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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Dans le sillage de Godin

Vainqueur à l’arraché contre l’Égypte (1-0), l’Uruguay a déçu. Sauf son capitaine Diego Godin, défenseur infranchissable et insatiable combattant.

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Il a neutralisé Marwan Mohsen et toute l’attaque égyptienne. Il a harangué Martin Caceres, latéral gauche droitier, en difficulté sur son mauvais pied. Il a réprimandé Matias Vecino, incohérent et imprécis dans son jeu de passes. Et il s’est substitué à ses créateurs, incapables de créer des différences, en leur montrant la voie par des percées à la Beckenbauer. Pour l’entame de sa troisième Coupe du monde, Diego Godin était en mission.

 

 

Le gardien de l’ADN uruguayen

Quelques heures plus tôt, dans le Guardian, le capitaine de la Céleste dévoilait le secret de sa grinta. "Vous naissez en Uruguay et on vous parle de football: la première Coupe du monde, le Maracana, les grands joueurs, gagner, gagner et gagner. Ça génère une culture de la compétitivité, un désir de jouer, un besoin. (…) On ne peut pas tourner le dos à son ADN collectif. L’Uruguay n’a pas perdu cet engagement, ce combat, le sacrifice et la solidarité, la détermination de surpasser l’adversité." Godin en est le gardien.

 

 

Si Brian Clough était prêt à tirer sur sa grand-mère si cela permettait de gagner – "pas trop méchamment, je la blesserais juste” (1992) –, le défenseur de l’Atlético donnerait son corps. Une jambe, peut-être. Après tout, "être compétitif, c’est savoir souffrir", enseignait Unai Emery dans The Tactical Room le mois dernier. Cet esprit, naturellement ancré chez Diego Godin, l’était aussi chez ses anciens protecteurs Lucas Pérez et Egidio Arévalo Rios. Moins chez leurs successeurs plus raffinés, Vecino, Rodrigo Bentancur et Lucas Torreira, qu’il doit parfois secouer.

 

Quand eux jouent par intermittence, leur capitaine fonce dans le tas. Avec 118 sélections, il est le deuxième joueur le plus capé de l’histoire de son pays, tout juste devancé par les 125 de Maxi Pereira. À trente-deux ans, ce sera peut-être son ultime Mondial. "Je suis convaincu que pour Fernando Muslera, Martin Caceres, moi, Cebolla (Cristian Rodriguez), Suarez, Edinson Cavani, c’est LE moment, poursuit-il dans le Guardian. Il y a l’expérience, la maturité, nous sommes tous en bonne forme, on joue pour des équipes qui luttent pour des titres, on a un très bon mélange avec de jeunes joueurs qui percent."

 

 

Le souffle de Godin

En attendant, contre l’Égypte, il les a tous plongés dans son ombre. Quatre tacles, cinq interceptions et neuf récupérations. Onze duels remportés sur quinze disputés, record du match. De quoi dégoûter des attaquants égyptiens déjà bien limités, et qui ont fini par renoncer à le défier lorsqu’ils se présentaient dans sa zone. Comme Daniel Passarella, Godin casse "par plaisir", mais les attaques des adversaires, pas leurs chevilles. On imagine alors Oscar Tabarez paraphraser Bill Shankly, lors de la présentation aux journalistes de sa recrue Ron Yeats en 1961: "Faites un peu le tour de mon défenseur central, messieurs, c’est un colosse."

 

"Pour moi, un leader est quelqu’un qui affecte les gens, qui les change, qui rend les autres joueurs ou les autres personnes meilleurs", définit Dennis Bergkamp dans son autobiographie Stillness and Speed (2013). Vendredi après-midi, Godin a entraîné dans son sillage son apprenti José Maria Giménez, d’abord fébrile puis héros décisif en fin de rencontre. Le souffle qu’il a généré a maintenu dans le match des Uruguayens sans idées et enlisés. Un capitaine a "un devoir de performance et d’exemplarité", exposait Hugo Lloris dans L’Équipe la semaine dernière. Diego Godin a bien rempli son contrat.

 

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