bien plus que de simples lacunes défensives.


Jonathan Wilson présente rapidement les caractéristiques des quatre dernières équipes en lice pour gagner la Ligue des champions.


Lucarne Opposée décrypte Marcelo Bielsa et vous donne les clés pour savoir dire autre chose que "Bielsa est surnommé El Loco, Le Fou en espagnol".


 

  

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