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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Croatie : le changement, c'est maintenant ou jamais

Laminé par les scandales et les banqueroutes, le championnat croate vient de se réformer pour survivre. Il y a urgence.

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Ça bouge en Croatie. L’intersaison a vu le nombre de clubs engagés en MAXtv Prva Liga être réduit de seize à douze, et le calendrier passer de trente à trente-trois journées. Il ne s’agit que d’une première étape, avant une réduction à dix clubs prévue pour 2013. Le calendrier croate comptera alors trente-six journées, comme chez le voisin slovène. Moins de participants, plus de matches: tout bénéfice pour les clubs, qui récupèrent ainsi une plus grosse part des droits TV.

 


Nettoyage par le bas

À vrai dire, ce changement sera sans doute le bienvenu, car la saison croate 2011/12 a été émaillée d’incidents, en particulier chez les mal-classés. Prenons l’exemple du NK Varaždin. L’ancien Varteks Varaždin, qui a changé son nom vieux de plus d’un demi-siècle en 2010 après avoir perdu le soutien financier de son sponsor principal [1], avait été finaliste de la Coupe croate en 2011. La saison suivante, Varaždin a certes réussi à passer deux tours de qualification en Europa League. Mais, coincé en bas de tableau de la Prva Liga, il s’est surtout "distingué" en déclarant forfait à deux reprises. L’ancien club de l’ex-Monégasque Pokrivac, où jouait encore l’ex-international Vugrinec, a alors vu le règlement s’appliquer: les matches restants lui ont été donnés perdus par 0-3. Lanterne rouge, Varaždin pouvait croire en une renaissance en troisième division, car son centre de formation aiguisait des intérêts. Mais les clubs de ce niveau s’y sont opposés, et Varaždin a dû repartir à l’échelon régional le plus bas.

 

 

 

 

Avant-dernier, le NK Karlovac n’a pas été loin de connaître le même sort: mais en n’étant forfait qu’une fois, il n’a écopé que d’un point de pénalité au classement. Karlovac a toutefois senti passer le vent du boulet au printemps dernier, lorsque la fédération croate a décidé de le suspendre de la compétition – à l’origine pour une durée indéterminée – conjointement avec le Hajduk Split et un autre mal classé, le NK Šibenik. La raison: de graves problèmes financiers, à propos de transferts mal gérés et de salaires de joueurs impayés. Si ces trois clubs ont pu finir la saison 2011/12, la suite a été moins rose.

 

 


Dégringolades et repêchages

Le Hajduk Split, même deuxième et qualifié pour l’Europa League, connaît toujours d'importants soucis, d’autant que la mairie de Split est revenue sur une promesse de prêt. Les clubs de Šibenik et de Karlovac ont eux carrément perdu leur statut pro. Cet été, Šibenik est reparti en deuxième division, et Karlovac à un bas niveau amateur, après avoir été lâché par ses créanciers, malgré l’intérêt d’investisseurs allemands et tchèques. Même si les clubs de Karlovac, Šibenik et Varaždin restent engagés dans l’élite des championnats nationaux de jeunes, le retour en Prva Liga de ce trio n’est pas pour demain.

 

Ajoutons à cela quelques bizarreries, telles celles liées au club du NK Rijeka. Celui-ci a ainsi été l’heureux double bénéficiaire des forfaits de Karlovac et Varaždin. Son match de la 24e journée, contre son voisin de l’Istra 1961 Pula, a dû être rejoué, pour avoir été interrompu à cause de la bataille de fumigènes qui a opposé dans les tribunes les supporteurs des deux camps. Enfin, Rijeka a sauvé sa peau in extremis dans l’élite à l’issue d’une réunion de la commission chargée des licences... qui n'a validé aucune montée de deuxième division.

 

 

 

 

Les problèmes économiques ne sont pas les seules turpitudes qui agitent le grand malade qu’est le championnat croate: les suspicions de matches truqués sont légion, et la FIFPro avait annoncé au début du printemps qu’elle allait communiquer une liste de personnes à arrêter, notamment en Croatie, pour des matches sur lesquels ont pesé de forts soupçons d’arrangements. Car en Croatie, le foot est agité sur et hors des terrains… comme dans la plupart des contrées de l’Est de l’Europe en fait [2].

 

 


Changer, oui – mais comment?

Cette liquidation en bas de tableau permet d’assainir un peu la situation. Mais le grand nettoyage, bien qu’espéré et régulièrement annoncé, n’a pas encore eu lieu. Pourtant, ça avance: il y a eu des déclarations d'intention pour une plus grande sévérité face aux débordements des supporters. Surtout, le gouvernement croate affiche pour ambitieux projet d’amender la loi locale sur le sport. Le but: interdire à tout agent de joueur, ainsi qu’aux membres de sa famille, d'exercer une quelconque fonction dans un club. Une loi qui perturberait les activités de certains dirigeants, comme Zdravko Mamic, l’homme fort du Dinamo Zagreb – le club le plus important du pays depuis l’indépendance en 1991 – qui se trouve être aussi agent de plusieurs joueurs, parmi lesquels des internationaux comme Luka Modric et Dejan Lovren. Pas sûr que Mamic et Cie. se laissent faire.

 

Mais cette réforme verra-t-elle seulement le jour? Déjà, le ton a changé. Si cette loi a à nouveau été évoquée cet été par le ministre des Sports Željko Jovanovic, celui-ci s’est montré beaucoup moins virulent qu’au début de son mandat, quand il vilipendait en vrac conflits d'intérêt, corruption et hooliganisme. Par ailleurs, après l’Euro 2012, le sélectionneur national Slaven Bilic a été remplacé par Igor Štimac. Ceci pourrait être un signe fort de changement dans le foot croate, dans la mesure où Štimac a brigué la présidence de la Fédération par le passé. Or, une loi qui interdirait le cumul d’activités toucherait Štimac, lui aussi agent de joueur. Le changement, oui, mais jusqu’où?

 

 


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[1] L’usine de textile Varteks, plus gros employeur de la région de Varaždin, s’est retirée à cause de la crise. Mais des fans, très attachés au nom "Varteks Varaždin" qui renvoie aux meilleures années du club, et dégoûtés par la corruption ambiante, ont créé en 2011 le NK Varteks – sur le modèle de ce qui s’est déjà fait pour le FC United of Manchester et l’Initiative Violett-Weiß de l’Austria Salzbourg. Le nouveau club, qui vit de ses ressources propres, a conclu sa première saison chez les amateurs en milieu de tableau. Cette année, le NK Varteks évolue dans le même groupe que le NK Varaždin: les derbies risquent d’être chauds!
[2] Cf. les exemples bulgare ey roumain avec "Les malheurs de Sofia" et "Jeux de Roumains, jeux de vilains".

 

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