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Les Cahiers, numéro 35

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Touche (pas touche)

Cruelle mais juste

La finale de la Coupe de France a douché les espoirs marseillais d'un premier titre depuis quatorze ans, mais sacré un vainqueur logique...
> Le match
> Sochaux au bras de fer
> L'OM peut battre sa coulpe
> Leroy ne sera pas enterré à Saint-Denis
> Magic Pichot
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La malédiction des finales se poursuit donc pour l'OM (lire "OM le maudit" dans le numéro 35), qui voit en outre, pour la seconde fois consécutive, filer la Coupe de France sous son nez alors qu'il apparaissait encore comme le favori. L'élan était en effet nettement marseillais avant le rendez-vous de Saint-Denis, la large victoire acquise, quelques jours plus tôt au Vélodrome contre le futur finaliste, n'étant qu'un épisode d'une belle série. Mais c'est justement parce qu'ils avaient les atouts en main que les Olympiens ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes: non seulement avec un effectif que l'on peut sans scandale considérer comme meilleur que celui du FCSM, mais aussi avec un déroulement du match qui leur a été favorable.


Le match

En dépit de cette précoce ouverture du score, l'OM n'a installé qu'une domination très relative. La barre touchée par Grax (9e) est certes un coup de semonce isolé, mais les Sudistes ne parviennent pas non plus à instaurer une emprise, ni même à profiter de situations de contre en nombre suffisant.
Après quelques minutes de flottement sochalien ponctuées par une jolie frappe du gauche aux dix-huit mètres de Nasri (11e), il faudra ainsi attendre la 35e minute pour assister à un nouveau numéro de l'international (contrôle de la poitrine, petit lob sur Afolabi et reprise trop courte). Entre-temps, les Jaunes se sont réorganisés, neutralisant bien la construction adverse dès ses ébauches, utilisant la largeur du terrain pour trouver des décalages avec des latéraux très disponibles et parvenant à se projeter devant le but de Carrasso – au moins en obtenant des coups de pied arrêtés. Avec un replacement efficace, moyennant parfois des fautes "intelligentes", les Marseillais étaient déjà efficacement bloqués dans un entrejeu où l'on voyait Nasri et Ribéry – pris dans un marquage étouffant par Pichot – redescendre pour n'y délivrer que des passes latérales ou en retrait...

L'inhibition change de camp
À la mi-temps, ils conservaient toutefois la position préférentielle, faute d'occasions sochaliennes plus nettes... pour la perdre dès le retour du vestiaire. Car ensuite, c'est à une "gestion" périlleuse que s'adonne l'OM: les Phocéens sont battus dans les duels par des Doubistes qui abandonnent leurs inhibitions et se font plus présents et plus pressants dans la surface marseillaise. Leroy tente l'exploit en retourné (47e), Dagano est à deux orteils de trouver Grax (50e), Leroy en pivot met Carrasso à contribution (55e), lequel devancera de justesse Dagano (59e).

Ce n'est qu'après l'heure de jeu que surviennent des répliques marseillaise: Niang s'amuse d'abord de Bréchet côté droit et décoche un tir violent que Richert pare (61e), avant que Ribéry ne reprenne un coup franc de Taiwo détourné (63e). Sur un coup franc excentré, Cissé de la tête et Cana en retourné font planer le scénario du break. Mais les Olympiens payent ce réveil trop tardif par l'égalisation qui survient dans la foulée: un magnifique renversement de Grax suivi d'un centre idéal de Leroy suffisent à mettre Zubar hors de position, laissant Dagano placer une tête croisée imparable (67e).
Les Marseillais s'avisent enfin de montrer plus de volontarisme, avec deux percées de Niang de chaque côté de la surface, juste avant sa sortie (73e). Nasri pénètre à droite mais son centre ne trouve pas de client (82e), Beye déborde et sème la confusion dans la surface de Richert (83e), Nasri s'avance dans l'axe, mais enlève trop son tir du gauche... Cette fin de match animée ne débouche cependant sur aucune occasion cadrée.

Tête contre tête
De nouveau dominés au début de la prolongation, ce sont quand même les Olympiens qui trouvent la faille: une transversale d'Oruma prolongée par un Bréchet en déséquilibre permet à Maoulida d'ajuster un centre précis que Cissé n'a plus qu'à smasher de la tête (98e). La tension remonte avec un échange d'amabilités entre Tosic et Maoulida, Ziani oblige Carrasso à détourner son coup franc sur la barre (101e). Les hommes d'Émon reculent encore, même s'ils ont une balle de match après un service de Nasri pour Oruma, devant lequel Richert s'interpose in extremis, quelques secondes avant la fin de la première partie de la prolongation.
Le scénario de la fin de seconde mi-temps fait son retour. Taiwo doit joueur les pompiers devant un Leroy embusqué au second poteau, à l'arrivée d'un long centre de Tosic (110e), et tandis que Ribéry trouve enfin des espaces, sa talonnade ne trouve personne (113e). Le match s'apprête à basculer: Ziani enroule une passe en profondeur que Le Tallec, impeccablement placé, transforme de la tête. Le même duo manquera de porter l'estocade dans le temps additionnel, Carrasso s'interposant à bon escient.



Sochaux au bras de fer

La rencontre, qui a été privée de Pagis et Isabey, a plus valu pour son intensité dramatique que pour la qualité du jeu, avec un emballement final qui a embelli le suspense. Une vraie finale de Coupe, jusque dans les tirs aux buts... Mais dire que le FC Sochaux n'a remporté sa finale que sur son abnégation ne serait pas lui rendre justice: on doit saluer la cohérence qu'il a maintenu tout au long de la rencontre, évitant de se désunir lorsqu'il était mené au score. Si le moule tactique était un peu trop grand pour elle en première période, l'équipe a su le remplir par la suite. Constamment placé face au ballon, le onze doubiste a soutenu un pressing impressionnant – trois joueurs enserrant souvent Nasri ou Ribéry quand ils avaient la balle – sans renoncer à son désir de jeu en exploitant une intéressante variété de mouvements. L'apport des latéraux a notamment été capital et il illustre le fait que les offensives jaunes ont toujours été menées avec des soutiens: Grax et Dagano ne se sont pas contentés de faire de la figuration, et Ziani n'a pas réalisé le mauvais match diagnostiqué par les commentateurs. 
Sans avoir eu besoin de se concrétiser par un grand nombre d'occasions, cette supériorité dans l'organisation a sans doute été le principal facteur de la victoire.



L'OM peut battre sa coulpe

Le premier constat porte forcément sur les individualités de l'OM, qu'on attendait à un autre niveau. Bien sûr, Dijibril Cissé a compensé sa faible participation au jeu par une impeccable efficacité devant le but, même si le mérite appartient d'abord aux passeurs sur ces deux coups-là. Samir Nasri a également eu une influence assez constante, et sa remise sur l'ouverture du score est une merveille discrète. Mais comme l'an passé, Franck Ribéry est passé à côté de son match, ratant dès l'entame ses percussions et restant continuellement loin des zones de décision.

Sur ses défauts plutôt que sur ses qualités
C'est aussi l'ensemble de l'équipe qui ne s'est pas hissé au niveau d'engagement indispensable, empêchant de faire briller, par exemple, un Mamadou Niang loin de son influence habituelle. La panne de carburant est une thèse qui se soutient, dans la mesure où le jeu marseillais consomme de l'énergie, et où la récente succession des matches a entamé les réserves – on pourrait reparler d'un calendrier dont presque tous les problèmes seraient résolus avec un retour à dix-huit clubs... Cela explique, peut-être, le net ascendant pris par Pitau et N'Daw sur Cana et M'Bami, sans rien retirer à la pression sochalienne, restée constante durant cent vingt minutes, ni aux carences marseillaise.
L'équipe a en effet donné l'impression qu'elle se satisfaisait de l'avantage pris à 1-0 puis 2-1, sans comprendre qu'une finale contre un adversaire aussi solide ne se disputait pas avec attentisme. L'OM s'est retrouvé a jouer sur ses défauts plutôt que sur ses qualités: non seulement le quatuor offensif s'est contenté d'un réalisme trompeur, mais il a laissé Sochaux jouer sur ses faiblesses. Nul étonnement à ce que les deux buts égalisateurs ont été marqués sur des absences de la défense centrale...

On peut extraire de la première mi-temps cette action assez significative: Nasri perce dans l'axe droit mais ni Cissé, ni Niang ne sont disponibles à la sortie de son crochet. Le jeune Marseillais parviendra à conserver la balle en étalant sa technique, obtenant des applaudissements nourris, mais il faudra tout reprendre à cinquante mètres des cages de Richert, puis sur l'autre aile où les Sochaliens récupéreront la possession.


Comme des gamins
Faute d'avoir su faire des différences individuelles pour percer l'assise sochalienne, l'OM a donc dû livrer un combat tactique et moral qu'il a perdu sur ces deux plans. La volonté et la rigueur de son adversaire ont fini par faire pencher la balance, et l'on cerne mieux ce qui a manqué aux perdants. L'expérience fait forcément défaut à une équipe où Rodriguez et Beye (28 et 29 ans) faisaient figure de vieillards au coup d'envoi. Il manque certainement à ce groupe un stratège et/ou un leader capable de "lire" les rencontres et d'évaluer les rapports de force: un tel joueur aurait certainement encouragé l'expression des points forts marseillais. Et favorisé une confiance dont on a vu qu'elle manquait lorsque les Ciel et Blanc ont, au cours de la prolongation, exprimé une inutile nervosité – assortie à un embarras palpable quant à la façon de gérer la situation.

Ce stratège est-il sur le banc? La question continuera d'être posée par ceux qui doutent qu'Albert Émon a tiré le meilleur de cet effectif. Alain Perrin lui-même nous assure (Cdf #35) que l'OM "avait les moyens de concurrencer Lyon" cette saison année. Et il est sorti vainqueur de la partie d'échec de Saint-Denis. Mais quelle que soit l'ampleur de la déception de samedi, Émon aura totalement réussi sa saison si son club reste à la deuxième place du championnat... Cela entre en considération si l'on pense que la continuité sportive est un impératif
Car cette équipe est porteuse de promesses, en dépit des incertitudes qui pèsent sur l'intersaison. On peut donc raisonnablement espérer la voir, dans les mois qui viennent, prendre enfin ses responsabilités et forcer le destin à lui sourire.



Leroy ne sera pas enterré à Saint-Denis

Lorsque nous avions consacré un article saluant sa sérénité et sa stabilité retrouvées, Jérôme Leroy avait quitté le RC Lens pour filer au Bétar Jérusalem avant même l'arrivée en kiosques de ce numéro (n°21 des Cahiers). Abandonnant une situation avantageuse sur un coup de tête (il était capitaine du Racing et effectuait une bonne saison), il s'égarait une fois de plus dans une impasse. Incorrigible, le joueur se sera donc évertué à perdre le fil d'une carrière pourtant prometteuse... On peut citer son aller-retour Paris-Marseille-Paris, effectué lors de deux mercatos d'hiver. Symbole de ces mauvais choix: Leroy n'avait à son palmarès, avant samedi soir, qu'un seul trophée des champions remporté en 1998 avec le PSG. Entré dans la postérité en tant que fourgueur de portables dans le vestiaire parisien, c'est peu dire que son talent a été sous-employé.

Au four, au moulin, et de nouveau au four
Le jour de la finale, il fallait lire son interview dans L'Équipe, lui-même parvenant à résumer ce parcours avec une candeur déconcertante: "J'ai toujours été nonchalant et peu professionnel", déclare-t-il après avoir précisé qu'il était arrivé dans le foot pro "par hasard", qu'il n'était "pas un exemple" et qu'il n'avait même jamais rêvé de l'équipe de France. "J'ai côtoyé un joueur comme Dugarry, qui survolait les débats en championnat. techniquement, il était aussi fort que Zidane et on disait qu'il n'avait pas le niveau pour les Bleus. Alors moi..."

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Dès le coup d'envoi, Leroy donna pourtant le sentiment qu'il était pleinement conscient de l'enjeu, endossant ses responsabilités en conduisant des offensives un peu désordonnées... au point de lancer Cissé sur une malencontreuse passe en retrait (7e). Plus tard, il tente de servir Dagano plein axe mais sa passe est interceptée (18e). C'est encore dans l'axe qu'il perce mais ne parvient pas à s'emporter le ballon, ne décochant qu'un tir amorti qui va se pose dans les bras de Carrasso (30e). Une minute après, il écope d'un avertissement pour un tacle en retard sur Zubar. Justifiant pleinement son numéro 10, il tente encore d'alerter Grax et Dagano devant lui (33e et 39e) et monte en puissance au cours d'un dernier quart d'heure à l'avantage des siens.

Maître du jeu
Après la pause, notre paradoxal artiste prend le risque d'un ciseau qui file au-dessus de la cage, alors que Dagano et surtout Grax offraient de meilleurs solutions (47e). Trois minutes plus tard, il effectue un centre-tir qui flirte avec l'équerre sans que l'on comprenne si le geste était volontaire (on se souvient d'un Runje trompé après une anticipation fatale, au Vélodrome). Désormais en soutien des deux attaquants, avec Ziani plus en retrait, il se retrouve en position très avantageuse et parvient à frapper en se retournant, sans inquiéter vraiment le gardien marseillais.
C'est surtout lui qui, d'un maître contrôle et d'un centre parfait, se fait l'artisan de l'égalisation, longtemps après avoir résolument pris le jeu en main, reléguant Ziani à la marge de la rencontre. S'il est moins influent par la suite, on le verra encore beaucoup toucher le ballons. Mais aussi, en toute fin de match, frôler le rouge en fouettant les chevilles de Nasri, tenter un rush et appeler le ballon sur le côté en courant comme un dératé et se placer en position d'attaquant de pointe sur un centre de Ziani...

Dans un moment d'inattention, Leroy a déclaré à L'Équipe qu'il envisagerait de prendre sa retraire en cas de victoire... Ne doutons pas que celle-ci l'encouragera plutôt à poursuivre. Un footballeur qui déclare "Si je n'ai plus envie, je deviendrai archinul" incarne à son corps défendant une idée du football qui ne semble pas majoritaire chez ses collègues..



Magic Pichot

S'il faut désigner un symbole de l'équipe sochalienne, sans faire injure à ses fins techniciens comme Ziani et Leroy, alors Stéphane Pichot doit être celui-là. Après une entame hésitante, il a complètement éclipsé Ribéry qui n'est plus jamais passé en un contre un, s'offrant même le luxe de neutraliser Niang puis Cissé, avec un zeste de vice, alors que nos sprinters étaient lancés en profondeur. Il a également pris son couloir aussi souvent que possible et offert un appui constant à Leroy, lequel lui doit une partie de son rayonnement...
Il faut des Pichot dans une équipe pour remporter des trophées... Il n'y en avait pas au sein de l'OM.


L'analyse
Xavier Gravelaine : "L'arme secrète de Djibril Cissé, c'est de pousser le ballon et de frapper".

Les déclarations qu'ils n'ont pas faites
Jean-Claude Plessis : "Et en plus, on va peut-être réussir à vendre Le Tallec!"
Pape Diouf : "Et en plus, on va pas pouvoir racheter Cissé".
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