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Frédéric Scarbonchi

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Revue de Stress #71

Corse - Pays basque : le symbole a fait pschitt

Vendredi, la Corse et le Pays basque se sont affrontés à Ajaccio. Une occasion d'affirmer sa différence identitaire qui n'a toutefois pas attiré les foules sur l'Île de Beauté. Reportage.

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Ils sont nombreux, dans les travées du stade Ange-Casanova de Mezzavia, à ne pas avoir attendu la séance des tirs au but pour quitter leur siège et se diriger vers la sortie. Et pour ceux qui sont restés, la séance a paru interminable. En tribunes, certains priaient qu’un basque loupe: la victoire de la Squadra était secondaire, ceux-là aussi souhaitaient surtout que ça se finisse.

 

 

La fête annoncée du football Corse a-t-elle eu lieu? Certes, "les frères" de lutte, comme le revendique Edmond Simeoni, père de l’actuel président du conseil exécutif de Corse et figure du nationalisme, étaient bien là. Mais la fête, elle, n’a pas vraiment été au rendez-vous. Sorti du cadre symbolique, de l’importance que revêt la Squadra et de ce qu’elle dégage pour une partie des Corses, le match en lui-même aurait pu passer totalement inaperçu: 1.700 spectateurs, une affluence famélique, même pour un match sans enjeu, alors que des centaines d’invitations qui ont circulé dans l’île pour garnir un peu plus les tribunes. Pour les autres, débourser entre quinze et vingt euros pour assister à une telle rencontre peut se discuter...

 

À l’entrée du stade, un petit stand posé à la hâte permet à quelques-uns de faire leur beurre avec des écharpes de la rencontre et des maillots des deux équipes. Dans la tribune populaire, Corses et Basques sont réunis en partie. En partie seulement, car chaque camp de l’île n’a pas trop vocation à se mélanger: une dizaine de supporters de l’Orsi Ribelli, les supporters de l’ACA Ajaccio, ont préféré le quart de virage.

 

 

« On n’est pas français »

L’entrée des équipes est bruyante. Bombes agricoles et fumigènes vont animer le match. En exagérant un peu, on serait tenté de dire que la ferveur s’est arrêtée là. Pas tout à fait, quand même: les deux hymnes retentissent. Le Diu, l’hymne corse, se fait entendre dans un silence respectueux et impressionnant. En tribunes, on serait presque tenté de regarder de travers ceux qui osent parler.

 

Le problème, c’est qu’une fois l’émotion passée, l’ambiance de cathédrale se maintient pendant toute la première période. Le spectacle n’aide pas: sur une surface difficile, Corses et Basques multiplient les approximations techniques. Dans un 3-6-1 sans véritable avant-centre, la Squadra n’enflamme pas la Pignata, surnom du stade de Mezzavia. Seul Rémy Cabella – qui, il y a deux ans à la même époque, se préparait au Mondial brésilien – est à créditer de quelques gestes de classe. Les occasions sont rares, la possession est pour l’Euskadi, largement composée de joueurs de l'Athletic Bilbao, et l’adrénaline pour personne.

 

Dans les gradins, on discute, parfois dos au match. On applaudit sur le premier but de Santelli, et quelques-uns tentent de lancer des clappings, en vain. C’est en deuxième période qu’une vingtaine de supporters, en tribune populaire, va tenter de mettre l’ambiance. Sous la banderole "Corsica and Basque country united against France", le chant le plus populaire sera "On n’est pas français!" Les autres banderoles réclament l’indépendance, la coofficialité ou encore l’amnistie. Au moins, l’esprit est là. Derrière les buts, on se démène pour lancer des chants, on espère être repris par tout le stade. Difficile. Heureusement, dix-huit tirs au but dans la séance (1-1 à la fin du temps réglementaire) permettront à ceux qui avaient envie de s’égosiller de se libérer un peu, et ce malgré la première défaite de la Squadra depuis 2009.

 

 

 

Symbole politique mais échec populaire

Le 29 mai 2015, à Bastia, la rencontre entre la Squadra Corsa et le Burkina Faso (1-0) s’était tenue devant 3.000 spectateurs. Le nombre est à diviser par deux en un an. Les explications sont multiples. "Si le match s’était joué en Corse, il y aurait eu du monde", dit-on sur les réseaux sociaux, en référence à Ajaccio, la cité impériale, parfois appelée "la première ville de France" par ceux du Nord de l'île.

 

Depuis la victoire nationaliste aux élections territoriales en décembre, il souffle sur la Corse l’envie profonde de se distinguer du continent, de mettre en exergue son identité. Mais le match de vendredi soir ne l’a pas prouvé. Le chemin est encore long. Pourtant, lors des traditionnelles sessions de l’Assemblée de Corse, le sujet était majeur pour les politiques. D'ailleurs, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni se sont rendus au stade, au moins pour la séance des penaltys. Preuve que le symbole était fort.

 

Fallait-il une autre opposition? En 1967, la Corse avait affronté l’Équipe de France de Just Fontaine au Vélodrome, devant 20.000 spectateurs. Les insulaires l’avait emporté 2-0. Aujourd’hui encore, ce match est une référence. À l’époque, la rencontre n’avait eu aucune autre signification que sportive. Les temps changent.

 

 

 

Squadra Corsa – Euskadi : 1-1 (8 tab à 9)

Buts : Santelli (20e) pour la Squadra Corsa ; Bergara (47e) pour les Basques.

Squadra Corsa : Leca (Vincensini, 46e) – Coulibaly, Bocognano (Aine, 60e), Modesto – Poggi (Cioni, 46e), Pierazzi (Vincent, 56e), Cahuzac, Cavalli, Lippini (Marchetti, 60e) – Cabella – Santelli (Romain, 64e). Entraîneur: Jean-Michel Cavalli.
Euskal Selekzioa : Iraizoz (Riesgo, 46e) – Capa (Zaldua, 46e), Berchiche, Elustondo (Ansotegi, 46e), Garrido (Gonzalez, 46e) – Rico (Susaeta, 46e), Ituraspe (Bergara, 46e), Xabi Prieto (Merino, 46e), Zurutuza, Gurpegi – Eraso. Entraîneur : José Maria Amorrortu.

 

 

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