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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Aux frontières du Real

Coupe du monde 2010, refaisons l'histoire

Uchronie – Imaginons ce qui se serait passé si le cours du Mondial sud-africain n'avait pas été infléchi par… le clash Anelka-Domenech, la main de Suarez et le penalty de Cardozo. 

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L'incident Domenech-Anelka ne fuite pas

Pas au mieux avec un seul point au compteur, les Tricolores ont pourtant encore des chances de se qualifier. Plutôt que sur leur faible niveau de jeu des deux premiers matches, face à l'Uruguay puis au Mexique, les optimistes se basent sur le parcours de 2006, très compliqué en poule. Seulement voilà, la défaite contre les Mexicains (0-2) retire le destin des mains de l'équipe de France: pour voir les huitièmes, elle devra non seulement battre l'Afrique du Sud par au moins quatre buts d'écart, mais également espérer qu'il n'y ait pas de nul dans l'autre rencontre. Compliqué mais pas impossible, d'autant que l'Uruguay comme le Mexique veulent l'emporter pour éviter l'Argentine, tranquillement en tête du groupe B et qui affrontera donc le deuxième de la poule.
 

Les jours passent et les rumeurs de division au sein des Bleus se font de plus en plus insistantes. À l'entraînement, les joueurs donnent le change, mais le lien avec le sélectionneur Raymond Domenech semble en partie rompu. Dans les médias, Nicolas Anelka est pointé du doigt comme l'un des responsables de ce mauvais départ, déjà qualifié de “déroute”. Il y aurait eu des mots dans le vestiaire à la mi-temps de la rencontre face au Mexique, mais rien ne filtre hormis quelques allégations invérifiables. On rappelle l’Autriche-RFA arrangé de 1982. Personne n'y croit. Sur le terrain, pourtant, les Français attaquent pied au plancher. Cissé court partout, Gourcuff ose, Diaby se projette... Après trente minutes, cela fait 2-0 et on se prend à y croire, d'autant que l'Uruguay mène. Malheureusement, l'euphorie retombe et Mphela marque avant la pause. Le but de Govou dans les arrêts de jeu ne change rien, la France est éliminée.
 

Les analyses d'après-match sont paradoxales. À la déception de l'élimination se mêle une certaine fierté d'avoir vu les joueurs se souder pendant 90 minutes pour relever la tête. Écarté face à l'Afrique du Sud, Nicolas Anelka cristallise une partie des reproches. Le sélectionneur, qui l'a longtemps protégé, n'est pas épargné. Et on se prend à s'imaginer ce qui se serait passé avec Djibril Cissé titulaire dès le début de la compétition. Comme à l'Euro 2008, certaines tensions auraient émaillé le quotidien – même si on est loin de la mini-grève vécue par le Brésil de Dunga, épisode heureusement jamais vu chez les Bleus. Et, comme après l'Euro, on apprendra vite qu'il y avait des clans, même si Laurent Blanc annoncera, dès sa prise de fonction, vouloir repartir de zéro sans tenir compte des "on dit". En attendant, les Bleus rentrent à la maison dans une certaine indifférence: pour tout le monde, ce groupe n'avait sans doute pas les moyens de faire mieux.
 

À l’orée de la Coupe du monde 2014, l’Afrique du Sud semble loin. Nicolas Anelka, qui tente de faire remonter QPR en Premier League, a disparu des radars depuis près d’un an. Laurent Blanc, qui a écarté plusieurs éléments centraux comme Djibril Cissé et Yoann Gourcuff, a vu sa gestion du groupe critiquée par la presse et les médias. Accusé de ne pas avoir su construire sur les rares bonnes choses de 2010, il n’a pas résisté à l’élimination en quarts de finale de l’Euro 2012. Son remplaçant, Didier Deschamps, qui a intronisé Jérémy Toulalan capitaine dès sa prise de fonction, s’en tire pour l’instant beaucoup mieux et les Français croient même en une deuxième étoile. Raymond Domenech, lui, coule des jours heureux à Al Sailiya avec Moumouni Dagano et Sidney Govou.
 

Ce qui s’est vraiment passé.

 

 

 


Luis Suarez ne met pas la main contre le Ghana

Le Ghana est l'une des bonnes surprises de l'épreuve, même si ses performances n'ont jusque-là rien de très surprenantes, avec une deuxième place devant l'Australie et la Serbie en phase de groupes, puis une victoire sur les États-Unis après prolongations en huitièmes (2-1). Le quart de finale face à l'Uruguay représente une superbe opportunité de devenir le premier pays africain à accéder au dernier carré.
 

La partie est longtemps indécise. Forlan répond à l'ouverture du score de Muntari mais plus rien n'est marqué dans le temps réglementaire. La délivrance arrive à la toute fin de la prolongation: après un coup franc que tous les Uruguayens ont ensuite qualifié d'imaginaire – Luis Suarez parlera même de "scandale arbitral lié à un racisme anti-uruguayen" – Dominic Adiyiah voit le ballon lui revenir dessus. Cet inconnu appartenant à l'AC Milan et entré à la 88e minute place une tête puissante sous la barre. Le gardien Muslera est battu mais, sur la ligne, Suarez se détend. S’il semble effleurer le ballon de la main, il ne peut l’empêcher de franchir la ligne. Qualifié de justesse grâce à un remplaçant de vingt ans, le Ghana rêve en grand.
 

La demi-finale face aux Pays-Bas est très spectaculaire. Si Muntari et Boateng brillent au milieu, c'est Asamoah Gyan qui vole la vedette à tout le monde. Insaisissable, l'attaquant marque deux fois et ses accélérations déstabilisent constamment Ooijer et Heitinga. Mais la défense ghanéenne n'est pas à la hauteur et le Ghana s'incline 4-2. Le parcours est toutefois une réussite pour le pays africain, qui domine une Allemagne peu motivée dans le match pour la troisième place. Gyan, Soulier d'or avec six réalisations, termine deuxième meilleur joueur derrière Sneijder. Ses performances attirent l’œil d'Arsenal, qui le recrute contre vingt-cinq millions d'euros pour l'associer à van Persie.
 

Quatre ans plus tard, le bilan est mitigé. Gyan, vainqueur du championnat pour sa première saison à Londres, a été progressivement éclipsé par Theo Walcott. Le cinquième du Ballon d’Or 2010, relancé l’an dernier à Sunderland, doit se contenter de bout de matches. Adiyiah, conservé par Milan alors qu’il devait être prêté, n’a fait que quelques apparitions en équipe première. Il forme aujourd’hui l’attaque du Chievo avec le Nigérian Victor Obinna mais peine à convaincre. Le Ghana s’apprête à disputer la Coupe du monde. Sa place dans le chapeau 1, liée à sa victoire lors de la dernière CAN, lui offre un tirage favorable: Portugal, Iran et États-Unis.
 

Ce qui s’est vraiment passé.

 

 

 

Oscar Cardozo réussit son penalty face à l’Espagne

L'Espagne arrive en quart de finale avec beaucoup de maîtrise mais sans dominer totalement son sujet. Piégée par la Suisse en ouverture (0-1), la sélection ibérique a redressé le tir en battant le Honduras (2-0) avant de souffrir face à la folie chilienne (2-1). Parfois malmenés par une équipe réduite à dix pendant plus d'une mi-temps, les hommes de Vicente del Bosque ont gagné en solidité ce qu'ils ont perdu en capacité à enflammer une rencontre. Et c'est avec quelques réserves sur cette faculté à renverser un éventuel scénario défavorable qu'ils abordent leur affrontement face au Paraguay.
 

Peu avant l'heure de jeu d'une partie très verrouillée, Gerard Piqué retient le bras d'Oscar Cardozo. Penalty. L'attaquant de Benfica veut se faire justice lui-même. Peu serein, il évite jusqu’au dernier moment le regard d’Iker Casillas. Sa course d’élan est assurée mais il croque légèrement son tir en force, plein centre. L’effet involontaire donné au ballon trompe le gardien, qui ne peut que l’effleurer du pied. Menée, l'Espagne doit revoir son approche et fait entrer des forces vives. Mais ni Pedro, ni Mata, ni Llorente ne parviennent à tromper Justo Villar malgré de nombreuses situations favorables.
 

L'approche conservatrice de Del Bosque est pointée du doigt. Une nouvelle fois, l'Espagne n'a pas su assumer son statut de favori en Coupe du monde. Le choix d'avoir donné autant de temps de jeu à Fernando Torres fait débat, tandis que les quotidiens madrilènes estiment que ce résultat sanctionne une politique de sélection "ouvertement barcelonaise". Partageant sans doute ce sentiment, la Fédération choisit de remplacer le sélectionneur par Manuel Pellegrini, dont l'aventure au Real s'achève malgré une saison à 96 points et 102 buts marqués.
 

Mais l’expérience est un échec. Sans vécu à la tête d’une sélection, le Chilien souffre également de sa nationalité, lui qui est le premier étranger à diriger l’équipe nationale espagnole. Sans doute un peu trop occupé à justifier sa légitimité, il en oublie de protéger son groupe, au sein duquel plusieurs clans se forment. Sans unité sur le terrain, organisée dans un 4-2-3-1 au style plus direct avec Fernando Llorente en pointe, malchanceuse, l’Espagne sort de l’Euro 2012 dès les quarts, un résultat qui provoque son départ immédiat. Après d’intenses négociations, la Fédération réussit à convaincre Pep Guardiola d’accepter le poste. Plus barcelonaise que jamais – avec notamment Victor Valdés titulaire dans les buts – très convaincante sur le terrain, la Roja sera l’équipe à battre au Brésil.
 

Ce qui s’est vraiment passé.

 

 

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