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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Top 10 : les équipes d'enfoirés

Dans les cartons des Dé-Managers : #19

L'essentiel Filipe Luis, les errances de David Moyes, Dimitar Berbatov à son rythme, les promesses de William Carvalho, coefficient UEFA, allégorie, Bingo Premier League...

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Filipe Luis, dévoreur d’espaces

Christophe Kuchly (@CKuchly) – Dans le football, il existe plusieurs types de postes. En fonction de leur place sur le terrain, les joueurs ne suscitent pas les mêmes espoirs, ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre: il y en a dont on attend qu’ils produisent du positif (meneurs de jeu, ailiers, attaquants), d’autres qui doivent éviter le négatif (stoppeurs, gardiens), quelques-uns chargés de gérer l’équilibre collectif (récupérateurs, relayeurs)... Et puis il y a les latéraux. Une dénomination commune qui désigne des milliers de joueurs aux qualités et consignes bien différentes.
 

 


 


Le modèle établi veut qu’une équipe ait un latéral plus offensif que l’autre, de sorte à ce qu’il reste toujours un surnombre derrière (trois contre deux), même si la possibilité existe de faire redescendre le numéro 6 si tout le monde est avancé. À l’Atlético, les deux peuvent jouer très haut. Côté droit, Juanfran, ancien ailier. Côté gauche, Filipe Luis, qui peut également occuper ce poste. Un Espagnol, un Brésilien. Et un parallèle qui saute aux yeux: celui avec Jordi Alba et Daniel Alves à Barcelone.


Comme son compatriote – dont la sobriété face à des ailiers dangereux est l’une des bonnes surprises de la saison – Juanfran est freiné dans ses vélléités offensives pour que son compère brille. Et rien de plus logique quand on voit les prestations de Filipe Luis Kasmirski. Nationalité brésilienne, passeport italien, famille en partie polonaise (il a hésité à représenter la sélection), l’intéressé – en concurrence avec Marcelo, Maxwell voire Adriano – risque de rater le Mondial sans que cela ne soulève d’émotion. La preuve du formidable réservoir auriverde à ce poste, certes, mais aussi d’une certaine indifférence à l’égard d’un excellent joueur, dont la blessure le mois dernier a coïncidé avec les défaites face au Real en Coupe et contre Almeria en championnat.


Face à l’Espanyol, on l’a une nouvelle fois plus vu que la plupart de ses partenaires. Une petite incongruité pour un latéral gauche, ce poste si difficile à appréhender et rarement dans la lumière. Rien d'exceptionnel cependant dans le cas de Filipe Luis, spécialiste des déboulés sur l’aile et des centres en bout de course (sept en première mi-temps samedi soir). Contrairement aux latéraux qui créent le surnombre par un positionnement haut, lui évolue dans une équipe qui refuse la possession. Il doit donc tenir son poste défensivement. Les différences, il les fait via des courses. Du jeu simple: projection à la récupération, dédoublement, centre. Nul besoin d’adapter le système au joueur pour le mettre en valeur, car Filipe Luis fait à peu près la même chose que tout le monde. Il défend, attaque si l’opportunité se présente et court beaucoup. Il le fait simplement très bien.
 

 

 

Moyes, loin de la terre promise?

Julien Momont (@JulienMomont) – "David Moyes est un génie du football". La banderole, brandie par les supporters de Liverpool en fin de match à Old Trafford, dimanche après-midi, a la saveur aigre-douce des piques qui alimentent les rivalités historiques. Les Scousers goûtent les effluves sucrés de la revanche sur leur meilleur ennemi. Elle leur permet de croire en un renversement de la tendance, celle qui les a inexorablement déchus de leur statut de club le plus titré d’Angleterre... au profit de Manchester United, justement (dix-huit sacres contre vingt). Les Mancuniens n’auront pas grand-chose d’autre à leur opposer que les souvenirs de l’époque – si proche dans le temps et pourtant si éloignée sur le terrain – de l’hégémonie de leur club sur le football anglais.


Avant de jouer sa survie en Ligue des champions face à l’Olympiakos (défaite 2-0 à l’aller), United a peut-être perdu tout espoir d’y participer à nouveau – via le championnat en tout cas – la saison prochaine. Ce serait une première depuis vingt ans. Le Derby of England a été symptomatique des lacunes de l’ère Moyes. Outre le manque de confiance général, il y a, d’abord, cette incapacité récurrente à imposer un pressing haut, discipliné et organisé. La faute, notamment, au duo Carrick-Fellaini, clairement dépourvu de l’intensité et de l’activité requises pour récupérer rapidement le ballon. Les failles du quatuor défensif, instable dans sa composition, s’en trouvent surexposées, d’autant plus avec le déclin de Rio Ferdinand et Nemanja Vidic. Le Serbe a été injustement expulsé, dimanche, mais il a coulé face aux accélérations de Daniel Sturridge et la variété du jeu de Luis Suarez.
 

 


 


Le manque récurrent d’inspiration offensive, à peine voilé par quelques éclairs – comme le but, délicieux dans sa construction, de Danny Welbeck à West Brom –, est tout aussi préoccupant. L’intégration de Juan Mata dans le jeu des Red Devils est pour l’instant un échec, certes plus tactique que statistique (trois passes décisives en sept matches). Exilé dans un couloir lorsque Wayne Rooney est aligné en soutien de Robin van Persie, comme dimanche, l’Espagnol doit décrocher (trop) bas pour exister au côté de l’Anglais. Sa clairvoyance et sa dernière passe font défaut dans les trente derniers mètres.


Succéder à Sir Alex Ferguson avait tout du cadeau empoisonné. David Moyes, constructeur reconnu à Everton, n’a pas encore trouvé l’antidote. Les errements de son coaching en cours de match – qui se limite souvent, pour revenir au score, à empiler les attaquants en dépit du bon sens – sont un autre facteur des déboires mancuniens. De machine implacable, immunisée contre le doute, Manchester United est devenu un colosse bien fragile. Qui s’accroche aujourd’hui à l’espoir d’un improbable déclic, ce mercredi soir, en huitième de finale retour.
 

 

 

On a aimé


Le résultat du match Barcelone-Manchester City. On ne poussera pas la provocation jusqu’à encenser la prestation de l’homme en noir, qui n’a clairement pas réalisé le match de sa vie. Mais quand aucune erreur ne change le rapport de force et que les équipes finissent par marquer, dans leur temps fort, les buts qu’on leur a refusés auparavant, il n’est sans doute pas nécessaire de se noyer dans les révélateurs et les ralentis de tacles.


Diego Costa, pour l’ensemble de son œuvre. Le néo-international espagnol arrive à être à la fois un attaquant travailleur un peu bourrin et un finisseur hors-pair. Ciblé par les arbitres, qui ne lui sifflent plus rien en souvenir de tous ses plongeons, il se relève, continue certes à râler, à énerver tout le monde sur le terrain, mais repart au combat. C’est parfois limite, mais l’efficacité est énorme.


Le ventre de Pavel Horvath, le milieu du Viktoria Plzen. La preuve que l’on peut survivre au haut niveau quand on a un peu de magie dans le pied… même si le replacement prend du temps et que chaque coup de pied arrêté peut se transformer en action de but pour l’adversaire sur la contre-attaque.


Le toucher de balle de Rodrigo sur son but contre Tottenham, qui offre au cuir la plus suave des caresses pour le glisser dans le petit filet opposé. On n'oubliera pas non plus la passe transcendentale de Ruben Amorim, qui élimine au bas mot une demi-douzaine de Londoniens.


 

 

 


On n'a pas aimé

 

La production défensive du duo Pastore-Rabiot face à Leverkusen. Une association séduisante sur le papier, notamment pour sa qualité technique. En pratique, elle a ouvert des boulevards dans l’entrejeu aux Allemands, par son pressing souvent inexistant ou à contretemps, un marquage et un replacement laxistes. En sentinelle, Yohan Cabaye a dû se démultiplier pour combler les brèches.


Les erreurs d’Adil Rami face à l’Atlético Madrid. Forcément, la plus importante est celle qui coûte le premier but, avec une montée à contre-temps qui laisse Diego Costa seul face au but. Mais c’est l’ensemble de son jeu qui donne une drôle d’impression: celle d’un joueur qui fonctionne à l’instinct – à l’enthousiasme aussi –, beaucoup trop pour le poste de défenseur central. Une certaine folie, la même qui lui permet de marquer du milieu de terrain ou de dégager un ballon de la tête devant les crampons de l’adversaire (quitte à finir en sang), qui peut malheureusement avoir de grosses conséquences quand il s’agit de jouer le hors-jeu ou de compenser des dézonages. Et on se dit forcément que ne pas avoir fait de centre de formation n’est sans doute pas étranger à ce jeu éloigné des fondamentaux.


Que le Red Bull Salzbourg n’ouvre pas le score à Bâle après sa belle première demi-heure. Verticalité, intensité, pressing agrémentés d’une appréciable touche technique par le quatuor offensif: le leader du championnat d’Autriche – qui n’a besoin que d’un point lors des neuf dernières journées pour assurer son titre – a, certes éphémèrement, démontré pourquoi il était encore invaincu en Europa League cette saison.

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

Le match de Dimitar Berbatov face à Lyon. Un peu par ci, un peu par là. Souvent ailleurs, sans doute en train de marcher. Et décisif quand il le faut pour marquer ou faire la passe qui fait basculer une rencontre. (Via StatsZone / cliquez sur l'image pour agrandir).

 

 

 

Les déclas


Les deux clubs sont nés au même endroit, avec les mêmes idées. Ils sont différents dans les symboles qu’ils véhiculent mais, dans leur âme, je ne sais pas s’ils sont vraiment si différents.Michel, coach de l’Olympiakos et ancien joueur mythique du Real – qui vivra donc une semaine animée –, au sujet de Madrid et Barcelone dans Fear And Loathing In La Liga.


Tous les internationaux italiens sont d’excellents joueurs mais la colonne vertébrale de l’équipe nationale est à un niveau incroyable. Un onze avec Buffon, Chiellini, Pirlo et Balotelli n’a que peu de comparaisons crédibles dans le monde.” Luis Suarez, par ailleurs grand fan de Mario Balotelli.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

William Carvalho, jeune milieu du Sporting, devrait sans doute assez rapidement partir pour un très grand club. Plutôt que de prendre une compilation – dont la grande force est de pouvoir faire passer n’importe qui pour une star –, voilà sa prestation face à l’un des grands clubs portugais: le SC Braga. On y voit quelques erreurs mais beaucoup de promesses pour un joueur de 21 ans.

 

 

 

L'allégorie de la semaine


Tout va bien à Manchester United (Actes 27:44 / Production Footballallegorie).

 

 

 

L'anecdote


L’Ukraine et la Belgique sont les deux seuls pays membres du top 15 au coefficient UEFA à ne plus avoir de représentants encore en lice dans les coupes européennes. Au niveau des surprises, seule la Bulgarie (25e), grâce à Ludogorets, a réussi à aller plus loin que ne le laissait supposer son rang. À noter que l’Angleterre renforce pour l’instant son léger avantage sur l’Allemagne en deuxième position mais de manière très provisoire puisque seul Chelsea – contre le Bayern et Dortmund pour la Bundesliga – semble parti pour continuer l’aventure.

 

 

 

Le bonus Bingo Premier League


Comme son nom l’indique, le Bingo Premier League permet d’égayer vos après-midi télévisuels. Contient également quelques dessins d’une qualité approximative.

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Et si le talent de Pep Guardiola, comme Sacchi avant lui, était de vouloir modeler au maximum son équipe, là où Arsène Wenger laisse ses joueurs libres de s'exprimer?


Analyse du travail de Tata Martino à Barcelone cette saison, alors que l'idée d'un rapide départ du coach argentin commence à faire son chemin en Espagne.


Et si ce n'était pas la faute des entraîneurs? Regard sur la saison décevante de Tottenham sous un prisme différent: celui des joueurs et de leurs erreurs individuelles.


Le football pratiqué par Everton et Chelsea sont le reflet du caractère de leur entraîneur. L'un très romantique, l'autre beaucoup moins.


Le Rayo Vallecano, a choisi une voie pour obtenir le maintien: le jeu. Et les résultats commencent à suivre...


 

  

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