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Salif T. Sacha

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Copa America 2007 : un air de suprématie

Cette année, le Père Noël débarque en juin. Une halte de vingt jours au Venezuela pour y déposer des matches prometteurs, avec la lutte entre le Brésil de Dunga et l'Argentine de Basile (mais aussi d'Ayala, Gago, Riquelme, Messi ou Veron). Extrait du n°36 des Cahiers du football.
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copa_mascotte.jpgUne Copa America, c’est un livre ouvert sur une histoire presque aussi vieille que le football (1). Ce quarante-deuxième tournoi sud-américain aura beau rester iniquement méprisé de ce côté-ci de l’Atlantique, gardons à l’esprit que, au rythme actuel, notre si réputé Championnat d’Europe des nations devra attendre 2124 avant de compter autant d’éditions que la Copa America aujourd’hui. Cet été, on laissera donc le Vieux Continent à ses certitudes pour s’abandonner au charme des incertitudes de la suprématie en Amérique latine.  

Brésil-Argentine, évidemment

Difficile de lutter contre le sentiment d’une lutte inéluctablement restreinte aux deux grands noms du continent: le Brésil et l’Argentine semblent avoir une avance trop importante sur la concurrence, et la dernière édition remportée aux tirs aux buts par les Auriverde réclame sa revanche albiceleste. Pourtant, on ne puisera pas dans la glorieuse incertitude du sport pour insinuer le doute dans les esprits. Un rapide coup d’œil sur l’histoire de la compétition suffira.

Car si la domination du Brésil sur le football mondial est avérée par ses performances exceptionnelles en Coupe du monde, elle est loin d’être aussi confortée sur son continent. La Seleção n’incarne un postulant crédible au titre que depuis 1997. En remportant sa cinquième Copa America en Bolivie, l’équipe de Ronaldo et Romario déniaisait le pays hors de ses frontières, jusqu’ici incapable de remporter le tournoi sans en être l’organisateur. Il aura tout de même fallu enfoncer le clou en 1999 au Paraguay et en 2004 au Pérou pour arracher définitivement l’étiquette du roi loser incapable de se faire respecter en Amérique du Sud (2).

Le cheminement argentin est antagoniste. Avec la présomption d’arrangement en 1978 et la main de Maradona en 1986, ses deux sacres mondiaux prêtent à controverse, alors que les Albiceleste ont eu si souvent le potentiel pour s’imposer sans parvenir à forcer le destin. En revanche, en Copa America, l’Argentine a maintenu un niveau de performance ahurissant jusqu’aux années 70 (3). Une domination insolente que ne lui disputait que la sélection uruguayenne. Les deux  rivaux historiques se sont essoufflés depuis, seule la période 1983-1995 venant donner l’illusion d’une hégémonie retrouvée (4). La possibilité de voir l’Argentine distancer enfin l’Uruguay au palmarès de la compétition, pour la première fois depuis 1993, sera l’un des enjeux symboliques de ce tournoi 2007.


Basile et Dunga sont sur un bateau...

Savoir lequel des deux tombera à l’eau reste l’interrogation majeure de l’été sud-américain. Pour Dunga, le sélectionneur, l’affaire s’annonce particulièrement délicate. Le Brésil est tenant du titre, ce qui lui offre une alternative minimaliste: la victoire ou la tempête. S’il est aisé d’envisager la virulence de la vindicte en cas d’échec, il faut faire un peu plus d’efforts pour imaginer Dunga sortir renforcé d’un tel casse-pipe. Avant les matches couperets, le Brésil devra en effet s’employer pour éviter l’accident lors d’un premier tour éprouvant qui l’opposera à deux autres huitième-de-finalistes de la dernière Coupe du monde – le Mexique et l’Équateur. Par la suite, aucun accroc dans les matches à élimination directe ne sera pardonné. La précarité des résultats planant sur ces rencontres n’adoucira pas l’incompréhension d’un nouveau retour au pays tête basse après l’affront du Mondial.

Au-delà du résultat sec, il sera surtout intéressant d’observer l’impact du nouveau sélectionneur sur le jeu auriverde. Les résultats probants obtenus depuis sa prise de fonction ont regonflé les Brésiliens. Après un solide match nul en août à Oslo (1-1) et sept victoires face à l’Argentine (3-0), Galles (2-0), le Koweït (4-0), l’Equateur (2-1), la Suisse (2-1), le Chili (4-0) et le Ghana (1-0) pour une seule défaite concédée face au Portugal en février (0-2), on entrevoit une mue profonde dans le jeu sans ballon, marquée par un pressing collectif très haut, gage d’une orientation conquérante. Si la réapparition d’une notion de collectif dans le jeu brésilien – une première depuis Telê Santana? – se confirmait au Venezuela, la CBF serait bien inspirée de conforter Dunga au-delà de la Copa America, surtout après avoir accédé aux demandes de dispenses émises par Ronadinho et Kaká, contre la volonté du sélectionneur qui avait confié les clefs du jeu au Milanais et repositionné le Barcelonais aux avant-postes. Une animation offensive convaincante, d’autant qu’Elano, le joueur du Shakhtar Donetsk, s’est imposé dans le onze type en affirmant sa bonne complémentarité avec Robinho, ancien coéquipier de Santos.


L’ambition argentine

copa_basile.jpgDes considérations bien éloignées des préoccupations argentines. Grondona, le président de l’AFA, affiche un dédain malicieux: "Je voudrais que le Brésil envoie sa quatrième équipe. La seule chose que je souhaite, c’est que nous soyons à nouveau champions". La motivation ne sera pas le problème majeur des Argentins après quatorze ans de disette.
Si les Brésiliens traînent les crampons pour se rendre au Venezuela, les vedettes argentines jouent des coudes pour être du voyage. Après Ayala, c’est Crespo qui s’était fendu d’un vibrant plaidoyer pro domo: "J’aimerais jouer cette Copa America car ce sera ma dernière chance de pouvoir le faire. Elle a beaucoup d’importance car, grâce à l’Argentine, au Brésil et à l’Uruguay, une partie de l’histoire du football a été écrite en Amérique du Sud". Une ambition légitime, toutefois antagoniste avec les projets d’Alfio “Coco” Basile, de retour à la tête de la sélection – après ses deux succès consécutifs en Copa America 1991 et 93 puis son éviction frustrante suivant le Mondial 94 – par la grâce de récents succès probants à la tête de Boca Juniors. Il a âprement négocié avec sa fédération pour obtenir que les clubs argentins mettent des joueurs à sa disposition trois jours par semaine.

Son projet est aussi ambitieux que périlleux: "Je veux être “entraîneur”, pas seulement “sélectionneur”. Choisir des joueurs que l’on voit deux jours avant les matches ou se retrousser les manches pour former une équipe, la suivre de semaine en semaine et moderniser les concepts de base, comme je le souhaite, c’est très différent. Je veux créer une dynamique de groupe". L’objectif est clair: préparer l’indispensable conquête de la Coupe du monde 2010 en puisant dans le réservoir du championnat argentin, pour façonner une équipe autour d’un projet de jeu façon club, et l’agrémenter de ses étoiles européennes... si besoin.


Verón et la génération Gago

Juan Sebastián Verón, le capitaine du stupéfiant champion de la première phase du championnat argentin – le revenant Estudiantes, mené de main de maître par Diego Simeone – fait partie des vingt-et-un élus, après quatre ans de mise à l’écart. "Ne serait-ce que pour déjeuner ensemble, c’est bien de tous se retrouver trois fois par semaine. Nous voulons que ce groupe forme la base de l’équipe pour la Copa America", insiste Basile. Avec le retour en grâce de Zanetti, l’émergence spectaculaire de la génération Gago, le seul indisponible de marque restait le préretraité Riquelme. Mais sa cure de jouvence à Boca Juniors, qu’il a mené en finale de la Copa Libertadores, a semblé avoir des vertus patriotiques puisqu’il a susurré que la sélection lui manquait de nouveau [avant d'être finalement rappelé dans le groupe NDLR].

Le pari de Basile semble bien téméraire, tant il y aura peu de mystère autour du schéma de jeu argentin: "el Coco" ne déroge pas au 4-4-2 classique. Il va tenter le diable avec une équipe métissée, alors qu’il a été contractuellement contraint de jongler contre des oppositions prestigieuses, en guise de matches de préparation avec sa sélection "européenne". Celle-ci a justement montré un jeu d’une rare maturité face au vice-champion du monde à Saint-Denis, en février dernier, et la question se pose: n’aurait-elle pas donné plus de gages de réussite que celle préconisée par Basile ?
Toujours est-il que les clubs n’attendent qu’un échec au Venezuela pour retrouver la mainmise de leurs effectifs, et que les vautours tournent toujours au-dessus de la tête d’un sélectionneur argentin, fût-il consensuel. Ainsi, Louis Van Gaal vient-il d’ajouter une clause très particulière à son nouveau contrat le liant à l’AZ Alkmaar: une clause de départ en 2009 si... l’Argentine voulait s’attacher ses services.


(1) La première édition fut remportée par l’Uruguay en 1916, à Buenos-Aires.
(2) Onze finales disputées hors du Brésil pour onze défaites entre 1921 et 1997.
(3) Vingt-deux finales disputées en vingt-cinq participations entre 1916 et 1967.
(4) Deux victoires consécutives pour l’Uruguay en 1983 et 87, puis pour l’Argentine en 91 et 93 avant un nouveau succès uruguayen en 95.
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