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Nicolas P.

 

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La Gazette de la L1 : 38e journée

Coupe du monde 2022 : Qatar ou jamais ?

L'attribution du Mondial au Qatar est devenu un enjeu majeur pour les acteurs du jeu... mais aussi les instances et diffuseurs. Jouer en hiver? Réattribuer la compétition? Les solutions sont peu nombreuses, ont de multiples implications, et aucune n'arrange tout le monde. 

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Le dernier épisode en date du feuilleton sur l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar a été écrit par Sepp Blatter lui-même. Le président de la FIFA a en effet de nouveau qualifié ce choix d'erreur, blâmant au passage le Comité exécutif de n'avoir pas suivi les recommandations du rapport technique (et rappelant implicitement que lui-même avait voté pour les États-Unis).

 



 


Tergiversations en série

Embourbée dans un projet sur lequel elle a fait preuve d’une légèreté coupable et qu’elle ne semble plus maîtriser, la FIFA tergiverse. Elle a lancé une vaste consultation avec ses nombreux partenaires (fédérations, clubs, sponsors etc.) qui risque néanmoins de tourner court et qui, en tout état de cause, n’aboutira à aucune solution idéale. L’instance patronne du football mondial envoie elle-même des signaux contradictoires: quand Sepp Blatter maintenait qu’un Mondial a vocation à avoir lieu en été, la "gaffe" de Jérôme Valcke, en janvier dernier, sur un déroulement hivernal étant venue jeter un peu plus la confusion sur la communication d’une institution apparemment dépassée par les événements.


Ces atermoiements autour d’un Mondial déjà discrédité par les scandales de corruption et la mort de centaines d’ouvriers dans des conditions de travail extrêmes, prennent place dans un contexte de campagne pour la présidence de la FIFA, au cours de laquelle candidats pressentis, dont Valcke (qui a finalement démenti), ou déclarés, dont Blatter et Platini, font partie, ont tenu à donner un avis sur la question. S’il semble à peu près acquis qu’une Coupe du monde par cinquante degrés à l’ombre serait folie, le décalage de cette dernière en hiver aurait des répercussions lourdes et nombreuses. La chienlit s’annonce mémorable.
 


Le report de l'angoisse

L’information est passée quasi inaperçue en France, mais le Qatar a réduit le nombre de ses stades en construction pour le Mondial de douze à huit – officiellement pour des raisons budgétaires. L’émirat, comme la FIFA, ont peut-être surtout l’intention de calmer le jeu, voire de lâcher un peu de lest, alors que les critiques se font plus nombreuses et plus acerbes contre "leur" Coupe du monde, dont on se demande bien comment elle va être organisée. Quoique l’idée ne soit pas encore à l’ordre du jour selon les officiels, mais présente dans tous les esprits selon un ex-salarié de la FIFA [1], il faudra bien envisager, surtout dans le cas où la consultation en cours avec les différents intervenants n’aboutirait à rien, que ce Mondial n’ait pas lieu. Du moins pas au Qatar.


Car le report de celui-ci en hiver reste très hypothétique étant donné le chamboulement qu’il entraînerait. Outre la réorganisation de nombreux championnats et la proximité des Jeux Olympiques (à moins que le Mondial se joue l’année d’après), la FIFA devrait faire face à l’hostilité de certains diffuseurs: la FOX, par exemple, qui a déboursé 312 millions d’euros pour obtenir les droits sur les Mondiaux 2018 et 2022, craint un télescopage avec les championnats de football américain, dont elle est le diffuseur également et, de là, des pertes d’audience (lire "Mondial 2022 en hiver, l'effet boule de neige"). Un accord est en cours entre la chaîne et la FIFA, mais il y a fort à parier que beaucoup de partenariats seraient à renégocier.


En changeant ainsi, après attribution de la compétition à un pays organisateur, les termes du contrat, la FIFA rendrait nulle la procédure de mise en concurrence qu’elle a mise en place pour l’octroi de sa poule aux œufs d’or. Elle se heurterait donc à la grogne des candidats malheureux qui s’étaient positionnés sur une compétition estivale, et non hivernale. L’Australie et le Japon ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils demanderaient une "juste compensation". Les États-Unis, la Corée du Sud, autres perdants, devraient faire de même.
 


La patate chaude des élections

C’est que la campagne pour le siège de Sepp Blatter, lequel devrait être candidat à sa propre succession après avoir dit que ce mandat serait le dernier, promet d’être âpre. Si la FIFA paraît tant hésitante, c’est aussi parce que le Mondial 2022, dont les adversaires du président sortant ont bien compris qu’il la traînerait encore longtemps comme un boulet, cristallisera les affrontements. Les positions des uns et des autres, surgissant à l’occasion de petites polémiques, ne sont peut-être pas aussi innocentes qu’elles en ont l’air.


Michel Platini, qui prendra sa décision pendant ou après le Mondial brésilien – celle-ci ne faisant guère de doute – a lui aussi multiplié les attaques contre la FIFA et Blatter: critique du caractère individualiste du trophée du Ballon d’or, limite d’âge pour occuper la présidence… et positionnement en faveur d’une organisation du Mondial qatarien en hiver. Il est même allé jusqu’à suggérer d’ouvrir l’Euro 2020 au Brésil et à l’Argentine, sorte de contrefaçon de Coupe du monde qui aurait surtout pour intérêt de parasiter la vraie, deux ans plus tard… Jérôme Champagne, au nom prédestiné mais aux chances quasi-nulles, tentera de venir jouer les trouble-fêtes dans le duel qui s’annonce: vice-secrétaire-général de la FIFA entre 2002 et 2005, il grapillera peut-être à Platini les quelques voix qui manqueront à ce dernier pour battre Blatter.


Il est encore tôt pour prédire l’issue d’un dossier qui tourne, de plus en plus, à la fumisterie caractérisée. Et même si, d’aventure, Sepp Blatter était battu l’année prochaine, son successeur ne fera qu’hériter de la patate chaude. Car il n’y a pas trente-six solutions pour jouer – ou ne pas jouer – ce Mondial qatari, et il semble bien qu’aucune ne puisse satisfaire tout le monde.


[1] "La FIFA pourrait-elle choisir de destituer le Qatar au profit d'un autre pays organisateur? L'idée d'un nouveau vote n'est pas encore sur la table, mais habite l'esprit de tout le monde, susurre un ex-salarié de la FIFA, satisfait que l'attribution d'une Coupe du monde dépende désormais du vote des 209 fédérations nationales" (lire "Le Qatar peut-il perdre la Coupe du monde?"). 

 

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