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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Dans les cartons des Dé-Managers : #11

L'importance des latéraux dans un 4-4-2 losange, les déplacements de Lionel Messi, les clubs formateurs en Europe, un documentaire sur Pelé et Garrincha, les déclas de la semaine, plein de liens...

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Antithèse latérale

Julien Momont (@Julien Momont) – La question des failles du 4-4-2 en losange, à la mode dans l'Hexagone, a été abordée récemment en ces lieux, et une nouvelle démonstration d'école en a été faite ce week-end en Ligue 1. Dans ce système qui abandonne les couloirs à un seul élément, il importe que celui-ci ait le coffre physique, mais aussi les habiletés techniques et tactiques, pour apporter largeur et percussion offensives ainsi que rigueur et solidité défensives tout à la fois.


Dans cette optique, le Lillois Djibril Sidibé a été l'antithèse presque parfaite du Lyonnais Henri Bedimo et du Monégasque Layvin Kurzawa. En l'absence de Franck Béria, blessé à la clavicule, René Girard s'en remet à l'ancien Troyen, 21 ans et 23 matches en Ligue 1 désormais. Ses errements défensifs côté droit ont coûté cher au LOSC à Saint-Étienne: en retard sur le centre décisif de Ghoulam pour Brandao, il est bougé par Tabanou sur le but de l'ancien Toulousain, qui aurait même pu signer un doublé un quart d'heure plus tard sur un nouvel oubli du latéral lillois. Aucun tacle, trois interceptions, certes, mais quatre fautes, et un apport offensif nul (aucun centre, 60 % de passes réussies seulement). Quand un maillon essentiel d'un système faillit à ce point, l'issue d'un match devient prévisible.

 


 


À l'inverse, loin d'être le torpilleur de leur propre équipe, Layvin Kurzawa et Henri Bedimo en ont été les artificiers grâce à leur percussion offensive: trois dribbles chacun, un but de renard pour le Français, un poteau puis une passe décisive pour le Camerounais. Le Monégasque et le Lyonnais ont en outre parfaitement bouclé leur couloir. Mention spéciale pour Kurzawa avec deux tacles, quatre interceptions et une seule faute. Leur volume de jeu (74 ballons joués par Kurzawa, 71 par Bedimo) et leur puissance sont des gages d'assurance dans une telle organisation.


Problème pour Lyon: avec la blessure, à l'épaule lui aussi – cruelle coïncidence –, de Miguel Lopes, Rémi Garde risque d'être confronté, avec Mehdi Zeffane, au même problème que René Girard avec Djibril Sidibé. Deux systèmes similaires, et deux clubs réunis, désormais, pour une même quête concurrentielle d'un arrière droit.
 

 

 

Le génie du mouvement chez Lionel Messi

Raphaël Cosmidis (@RCosmidis) – Lionel Messi est incroyable. Enfonçons les portes ouvertes. Techniquement, que ce soit sa vitesse de dribble, sa fréquence de contact avec le ballon, sa qualité de tir, son jeu de corps... il est inégalable. Il exécute tout plus rapidement que tout le monde. Il pense, aussi, plus vite, et c’est une caractéristique de son jeu qui est souvent oubliée, ou en tout cas négligée, car moins frappante que la magie dans ses pieds. Un enroulé en lucarne est compris par le téléspectateur, dans l’instant.


Une action en plusieurs temps, construite par un mouvement sans ballon, est en revanche plus subtile. Si de ses deux buts face à Getafe en milieu de semaine, le second a officialisé le retour du grand Leo, celui qu’on a découvert par cette espèce de proximité constante avec le cuir, cette confiscation du ballon, le premier témoigne de la progression de l’Argentin dans la création d’une occasion. Le passage de l’aile à l’axe sous Guardiola a sublimé Messi, pas seulement parce qu’il l’a rapproché des buts, mais parce qu’il lui a permis de varier ses déplacements.

 


 


Dans la banlieue de Madrid jeudi dernier, Messi a fait sienne la 44e minute. Pedro repiquant dans l’axe, le Catalan d’adoption est redescendu pour demander le ballon, emmenant une première fois les défenseurs adverses avec lui, avant de le laisser passer entre ses jambes pour Fabregas, ainsi totalement démarqué. Messi a immédiatement piqué vers le but par un appel vertical, emmenant une seconde fois les défenseurs adverses, déjà en retard sur la première initiative de l’Argentin, et désormais complètement dépassés. Tello, seul sur la gauche et servi par Fabregas, offrit à Messi le ballon d’un but que le revenu de blessure a conçu par une idée en deux mouvements.
 

 

 

On a aimé

La démonstration de Luka Modric face au Betis. Combinant parfaitement intelligence de jeu et qualité technique, il a dominé le milieu de terrain avec une classe folle et permis à ses partenaires de se mettre en valeur. Avec Modric et Rakitic, la Croatie possède peut-être les deux meilleurs milieux de terrain de la Liga.


La conservation de balle de Brandao au début de l’action qui amène son but. Rien d’extraordinaire en apparence: un contrôle dos au jeu et un décalage sur l’aile. Cela demande pourtant qualité technique et prise d’information. L’action peut alors se développer sur le côté gauche avant de revenir dans l’axe, dans la course du Brésilien, tandis que la défense lilloise cherche ses repères. Simple, efficace.


Dans Romanzo Criminale, le Libanais et sa bande dominent le Rome de la fin des années 70 et du début des années 80. Quarante ans plus tard, c’est un Bosnien qui fait la loi dans le milieu. Miralem Pjanic, complément parfait de Strootman et De Rossi, s’affirme comme une référence à son poste. Et on ressent un peu de peine en voyant Alfred Duncan, symbole du naufrage de Livourne, sortir à la pause.


Le pressing d’Aston Villa sur Steven Gerrard, incapable de jouer comme l’espérait Brendan Rodgers, en tant que quarterback du ballon rond. Le capitaine des Reds a reconnu après la partie avoir été "submergé".


Le match fou Udinese - Lazio, et son duel tactique inhabituel: 3-5-1-1 fluide d’Udine contre 3-4-3 déséquilibré et trop plat de la Lazio. Grâce à la vivacité de ses petits gabarits, leurs prises d’intervalles et leur jeu court et rapide, le club de Frioul a été supérieur pendant la majeure partie du match. Mais les Romains ont paradoxalement été meilleurs après l’expulsion d’Onazi, replacés dans un 4-4-1 plus compact. Les entrées d’Ederson et Hernanes ont apporté une qualité technique utile pour jouer les contres. Trois buts biancocelesti en infériorité numérique, et une victoire 3-2 pas imméritée au final.


Avec deux buts et une passe décisive pour sa première mi-temps avec la Fiorentina, Alessandro Matri a déjà fait plus qu’en six mois à Milan. La Viola cherchait un buteur, il semblerait qu’elle en ait trouvé un.


La performance de Blaise Matuidi contre le FC Nantes. Le Français tire régulièrement le maximum de ses possibilités, conscient de son statut et de son rôle: celui d’un joueur fonctionnel mais vital. L’ancien Stéphanois ne pourrait pas être plus important que pour le PSG actuellement, et il fait en sorte de le rester.
 

 


On n'a pas aimé


Le retour de nulle part de Sunderland contre une équipe de Southampton séduisante. La maîtrise technique et collective des Saints, impressionnante en première période, s’est érodée avec le surplus d’engagement des Black Cats en seconde, caractérisé par la double blessure de Gaston Ramirez et Dejan Lovren sur la même action. Alors certes, l’instinct de survie fait gagner des points, mais avoir un projet de jeu un peu élaboré serait sûrement plus viable à long terme.


Les débuts poussifs du Milan de Clarence Seedorf face au Hellas Vérone (1-0). Dans un 4-2-3-1 pourtant séduisant sur le papier, avec un doble pivote Montolivo-De Jong complémentaire et un quatuor offensif Kaka-Honda-Robinho-Balotelli mobile, les Rossoneri ont monopolisé le ballon (70 % de possession) mais manqué d’équilibre offensif et péché à la finition. Il faudra du temps au jeune entraîneur pour imprimer sa marque.


René Girard tire le maximum du LOSC en terme de résultats. Mais son pragmatisme, qui a apporté beaucoup en début de saison, devient pénalisant dès qu’il faut faire le jeu face à des équipes désormais bien au point… surtout quand le milieu est moins bon. Lille terminera peut-être sur le podium, mais il y aura sans doute plusieurs autres purges sur le chemin.


Le 4-4-2 sans milieu de Liverpool, désemparé tactiquement face aux sursauts en contre-attaque d’Aston Villa. Alors que Lucas s’est blessé, et qu’on ne sait plus trop où faire jouer Gerrard du côté de la Mersey, Rodgers aurait reçu le feu vert pour recruter Mohamed Salah, milieu offensif/ailier du FC Bâle. Soit.

 

 

 

L'infographie de la semaine

 

Une infographie intéressante du CIES et d’Opta sur la formation en Europe. Avec plusieurs clubs qui évoluent sans joueurs formés chez eux, l’Italie fait figure de mauvaise élève.

(Cliquer sur l'image pour agrandir)

 

 

 

Les déclas


"Je ne pense pas qu’il faille gagner à tout prix."

 Juan Sebastian Veron, qui a annoncé sa retraite pour cet été.


"Des choses les moins importantes au monde, le football est la plus importante."

Carlo Ancelotti, dans une interview donnée au Financial Times.

 

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

Un documentaire (en anglais) d’une heure de la BBC sur Garrincha et Pelé, les "Dieux du Brésil”. Le deuxième épisode sur Everton Santos et Williamis Souza, les Dieux du Parc des Princes, ne verra malheureusement pas le jour.

 

 

 

L'anecdote


Tout jeune retraité, Clarence Seedorf avait quitté le Milan AC à la fin de la saison 2012. Pour ses débuts sur le banc, il a l’avantage de connaître la maison, fréquentée pendant une décennie, mais aussi ses joueurs. Il a en effet joué aux côtés de six de ses titulaires face au Hellas Vérone: Christian Abbiati, Daniele Bonera, Mattia De Sciglio, Urby Emanuelson, Kaka et Robinho.

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Les conditions ne sont pas encore réunies pour le retour d’un libéro offensif, selon Naveen Maliakkal 


Analyse tactique minutieuse de la construction des attaques depuis l’arrière de la Roma, avec l’exemple du match de championnat face au Genoa (4-0). 


Arturo Vidal est le meilleur milieu de terrain du monde. Voilà pourquoi


Michael Cox tente de comprendre pourquoi la Premier League a gâché certains des talents créatifs les plus prometteurs pour en faire des milieux défensifs. 


Parmi ces talents créatifs, John Obi Mikel et son histoire d’amour à remous avec le public nigérian depuis son éclosion. 


Clarence Seedorf, encore. Jonathan Wilson présente les défis qui attendent le Néerlandais au Milan et explique les doutes qui l’entourent. 


Le retour de Nemanja Matic à Chelsea préfigure peut-être le passage d’un 4-2-3-1 à un 4-3-3, pour un Jonathan Wilson décidemment très loquace. 


 

  

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