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Blasons maudits / 3

Coupet, l'homme d'une seule coupe

Un récit en guise de protestation contre la nomination du gardien parisien: découvrez la véritable histoire de Grégory Coupet.
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Tous les trophées que l’OL a remportés depuis sa naissance le 31 décembre 1972, il les a remportés aussi. Sauf la coupe de France 1973: né après le premier match de la compétition, il ne peut y participer malgré un talent prometteur. Âgé de six mois, le petit Grégory doit se contenter de suivre à la télévision la victoire des Lyonnais en finale. Une frustration immense naît de cet épisode, qui explique bien des choses dans la suite de sa carrière: inconsolable dans son amour déçu pour l’Olympique Lyonnais, il rejoint le centre de formation du rival stéphanois. Bien vite, il détrône les deux autres gardiens du club et manifeste pour la première fois une prédisposition à la maladresse verbale en déclarant "Tu l’as dans le Huc".


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"Super, ton déguisement, Nicolas. J’ai l’impression de me voir dans un miroir. Mais tu diras à ton collègue qu’il est nul en Pauleta".

Supercherie au Stade de France

Cependant, déjà, son grand cœur l’emporte sur sa rancœur et il accepte, quelques années plus tard, de sauver les deux clubs d’un coup: en rejoignant en 1997 la capitale des Goals pour neuf millions de francs plus Jean-Luc Sassus, il arrête avec autorité la faillite de l’ASSE et relance immédiatement pour l’OL le début d’une période faste. Neuf millions de francs et Sassus, ça fait 69 millions d'euros d’après madame Dati, qui s’y connaît en inflation. Personnellement, je n’en crois rien, je ne suis pas prêt à avaler n’importe quoi. Au passage, beau parcours à l’envers pour Jean-Luc.

(les enfants, vous pouvez revenir, d’ailleurs le père Joël va venir vous chanter une chanson!)

À Lyon, uniquement désireux de remporter la Coupe de France qui manque à son palmarès depuis sa naissance, Grégory travaille dur en vue de cet objectif, qu’il croit avoir atteint dès 2001 avec la victoire de l’OL en coupe. Fou de joie il s’apprête à prendre sa retraite pour rejoindre l’armée, sa vocation de toujours. Au dernier moment, la supercherie est dévoilée, et Grégory apprend qu’il vient de remporter non pas la Coupe de France, mais la Coupe de la Ligue, dont naturellement il ne soupçonnait même pas l’existence.

Un étranger qui passe par là, voulant le féliciter mais ne maîtrisant pas très bien les finales consonantiques muettes des patronymes français, le hèle ainsi: "Bravo Coupett!" Croyant qu’on se moque de la coupette qu’il vient de remporter, le gardien tente de mettre fin à ses jours. La noyade du Grégory étant passée de mode, il choisit de se pendre à sa barre transversale, mais Joël Bats intervient, prêt à tout pour le sauver: il interprète tout d’abord Soli-solitude, mais cela ne fait que raccourcir la corde. Avec Escargot, c’est pire, la corde s’enroule. Enfin, avec Même si je m’envole, la corde cède, vaincue. La vie reprend.

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Un secret derrière le sourire ultra-bright

La routine aussi, pour Grégory Coupet, toujours orphelin de sa Coupe de France. Bien sûr, il fait gagner à son équipe sept titres de champion de France d’affilée, qu’il associe à un quadruple titre de meilleur gardien du championnat, mais qu’est-ce, en regard de la terrible frustration qui le hante chaque fois que son remplaçant est aligné en Coupe de France, ou, pire, lorsque c’est lui-même qui assiste dans les buts à l’échec des siens dans cette compétition? La joie artificielle affichée dans les vestiaires après chaque morne saison de ce septennat bien géré ne trompe personne: Grégory Coupet est malheureux. Et tout autour de son sourire ultra-bright, se creusent les rides d’un Lyonnais de droite.

Pour lutter contre ce cancer et tromper l’ennui, il écoute sa générosité, et s’engage comme éducateur dans une association qui offre à des jeunes des banlieues de jolis voyages en Europe et dans le monde à l’occasion de tournois de football. En décalage avec leurs valeurs, il a parfois du mal à s’y faire une place. Corée du Sud, Portugal, Tignes, Allemagne: bon an mal an, la vie suit son cours.

Autre distraction, les salons d’OL Coiffure, où sa réponse à la question "Quelle coupe?" sera invariablement au fil des années "La Coupe de France!" C’est ainsi qu’il ressortira successivement avec la coupe de France Gall, de Mendès-France, de Footix-France 98, d’Anatole France, de Cécile de France, d’un présentateur de France 2, et même un plan de coupe géologique de la France. Mais jamais, bien sûr, la Coupe de France.

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Première communion

Jusqu’à un soir de mai 2008, où, enfin, le rêve est à portée de la main: l’Olympique lyonnais est en finale de Coupe de France, et Grégory Coupet est dans les buts. Trente-cinq ans après l’injustice de 1973, ce titre ne peut lui échapper. C’est son heure, il le sait. La veille de la finale, sachant que tout était sur le point d’être accompli, il prit le bain, le remplit, et le donna à l’olympique en disant "Prenez, ceci est mon sport". Il annonçait ainsi sa retraite sportive et son départ pour des vacances bien méritées en Espagne, où une entreprise d’excellents matelassiers sauraient lui fournir de quoi goûter un confortable repos.

La finale fut longue et âpre, mais l’issue était décidée depuis longtemps, et lorsque Govou se chargea de l’exécuter, Grégory Coupet goûta enfin la plénitude. À la fin de la finale, il prit la coupe, la remplit de champagne et la donna à l’olympique en disant "Prenez et buvez en tous, vous garderez ceci en mémoire de moi"… Il venait de vivre et d’apporter aux Lyonnais la Passion. Grâce à lui, ils allaient désormais abandonner la triste comptabilité des titres pour vivre d’émotions. Pour preuve, les deux derniers remplacements du match avaient vu l’ancien Lyonnais de droite Paul Le Guen remplacer Grégory Bourillon par Williamis Souza tandis que, par un mouvement de compensation, à Lyon, un ex-Stéphanois faisait entrer Clerc à la place de Juninho.


Épilogue
Été 2008. Coupet vient donc de mettre fin à une attente de trente-cinq ans en remportant La Coupe de France. Les vacances en Suisse puis en Espagne se passent sans qu’aucun événement notable ne vienne troubler la quiétude de ce retraité tranquille…


Bonus Track : le PSG
Tout pourrait s’arrêter là. On peut faire comme si, d’ailleurs. Et ne pas lire la suite. Ne pas s’apercevoir que peu à peu, la magie de la Coupe de France le chatouille à nouveau. Ignorer que la vocation d’éducateur pour jeunes de banlieue revient le travailler. Ne pas entendre le discours militaire d’un ancien para, dirigeant à Paris, qui ne le laisse pas insensible. Lui, il l’a senti, il l’a compris, il l’a entendu: Paris, l’équipe de toutes les Coupes, est là, prête à doubler son bonheur. Ce sera chose faite en 2010, avec une deuxième Coupe de France gagnée pour couronner sa première saison dans l’autre capitale.

Entre temps, une grave blessure aura permis à Greg de montrer ses béquilles, son sourire et sa rage de vaincre à tous au Camp des Loges. Laissons-lui la parole. Trente-six ans, et à peine trente-six ans heures après une fracture de la cheville:
"J'ai l'expérience des blessures et même ce mauvais moment est une expérience extraordinaire. Je ne dis pas que c'est à vivre, mais c'est fou, j'ai reçu des messages de soutien de tout le monde. Ce n'est pas un coup du sort, ce sont des trucs à connaître et c'est peut-être un mal pour un bien. J'ai la volonté et je ne crains rien."

Coupet se soignera au Camp des Loges pour rester au contact de ses équipiers et les encourager. "J'espère que l'équipe ne sera pas déstabilisée mais qu'au contraire cela va plutôt la galvaniser. Il n'y a pas que moi cette saison avec les blessures d'Erding, d'Hoarau et l'affaire Makelele. À force de s'arc-bouter, il va naître quelque chose dans le groupe. C'est peut-être un mal pour un bien." (lequipe.fr 30 novembre 2009) Prophète?

Et en effet, même blessé, il continue à exhorter ses coéquipiers, avant PSG-Lyon:
"Le vrai problème, c’est que nous sommes des joueurs gentils. On subit trop facilement les galères. Il faut 'marcher sur la gueule' des autres." Pourtant, il ne regrette pas plus que ça de ne pas être sur le terrain dimanche pour avoir à "marcher sur la gueule" de ses anciens partenaires : "Je vais y aller, mais c’est surtout pour voir mes copains. L’idée d’y retourner comme adversaire était un peu déroutante pour moi avant de signer au PSG. Le destin a décidé que ce ne serait pas pour cette année. J’y vais comme un ami." (Source planetepsg.com  28 janvier 2010)

Cinq mois plus tard, il revient et se bat pour récupérer la place de titulaire, à la régulière. Qu’il abandonne à la régulière quatre autres mois plus tard, toujours à l’occasion d’un PSG-Lyon qui marque aussi sa réconciliation avec la Coupe de la Ligue:
«Grégory, pour votre retour à Gerland et dans le but du PSG, vous avez signé une prestation solide. Comment avez-vous vécu cette soirée ?
Avec bonheur. Je suis heureux parce que ça s'est bien passé pour moi effectivement, parce que l'accueil du public pour moi a juste été exceptionnel, et parce qu'il y a la qualification au bout aussi. Maintenant, je ne me satisfais pas de la situation de l'OL, car c'est la maison aussi pour moi. ça m'embête de voir qu'il y a du souci à la "maison".. Maintenant je suis à Paris et je suis content d'y être. Et je suis content que l'on ait gagné. Ca va me permettre à moi de continuer à jouer des matches en Coupe de la Ligue.
Seulement en Coupe de la Ligue ? Le Championnat, vous n'y pensez plus ? Vous vous êtes résigné à être la doublure d'Edel ?
Non, non, je ne me projette pas sur le Championnat. Les choses sont très claires. […] Edel est numéro 1 parce qu'il est le meilleur, parce qu'il bosse très bien et parce qu'il l'a prouvé à l'occasion de tous les matches qu'il vient d'effectuer. Et moi je suis passé numéro 2. J'ai la Coupe de la Ligue, je suis content.» (Source lequipe.fr)

Il y a un sourire qui manquera au PSG. Sans plombage, svp.
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